Critique: La Lune de Jupiter

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Jupiter holdja

De Kornél Mundruczó

Avec Zsombor Jéger, Merab Ninidze, Gyorgy Cserhalmi, Mónika Balsai.

Hongrie/Allemagne – 2017 – 2h03

Rating: ★★★★★

EUROPE (ou Jupiter II Europe) : Quatrième plus grosse lune parmi les 69 satellites naturels de la planète Jupiter.

Aryan, un jeune syrien, traverse la frontière avec son père. Leur groupe est alors littéralement attaqué par les forces de l’ordre qui n’hésitent pas à ouvrir le feu sur eux. Les deux hommes sont séparés et Aryan est abattu par l’un des policiers. Mais au lieu de mourir, il entre en lévitation et parvient à s’échapper. Gabor Stern, un médecin désabusé habitué aux magouilles avec les migrants, tombe sur Aryan et découvre son incroyable don. Il décide alors de l’extraire de son camp afin de tirer profit de cette troublante singularité.

Après White God et sa mémorable révolte canine, Kornél Mundruczó est de retour avec un nouveau film tout aussi étrange et engagé, s’attaquant cette fois-ci à la brûlante question des migrants. Mais plutôt que de tomber dans le mélodrame social, le cinéaste hongrois opte pour une approche beaucoup plus poétique mais aussi très énigmatique. En effet, le film s’avère très obscur et, me replonger dans le mythe d’Icare ne m’ayant pas vraiment aidé, je serais bien incapable de vous livrer le fin mot de cette abraccadabrantesque parabole. Le récit prenant place dans un cadre froid et hyper-réaliste, La Lune de Jupiter peut même se montrer carrément austère. Mais, derrière cette sévérité apparente, ce poids volontaire dans le dispositif cinématographique à l’oeuvre, le film se dévoile pleinement lors de véritables respirations planantes : les hallucinantes scènes de lévitation.

Kornel Mundruczó, bien servi par Jed Kurzel à la musique, nous embarque littéralement dans les airs avec son héros, s’extirpant de l’attraction de la terre et de ses maux, pour une expérience cinématographique d’une intensité rare. Touchant du doigt lors de ses séquences l’immersivité d’un Gravity, le film rappelle plus largement un autre Alfonso Cuaron, même s’il est toujours un peu triste que la terrible dystopie des Fils de l’Homme apparaisse comme une telle référence pour décrire la triste réalité de notre monde. A l’instar du réalisateur mexicain, mais aussi de son confrère Iñárritu qui devrait trouver ici de quoi lui plaire aussi bien dans le fond que dans la forme, Mundruczó a recours à de nombreux plans séquences toujours très impressionnants qui lui permettent également de rester toujours au plus près de son héros.

Oeuvre insaisissable et stylisée, ce qui lui vaudra certainement d’être qualifié d' »esthétisante », La Lune de Jupiter soulève pourtant un passionnant paradoxe du spectacle. Tandis que le calvaire des réfugiés se doit d’être montré au grand jour, l’exposition médiatique a aussi ses travers, à l’image de Stern, le vendeur de miracle qui voit d’abord en Aryan une poule aux oeufs d’or avant de prendre pleinement conscience de sa propre saloperie. Même si son approche cryptique aura de quoi repousser une partie du grand public, Mundruczó a bien des choses à dire malgré tout et on lui en sait gré d’avoir ainsi éviter la leçon de morale lourdingue en faisant passer l’émotion avant tout par sa renversante expérience sensitive. Mais si son film est souvent très sombre, il n’en est pas pour autant désenchanté et La Lune de Jupiter démontre que c’est par l’Art que s’élève le débat. Il y a de l’espoir dans ce monde…

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.