Chips-Movie: Kabukiman

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Sgt Kabukiman N.Y.P.D

De Lloyd Kaufman et Michael Hertz

Avec  Rick Gianasi, Susan Byun, Bill Weeden

Etats-Unis – 1990 – 1h45

Rating: ★★★★☆

kabukiman bandeau titre

Présent pour les besoins d’une enquête à la représentation d’une pièce de théâtre japonais qui tourne au massacre, le très compétent détective Harry Griswold se retrouve par la force des choses détenteur des pouvoirs de l’esprit du kabuki, qu’il devra utiliser pour empêcher un mafieux et son gang de réveiller un esprit maléfique ancestral..

Encore un super-héros ! Oui mais un super-héros Troma, dont je vous laisse la surprise en ce qui concerne l’éventail varié de ses super-pouvoirs, tout droit sorti de l’imaginaire déviant de Lloyd Kaufman à la demande d’un producteur de la Namco tandis qu’il tournait le 2e volet de Toxic Avenger au Japon. Suivirent quelques divergences créatives – où son associé Michael Herz et les investisseurs souhaitaient quelque chose de plus mainstream et de plus accessible, tandis que Kaufman voulait rester dans son approche habituelle matinée de sexe et de gore – pour un résultat plutôt décevant, de l’avis des fans de l’époque. Kaufman n’en rend cependant pas moins hommage avec brio au bestiaire horrifique japonais (avec le magnifique stremon final) ainsi qu’ à leur culture de la métamorphose – ce qui au passage, est une influence aussi pregnante chez lui que le splatter-punk anglais de toute façon.

Rassurez-vous tout de même on est pas complètement perdu non plus , on retrouve cependant (mais discrètement, sous forme de motif éparpillé) quelques saillies bien placées dont le Père Fondateur a le secret, au travers notamment de la présence récurrente de l’une de ses figures préférées : le yuppie. Tout d’abord deux en ouverture sniffant de la coke sur un capot de voiture avant que l’un ne se fasse écraser par la victime d’une défenestration, deux autres plus tard qui se font vomir dessus tandis que notre héros découvre sa capaciter à voler dans les airs, puis une troisième fois en fin de récit sous la forme d’un babouin à haut-de-forme cette fois (pour éviter les répétitions). Quand à la scène de poursuite en tricycle que vous avez aperçue dans Tromeo et Juliette, il s’agit ici du shooting original.

Ce qui demeure magnifique avec Lloyd Kaufman c’est que l’on se pose tranquillement pour triper deux minutes de façon régressive assumée et malgré ça, avec lui on en ressort cependant grandi, enrichi et nourri, tout ça à la fois. Les productions Troma sont rarement plébiscitées pour leur subtilité et je crois que c’est une idée reçue. Moi-même à un moment donné je traversais précisément ce même dilemme : Lloyd Kaufman n’épargne personne (ce qui force bien sûr le respect) mais à la réflexion, il y avait bien une ou deux vannes dans Poultrygeist qui m’avait fait tiquées et je me faisais la même réflexion dans un soupir au moment où Kabukiman affronte un révérend corrompu qui reprenait un peu trop facilement à son compte le stéréotype de l’ angry-black-man. S’en suit donc la scène culte de poursuite en tricycle mentionnée plus haut, où notre héros, ne maîtrisant pas encore bien ses super-pouvoirs, se transforme en clown traditionnel. C’est toujours dans cette tenue qu’il se fait passer un savon dans le bureau de son supérieur et là.. miracle de la rose bleue, instant magique entre tous, une performance de mise-en- scène prodigieuse qui vient de me réconcilier à tout jamais avec le réalisateur dans une séquence que je vais maintenant décortiquer sous vos yeux parce que ça ne tient pas dans la rubrique « 1 film en 1 plan » et pour cause.

Tandis qu’il lui remonte les bretelles, son chef n’arrive pas à allumer son cigare aussi notre héros lui tend son briquet – qui est un briquet de clown, le commissaire se retrouve donc arrosé (fig 1,2 et 3).

kabukiman - fig 1

kabukiman - fig 2

kabukiman - fig 3

 

Désireux de réparer l’incident, il propose à son supérieur quelque étoffe sortie de sa manche (fig 4) et propose de l’essuyer (fig 5) – apparaît en arrière-plan un portrait de Martin Luther King devant lequel se tient le commissaire.

kabukiman - fig 4

kabukiman - fig 5

 

Le mouchoir était piégé, le clown laisse donc une trace bleue sur le visage du commissaire, qui ne le sait pas, qui est juste embarrassé par la situation (fig. 6). S’insère ensuite une redite du commissaire avec la trace sur le visage dont il ignore la présence – pour le comique de situation – mais aussi une redite du commissaire devant le portrait de Luther King. Le seul élément intrus est toujours cette tâche bleue. Pourquoi ? (fig. 7)

kabukiman - fig 6

kabukiman - fig 7

 

Cette tâche bleue immanquable sur le visage du commissaire renvoie à celle sur le visage de notre héros: la larme sur sa joue (fig. 8)

kabukiman - fig 8

C’est un message à l’intention seule du spectateur, en dehors de la situation qui le génère. Kaufman fait parler les éléments du décor indépendamment : la larme bleue sur le visage du clown et à laquelle on était pas censée porter plus d’attention que ça devient tout à coup sur-signifiante par le jeu des champs/ contre-champs, et traduit un sentiment complètement extérieur au récit concernant uniquement le portrait de Luther King, par l’intermédiaire du visage lui aussi marqué du commissaire.
Le moins que l’on puisse dire c’est que le père Lloyd connaît son Koulechov.

… même le supposé « moins bon » des Troma demeure tout de même plus intéressant que les trois-quarts des productions du moment. Vous je ne sais pas, mais moi je retourne derechef jeter un œil dans le catalogue.

This is Cinema !

Sgt_Kabukiman_NYPD
 

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