Critique de La Grande aventure Lego

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The Lego Movie

De Phil Lord et Christopher Miller

Avec Chris Pratt, Elizabeth Banks, Morgan Freeman, Will Ferrell, Will Arnett et Liam Neeson

États-Unis – 2014 – 1h40

Rating: ★★★☆☆

Quelque part dans un univers Lego©… Ouvrier heureux de suivre les consignes à la lettre, Emmett vit pleinement son existence de Lego© dans son monde de Lego©. Suite à la découverte, un peu par hasard, d’un puissant artefact (objet de notre réalité courante non issue de la gamme Lego©) pouvant remettre en cause l’équilibre de l’univers, Emmett se retrouve embarqué dans une folle aventure aux côtés de la jolie Lucy, du mage Vitruvius et de Batman afin de contrer les plans machiavéliques du terrible Lord Business.

Révélés par le délirant film d’animation Tempête de boulettes géantes il y a cinq ans, Phil Lord et Christopher Miller, soudés depuis leurs débuts télévisuels, prouvaient avec 21 Jump Street, adaptation maline de la célèbre série TV qui imposa Johnny Depp à la fin des années 80, que le cinéma geek devait désormais compter sur eux. Comme un équivalent américain d’Edgar Wright, les deux sbires y démontraient leur capacité à exploiter leur grande connaissance de la culture pop tout en accordant impeccablement la rythmique du film d’action à celle de la comédie, nous ramenant à l’Age d’Or du buddy movie (les années 80) avec une dextérité quasiment analogue à celle de Hot Fuzz. Voir le duo s’atteler sur un film inspiré par l’ensemble de la gamme Lego© laissait donc présager un grand délire meta des plus attendus puisque que la célèbre firme de jouet danoise possède ses droits sur un paquet de franchises (Star Wars©, Le Seigneur des anneaux©, l’univers DC Comics©, Les Simpsons© et bien d’autres choses encore).

Visuellement, le délire est bien au rendez-vous. Les franchises se mélangent dans un joyeux maelstrom de briques Lego© tandis que l’histoire file à un rythme aussi hystérique et sans limite que celle de Tempête de boulettes géantes. Alternant blagues crétines et clins d’œil geek du début à la fin, La Grande aventure Lego© vise donc les gamins et leurs jeunes parents, ces derniers faisant partie de la première génération à avoir réellement les mêmes référents culturels que ses propres enfants (autorisant pour le coup un vrai partage de la culture de son enfance avec les générations futures). Je veux dire par là que mes arrières petits-enfants connaitront à coup sûr Mickey Mouse, Super Mario, Dark Vador et Spider-Man, autant par les médias que par leur coffre à jouet, puisque le merchandising, cette invention géniale qui permet de décupler indéfiniment les bénéfices d’une œuvre intellectuelle, fera toujours perdurer physiquement cette culture en la matérialisant en jouet. Que l’inverse se produise à nouveau avec La Grande aventure Lego© (le jouet devenant film donc œuvre culturelle) témoigne du caractère fortement marqueté de notre époque.

Dans 21 Jump Street, un officier expliquait aux deux héros que l’on recycle la merde du passé en la faisant passer pour quelque chose de nouveau, une manière brillante et détachée pour assumer la contrainte des créateurs de devoir faire du neuf obligatoirement avec du vieux puisqu’il n’y a que ce qui est déjà connu qui rassure les investisseurs. Du moins à Hollywood… En faisant monter Batman dans le Faucon Millenium de Han Solo, Phil Lord et Christopher Miller prônent cette fois le droit de prendre toutes les libertés voulues avec la culture geek. Une culture geek autant construite par le cinéma et la littérature que le gros catalogue des jouets que les gamins feuillettent frénétiquement avant les fêtes de Noël. Être geek, c’est finalement être un consommateur à part entière, conditionné à l’être depuis sa plus tendre enfance. Moi qui pensait que c’était l’ombre de la multinationale Lego© qu’il fallait distinguer derrière la silhouette de Moloch (la divinité ammonite qui dévore les nouveaux nés par le feu), adoptée par le méchant Lord Business qui ne cherche qu’à uniformiser les esprits et figer les choses… A défaut d’être la révolution meta annoncée, La Grande aventure Lego© est simplement un blockbuster familial ultra-efficace dont la folie est en définitive très cadrée. Comme un Super 8 inversé sur les rapports d’enfance entre l’imaginaire et le cinéma. Il ne fallait peut être pas en attendre davantage…

 

The Vug©

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».