Depuis le 1er janvier 2026, une décision de l’ARCEP oblige les opérateurs Orange, Free, SFR et Bouygues Telecom à masquer automatiquement tout appel dont le numéro n’a pas pu être authentifié. En Moselle, département frontalier avec le Luxembourg et l’Allemagne, le phénomène est particulièrement visible. Avec plus de 19 000 signalements de spoofing enregistrés en 2025 et une enquête administrative ouverte fin janvier sur l’ensemble des opérateurs, le régulateur durcit le ton face à l’explosion des arnaques téléphoniques.
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ToggleUne mesure nationale, un effet amplifié en zone frontalière
Ce que dit la nouvelle règle de l’ARCEP
Le principe est désormais le suivant : tout appel émis depuis l’étranger avec un numéro mobile français (06 ou 07) dont l’authenticité n’a pas pu être vérifiée s’affiche automatiquement en « numéro masqué ». Un appel masqué ne signifie donc plus seulement que l’appelant a choisi de cacher son identité. Il peut aussi s’agir d’un numéro que le réseau n’a pas réussi à certifier.
Pourquoi la Moselle est davantage touchée
Avec plus de 120 000 travailleurs frontaliers faisant la navette vers le Luxembourg chaque jour, la Moselle génère un volume considérable d’appels en itinérance. Lorsqu’un collègue ou un proche appelle depuis Esch-sur-Alzette ou Sarrebruck avec un 06 français, le réseau étranger peut ne pas transmettre le certificat d’authentification. L’appel arrive alors en « masqué », même s’il est parfaitement légitime. L’ARCEP estime que plus de 80 % des appels en itinérance sont aujourd’hui correctement authentifiés. Pour les 20 % restants, le masquage s’impose par défaut.
« Désormais, le numéro masqué signifiera que soit l’appelant a souhaité masquer son numéro, soit que le numéro d’appelant n’a pas pu être authentifié pour des raisons techniques. »
ARCEP, décision du 2 décembre 2025
Une réponse à l’explosion du spoofing
Des signalements multipliés par 30 en deux ans
La mesure répond à une urgence. Les signalements d’usurpation de numéro sur la plateforme « J’alerte l’ARCEP » sont passés de 531 en 2023 à 8 500 en 2024, puis à plus de 19 000 en 2025. Au total, le régulateur a enregistré 70 516 signalements l’an dernier, soit +113 % en un an. Les appels abusifs constituent le deuxième motif de plainte des consommateurs français, derrière la fibre optique. Face à ces chiffres, l’ARCEP a ouvert fin janvier 2026 une enquête administrative visant Orange, Free, SFR et Bouygues Telecom pour vérifier le respect des obligations d’authentification imposées par la loi Naegelen de 2020.
Le 11 août 2026, la fin du démarchage non consenti
Autre échéance à retenir : la loi du 30 juin 2025 interdit, à compter du 11 août 2026, tout démarchage téléphonique sans consentement préalable. La France passera d’un système d’opt-out à l’opt-in obligatoire. Bloctel cessera ses activités à cette date. Selon l’UFC-Que Choisir, 97 % des Français se disent excédés par ces sollicitations.
« Les auteurs d’appels frauduleux parviennent encore à usurper aléatoirement des numéros, notamment des numéros mobiles. »
ARCEP, bilan annuel 2025
Comment se protéger face à cette recrudescence
Les réflexes à adopter dès maintenant
- Ne jamais communiquer d’informations bancaires lors d’un appel entrant, même si le numéro semble légitime
- Raccrocher et rappeler soi-même le numéro officiel de l’organisme concerné
- Signaler toute tentative suspecte sur « J’alerte l’ARCEP » ou par SMS au 33700
- Surveiller ses relevés bancaires et activer les alertes de transaction
Une situation transitoire, selon le régulateur
L’ARCEP assure que le volume d’appels légitimes affichés en « masqué » diminuera à mesure que les protocoles d’authentification se généraliseront chez les opérateurs étrangers. En Moselle, la normalisation dépendra notamment de la mise à niveau des réseaux luxembourgeois et allemands. En attendant, de plus en plus de Mosellans font un choix radical : ne plus décrocher.

