Quatorze ans et toujours aussi teigneux : le Festival International du Film Fantastique de Paris a de nouveau électrisé le Max Linder Panorama, transformant la grande salle en laboratoire de sensations pures. Du 10 au 16 décembre, la sélection officielle a marié l’angoisse au burlesque, la politique au gore, la poésie à la rage, offrant 11 œuvres incontournables qui dessinent un état des lieux du cinéma fantastique à Paris 2025. Ici, l’événement cinématographique ne se contente pas de programmer des films fantastiques : il ausculte nos obsessions — l’IA, la vengeance, la mémoire des traumas — et s’autorise des détours réjouissants par l’absurde et le romantisme noir.
Dans les travées, le public oscillait entre rires nerveux et silences suspendus, comme happé par un grand huit où se télescopent vampires baroques, poupées revanchardes et stop-motion cyberpunk. Entre deux ovations, les conversations glissaient naturellement vers les courts métrages fantastiques, le renouveau d’un certain fantastique français, les passerelles avec les séries, et cette saveur particulière d’un festival de cinéma qui fait rimer fête de salle et fièvre critique. Pour prolonger l’immersion, on retrouve d’ailleurs une présentation détaillée de cette 14e édition dans PIFFF 2025 au Max Linder Panorama, du 10 au 16 décembre via PIFFF 2025 au Max Linder Panorama, rappel utile que la passion en salle ne remplacera jamais la vibration collective.
Sommaire
TogglePIFFF 2025 en bref : 11 œuvres incontournables au Max Linder
- Jury Ciné+ Frisson: The Holy Boy consacre l’Italie et une veine mystique-psychologique envoûtante.
- Œil d’or du public: Junk World, stop-motion monstre, triomphe et confirme l’univers foisonnant de Takahide Hori.
- Thèmes phares: deuil, IA (deepfakes), trauma familial, “female rage”, gothique revisité, gériatric-horror.
- Cartographie globale: Danemark, Japon, Argentine, Nouvelle-Zélande, Italie… métissages formels et culturels.
- Vibe de salle: rires nerveux, frissons, et une “séance interdite” samedi soir qui a fait tousser les âmes sensibles.
- Écosystème: focus sur les courts métrages fantastiques et clin d’œil au fantastique français, très présent dans les conversations et la curiosité des spectateurs.
Festival International du Film Fantastique de Paris 2025 : tendances, palmarès et fièvre de salle
Cette édition aura mis à nu quelques obsessions contemporaines. D’abord l’IA, de la satire éclatée d’Appofeniacs aux expérimentations plus cradingues de la séance interdite, rappelant combien la manipulation d’images trouble nos affects et nos certitudes. Ensuite la colère féminine, incarnée par la vengeance interdimensionnelle de Redux Redux ou par la puissance maorie de Mārama, qui dynamitent l’archétype de l’héroïne gothique. Enfin, une énergie de transmission: The Holy Boy interroge la croyance et la douleur adolescente, tandis que Silence revisite les siècles à travers des vampires baroques et queer.
Le festival demeure aussi un repère pour les amoureux du patrimoine et des croisements, à l’image de le Festival Lumière met à l’honneur Michael Mann. Signe d’un écosystème vivant, les discussions célèbrent les réalisateurs qui réinventent l’horreur, les passerelles avec le cinéma d’action et d’anticipation made in France autant qu’avec l’onirisme de Leos Carax. On n’oublie pas la vitalité des courts, avec un jury français (Olivier Babinet, Delphine Chanéac, Nathalie Jeung, Thomas Salvador) qui rappelle combien le fantastique français irrigue encore la curiosité collective. Au fond, c’est cette fraternité entre curiosité locale et horizons lointains qui fait la signature du PIFFF.
Envie de se (re)mettre dans l’ambiance avec des bandes-annonces et des interviews de plateaux? Voici de quoi replonger au cœur des lumières et des brumes du Max Linder.
Festival International du Film Fantastique de Paris 2025 : les 11 œuvres incontournables de la sélection officielle
Onze titres, onze propositions fortes. Ce n’est pas un simple florilège: c’est un puzzle émotif et politique, une boussole pour comprendre où va le cinéma fantastique. Place aux œuvres, à leurs mystères et à leurs débordements.
Redux Redux – la vengeance dans le multivers a-t-elle un sens?
Intrigue: Irene répète, réalité après réalité, l’exécution du pédocriminel qui a tué sa fille, jusqu’à embarquer une adolescente en ligne de mire. Mise en scène: un road-movie californien aux stations-service brûlées par le soleil, comme un écho obsédant aux fuites de Cameron. Jeu: Michaela McManus, intimidante et vulnérable, forme un duo électrique avec la jeune Stella Magnus.
Ressenti global: une SF sèche et mélancolique où le multivers, réduit à des variations subtiles, devient le miroir d’un deuil sans fin. La question morale s’invite au cœur de l’action: répéter, est-ce guérir ou s’enfermer?
Influencers – vernis glamour, lame émoussée
Intrigue: suite directe, mais moins slasher que thriller ripleyesque, fascinée par la séduction et les masques. Mise en scène: surfaces brillantes, cartes postales de luxe, surtout côté France, qui peinent à trancher dans la chair. Jeu: une psychopathe affichée, mais l’ambiguïté se dissout dans le chic publicitaire.
Ressenti global: la dernière bobine retrouve du mordant, mais on aurait aimé le venin plus tôt. Pour creuser le hors-salle, cap sur où trouver les meilleures pépites d’horreur ce mois-ci afin de goûter à d’autres jeux de masques plus acérés.
The Last Viking – Jensen, Mikkelsen, Lie Kaas: humanisme et feu follet
Intrigue: deux frères à la recherche d’un butin enterré, l’un persuadé d’être John Lennon. Mise en scène: comédie noire danoise à la tendresse vacharde, galerie de marginaux irrésistibles. Jeu: Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas en alchimie d’école, entourés de seconds rôles bijou.
Ressenti global: équilibre rare entre trash absurde et chaleur humaine. On rit, on serre le cœur, et on repart moins cynique qu’en entrant.
Crazy Old Lady – Carmen Maura, une prison dorée, un cauchemar politique
Intrigue: Pedro séquestré par une vieille dame sénile qui confond ses souvenirs et ses désirs. Mise en scène: huis clos qui se relance en intégrant fille et petite-fille, jusqu’à une séquence de rêve, macabre et lyrique. Jeu: Carmen Maura ensorcelle, jonglant entre grivoiseries et éclairs de lucidité.
Ressenti global: sous le vernis, l’Argentine hantée par la dictature et la phallocratie. Le film serre la gorge quand le rire s’effiloche en mémoire collective.
Appofeniacs – deepfakes et satire, qui saigne qui?
Intrigue: plusieurs lignes temporelles reliées par une IA générant des images hyperréalistes. Mise en scène: comédie féroce qui cherche sa cible: riches, puissants, tech bros? Jeu: énergie, mais logique émotionnelle erratique.
Ressenti global: un final gore et inventif rattrape partiellement le flou. En contrepoint de cette ère des faux-semblants, jetez un œil à Substitution – Bring Her Back, autre variation sur l’identité malmenée.
Silence – vampires baroques, douleur et survivance
Intrigue: trois époques, trois actes, une lignée vampirique qui traverse peste, punk et présent, pour exorciser les traumas. Mise en scène: rococo queer, couleurs flamboyantes, humour irrévérencieux contre le pathos. Jeu: portraits féminins inoubliables, force et fragilité mêlées.
Ressenti global: 57 minutes d’élan vital, qui font rire avant de submerger. Casanova prouve que l’élégance peut être une arme.
Dollhouse – la peur en porcelaine, émotion en retrait
Intrigue: un couple japonais endeuillé et une poupée qui prend peu à peu le dessus. Mise en scène: première demi-heure pudique et juste, puis bascule vers les tropes J-horror les plus connus. Jeu: sincère, mais la mécanique l’emporte.
Ressenti global: quelques pointes grotesques amusent, sans dissiper l’impression d’un manuel du genre. Quand la formule prime, l’effroi s’émousse.
F— My Son! – la séance interdite crie, mais dit peu
Intrigue: gériatric-horror outrancière, séquestration et outrages en roue libre. Mise en scène: humour potache poussé jusqu’au malaise, images générées par IA en appoint. Jeu: fait le job, mais la transgression tourne à vide.
Ressenti global: le choc sans le sens, c’est l’éclat d’une allumette au vent. On sourit, on grimace, on oublie.
Mārama – gothique du Yorkshire, âme maorie en feu
Intrigue: une jeune femme maorie, en quête de ses origines, pénètre un manoir anglais aux politesses étouffantes. Mise en scène: domination sociale sous cloche, photographie soyeuse, violence larvée dans les boiseries. Jeu: héroïne badass, justice implacable sans perdre la tendresse.
Ressenti global: quand le gothique rencontre le “female rage”, l’Histoire coloniale devient un fantôme qu’on regarde enfin dans les yeux. Pour les amateurs de campagnes inquiétantes, détour par le folk horror qui prouve que la campagne peut être terrifiante.
Avant de retourner en montagne, un détour par l’Italie s’impose: la révélation du palmarès a mis tout le monde d’accord.
The Holy Boy – foi, douleur, vertige
Intrigue: un adolescent capable d’apaiser les tourments psychiques devient saint local dans une petite ville alpine. Mise en scène: atmosphère inquiète, alternance de scènes glaçantes et de chagrins en clair-obscur. Jeu: relation professeur-élève d’une intensité captivante.
Ressenti global: parfois long dans son dernier tiers, mais d’une beauté morale rare. Le Prix du Jury Ciné+ Frisson tombe sous le sens: aimer une menace, c’est l’horreur la plus intime.
Junk World – stop-motion titanesque, chaos sublime
Intrigue: préquel à Junk Head, vaisseau échoué et équipage perdu en territoire hostile, boucles temporelles et dimensions croisées. Mise en scène: six animateurs pour une direction artistique vertigineuse, cyberpunk post-apo qui frôle le délire organique. Jeu: la matière, le geste, le grain; tout respire la patience héroïque.
Ressenti global: parfois saturé en péripéties, mais magnétique d’un bout à l’autre. L’Œil d’or du public célèbre ce grand foutoir visionnaire qui a déjà un pied dans la légende.
Prolonger le frisson après Paris 2025
Vous voulez rester dans la vibration? Entre streaming, autres festivals et échappées en salle, voici de quoi poursuivre l’exploration, du gothique aux bidouillages techno, de l’horreur sensorielle au fantastique français.
- Pour une sélection maline à la maison, piochez dans décembre 2025 sur Netflix ou, si le temps presse, dans ces films Netflix de moins de 120 minutes.
- Côté plateformes spécialisées, gardez le cap grâce à où trouver les meilleures pépites d’horreur ce mois-ci.
- Pour lier terroirs et ténèbres, replongez dans le folk horror, cousin rêche des hantises de Mārama.
- En salle, gardez un œil sur 3 films à découvrir au cinéma ce week-end et sur ces 5 films incontournables sur Canal.
- Rendez-vous régionaux: Jonzac met en lumière des chefs-d’œuvre au Cinéma Familia, indispensable pour poursuivre l’esprit festival de cinéma.
- Enfin, nourrissez votre panthéon perso en revisitant des mythes bien de chez nous: Besson et Carax, deux manières d’aimer la démesure et de mesurer l’inventivité du fantastique français.
Et si l’envie d’une nuit blanche vous titille, un petit détour par un marathon Halloween maison achèvera de prolonger l’étreinte du PIFFF. Après tout, le meilleur du cinéma fantastique tient dans cette promesse: laisser la réalité s’ouvrir comme un rideau, et ne plus jamais se refermer tout à fait.





