Critique: J’ai rencontré le Diable

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I Saw the Devil

De Kim Jee-Woon

Avec Lee Byung-Hun et Choi Min-sik

Corée du Sud – 2010 – 2h22

Rating: ★★★★★

 

Kyung-chul est un tueur en série qui viole des jeunes filles avant de les découper en morceaux. Un soir, il s’en prend à la fiancée de Dae-hoon, un agent surentrainé des services secrets coréens. Ce dernier jure de retrouver le maniaque pour appliquer sa propre justice, c’est-à-dire le faire souffrir le plus intensément et le plus longuement possible avant le coup de grâce. Un jeu vicieux du chat et de la souris s’engage entre les deux hommes.

Figure phare du nouveau cinéma sud-coréen, Kim Jee-Woon (Deux Sœurs, Le Bon, la Brute et le Cinglé) revient avec ce fracassant I Saw the Devil, thriller sanguinolent auréolé de son statut de grosse production censurée dans son propre pays. Si le film est effectivement violent, il reste toutefois à la limite du supportable, préférant se concentrer davantage sur l’atmosphère lourde qui pèse sur ses deux personnages principaux: une proie et son chasseur. La proie est interprétée par Choi Min-sik (Old Boy), un vieux chauffeur de bus pervers qui massacre des filles régulièrement, un sale type qui va en prendre plein la gueule par Lee Byung-Hun, le chasseur impitoyable, un action hero aveuglé par la haine et qui prend un malin plaisir à torturer sa victime. La question sera de savoir si la surenchère dans la violence est nécessaire pour anéantir le Mal absolu, jusqu’à quelles extrémités ira le héros pour assouvir sa vengeance. Certes, il s’agit d’une question qui a été déjà mainte fois posée dans un millier de films.

En revanche, ce qui est intéressant, dans I Saw the Devil, c’est le temps que le film va prendre pour donner sa réponse. En repoussant le moment du coup de grâce, le héros s’engage dans un jeu sadique et dangereux face à un maniaque qui, bien que traqué, continue à perpétrer ses horreurs. L’habileté de Kim Jee-Woon est donc de clouer son spectateur au siège sur plus de deux heures dans l’attente du point de non retour. La narration prend ainsi tout son temps en se concentrant sur le quotidien de Kyung-chul, le serial killer, et notamment sur les agressions qu’il commet. A ce titre, I Saw the Devil s’inscrit pleinement dans le genre horrifique et ne se contente pas d’être un polar violent. Les plans-chocs sont nombreux mais courts, davantage dans le but de crever la tension emmagasinée plusieurs fois durant le film que dans une pure démarche de voyeurisme torture porn. La composition de  Choi Min-sik, aussi terrifiant que Javier Bardem dans No Country for Old Men, donne quant à elle toute la dimension humaine nécessaire au monstre qu’il incarne.

Véritable tour de force, éprouvant mais cathartique, I Saw the Devil s’impose, par sa justesse et son équilibre, comme l’une des escalades dans la violence les plus efficaces de l’année.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».