Il a tourné son premier film pour 800 dollars, l’a mis en ligne gratuitement sur YouTube, et l’a regardé devenir viral. Deux ans plus tard, Curry Barker présente Obsession au Festival de Toronto, décroche un contrat de 15 millions de dollars avec Focus Features et signe avec Blumhouse. Portrait d’un jeune homme qui a transformé des sketchs en ligne en une carrière de cinéaste. Attention à ce que vous souhaitez, parfois ça se réalise.
Un jeune homme est assis dans une voiture à l’arrêt, la nuit. Il craque un bâton en bois, formule un vœu. Il souhaite qu’une fille l’aime « plus que quiconque dans le monde entier ». La scène dure quelques secondes dans la nouvelle bande-annonce d’Obsession, diffusée par Focus Features fin 2025. Mais ce qui suit est tout sauf romantique. La fille en question, Nikki, interprétée par Inde Navarrette, se transforme en figure obsessionnelle, possessive, terrifiante. Le sang tache les murs. Les lumières clignotent. Et la tagline du film résonne comme un avertissement : « Be careful who you wish for. » Attention à qui vous souhaitez. Le réalisateur de ce cauchemar a 25 ans, aucune formation classique en cinéma, et un parcours qui commence sur TikTok. Il s’appelle Curry Barker. Et Hollywood ne l’a pas vu venir.
Sommaire
ToggleQui est Curry Barker ?
Curry Barker est un réalisateur, scénariste, acteur et monteur américain. Avec son acolyte Cooper Tomlinson, il anime la chaîne YouTube « that’s a bad idea », un duo de sketchs comiques et horrifiques qui rassemble plus de 640 000 abonnés. Leurs vidéos dépassent régulièrement les 100 000 vues. Mais c’est un court métrage d’horreur de 24 minutes, The Chair, qui met le feu aux poudres en 2023 : 9,2 millions de vues sur YouTube. Le jeune cinéaste comprend alors qu’il tient quelque chose. En 2024, il écrit, réalise, monte, compose la musique et joue dans Milk & Serial, un found footage de 62 minutes tourné pour 800 dollars. Le film est mis en ligne gratuitement. Il cumule plus de 2 millions de vues et attire l’attention de United Talent Agency, qui signe le duo début 2025.
La suite est fulgurante. Le producteur James Harris (Fall, 47 Meters Down) embarque Curry Barker dans le développement d’Obsession via sa société Tea Shop Productions. « Je n’ai jamais eu de budget de ma vie », déclare le jeune réalisateur à Variety. « J’ai travaillé sur ce scénario pendant plus de huit mois. C’est absolument incroyable. » Le tournage a lieu dans une petite maison de Burbank transformée en décor. Barker insiste sur les effets pratiques, sans trucages numériques, et monte le film lui-même. L’obsession du contrôle créatif, chez lui, n’est pas un défaut. C’est une méthode.
Obsession : attention à ce que vous souhaitez
Le film Obsession suit Bear, un jeune homme romantique et maladroit incarné par Michael Johnston, connu pour son rôle de Corey dans Teen Wolf. Bear est amoureux de Nikki (Inde Navarrette), qui s’apprête à quitter la ville. Dans un geste désespéré, il craque un bâton magique, le « One Wish Willow », et formule le souhait qu’elle l’aime. Le vœu se réalise. Mais l’amour que Nikki lui porte vire à l’obsession. Puis à la violence. Puis à quelque chose de bien pire. Curry Barker décrit le film comme « un conte moral sur la quête amoureuse » qui interroge les spectateurs sur leurs propres réactions. « On a tous vu des histoires de type « be careful what you wish for », attention à ce que vous souhaitez », explique-t-il. « Mais on n’a jamais vu ma version. »
L’inspiration est venue d’un endroit inattendu. Un épisode des Simpson où Bart obtient une patte de singe et déclenche le chaos. Mais aussi d’un épisode de Community où le personnage de Britta jette une pièce dans une fontaine en souhaitant « la fin de toutes les guerres », avant que Troy ne s’insurge : « Jamais de vœux avec « tout » ! » Qui voudrait la disparition de La Guerre des étoiles ou de La Guerre des boutons ? Le ton d’Obsession oscille entre cette absurdité et une horreur viscérale. Michael Johnston, choisi pour sa capacité à naviguer entre l’innocence et la noirceur, porte le film sur ses épaules. Inde Navarrette, dans le rôle de Nikki, impose une présence physique qui transforme chaque scène en menace latente.
Qu’est-ce qu’une obsession ? Ce que le film de Barker dit de nous
Le titre du film n’est pas anodin. En psychologie, une obsession se définit comme une idée, une pensée ou une image qui s’impose à la conscience de manière répétée et involontaire, provoquant anxiété et détresse. Le sujet la ressent comme contraignante et souvent absurde, mais il ne parvient pas à s’en débarrasser. Les spécialistes distinguent généralement trois types d’obsession : les obsessions idéatives (pensées intrusives), les obsessions phobiques (peurs irrationnelles) et les obsessions impulsives (crainte de commettre un acte répréhensible). Les signes d’une obsession incluent la rumination permanente, l’incapacité à se concentrer sur autre chose, l’isolement social et, dans les cas extrêmes, des comportements compulsifs destinés à neutraliser l’angoisse.
Obsession, le film, exploite cette mécanique avec une précision clinique. Le personnage de Nikki ne choisit pas son obsession pour Bear. Elle la subit, prisonnière d’un sort qu’elle n’a pas demandé. C’est Bear, le jeune homme « gentil », qui est le véritable déclencheur. Curry Barker retourne ainsi le schéma classique du stalker hollywoodien : le danger ne vient pas de celui qui est obsédé, mais de celui qui a provoqué l’obsession. « Be careful who you wish for », attention à qui vous souhaitez, et non pas « what you wish for ». La nuance est le cœur du film.
Tim Curry malade : non, Curry Barker n’a aucun lien avec l’acteur de Ça
Précision utile, car la question revient souvent en ligne : Curry Barker n’a aucun lien de parenté avec Tim Curry, l’acteur britannique légendaire qui a incarné Pennywise dans le téléfilm Ça (1990). Tim Curry a subi un AVC en 2012 et utilise depuis un fauteuil roulant, mais il reste actif ponctuellement. La confusion vient du nom « Curry » et du fait que les deux personnalités évoluent dans l’univers de l’horreur. Mais la comparaison s’arrête là. Le jeune Curry Barker appartient à une nouvelle génération de cinéastes façonnée par YouTube, TikTok et le found footage à micro-budget, pas par le théâtre shakespearien ou le Rocky Horror Picture Show.
De 800 dollars à 15 millions : la nouvelle bande-annonce qui change tout
Obsession a été présenté en première mondiale dans la section Midnight Madness du Festival international du film de Toronto (TIFF) le 5 septembre 2025. Le film a ensuite été projeté au Fantastic Fest et au Festival de Sitges, où il a remporté le People’s Choice Award. Deux jours après la première à Toronto, Focus Features entrait en négociations exclusives. Le deal a été bouclé pour environ 15 millions de dollars, les droits de distribution couvrant le monde entier sauf la France, la Nouvelle-Zélande et la Russie. En décembre 2025, Jason Blum et Blumhouse Productions ont rejoint le projet. La nouvelle bande-annonce, diffusée début 2026, a confirmé la sortie en salles américaines le 15 mai 2026.
Pour un jeune réalisateur qui n’avait « jamais eu de budget de sa vie », le saut est vertigineux. Mais Curry Barker ne se laisse pas griser. Avant même la première d’Obsession, il a annoncé son troisième long métrage, Anything But Ghosts, co-écrit avec Cooper Tomlinson, produit par Jason Blum et Roy Lee. Le film de guerre créative que mène Barker contre l’industrie classique ressemble de plus en plus à une guerre gagnée d’avance. Attention à ceux qui le sous-estimeraient. Et attention à ce que vous souhaitez pour l’avenir du cinéma d’horreur, car ce jeune homme a décidé de le réinventer depuis sa chambre.
