Critique: I Am not your negro

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I am not your negro

De Raoul Peck

Avec les voix de JoeyStarr, Samuel L. Jackson

France, Etats-Unis, Belgique, Suisse – 2016 – 1h34

Rating: ★★★★☆

En juin 1979, l’auteur noir américain James Baldwin écrit à son agent littéraire pour lui raconter le livre qu’il prépare : le récit des vies et des assassinats de ses amis Martin Luther King Jr., Medgar Evers, membre de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) et Malcolm X. Le titre provisoire de l’ouvrage, Remember this house

Il est clair que si nous voulons parler de racisme, de xénophobie et de discrimination, un contexte solide est souhaitable. Ce documentaire est le contexte. Mais il serait réducteur d’évoquer seulement le racisme pour ce documentaire, il est aussi question d’Histoire et de sociologie voire de philosophie et de politique. Connaissez-vous le début de poème beatnik Howl hurler») d’Allen Ginsberg ? « J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus, se trainant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre, ». Le constat est bien plus grave pour James Baldwin, cela aurait pu être : « J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la société, infâme hystérique (sous-entendue raciste), se traînants du soir au matin dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse revendication (qui est juste l’égalité des droits et des libertés), ». Pour les trois figures destinées à l’œuvre de James Baldwin, elles ont eu chacune droit auparavant à un film : Malcolm X réalisé par Spike Lee sur Malcolm X, Les fantômes du passé réalisé par Rob Reiner sur Medgar Evers et dernièrement Selma réalisée par Ava DuVernay sur Martin Luther King Jr. Il y a eu d’autres films, mais ceux cités ci-dessus sont les plus connus. Quant à James Baldwin, les ayant droits ont toujours été réticents à laisser à disposition les écrits de l’auteur, ce dernier se méfiait d’ailleurs de tout type de groupe (« je ne suis pas un membre de la Nation of Islam, je ne suis pas un membre des Black Panthers, je ne suis pas membre de la N.A.A.C.P ni même un membre de l’Eglise noire américaine »), il y a donc peu d’ouvrages écrits ou audiovisuels sur l’homme et peu d’adaptation de ses œuvres. D’ailleurs dans ce documentaire, personne ne parle de lui, c’est sa plume qui parle des autres. En effet, dans la version française, c’est la voix de Joeystarr qui fait résonner le texte, en plus des extraits de conférence et d’interventions télévisées. Nous sommes alors dans un monde des idées et des lettres où James Baldwin permet l’articulation de l’Histoire et son interrogation.

Contrairement à ce qui est annoncé, le film sort finalement en salles le 10 mai.

À travers un montage de vidéos et de photos du passé – payer mes droits, héros, témoin, pureté, vendre du nègre – où l’on y remarque la danse comme acte de survivance, le procédé de ségrégation, les marches, les manifestations, la violence sociétale et les cadavres (« qui commencent à parler… »), mélangé à d’autres objets audiovisuels des récents faits divers (meurtres de masse, bavures policières, acquittement de meurtres sur des mineurs noirs). Il y a un constat historique et sociologique de la violence et de la haine en Amérique. Mais ceci côtoie la propagande de la société de consommation. Comprenez que dès les années 60, comme l’explique James Baldwin ou on lui fait remarquer, il existe des spots publicitaires expliquant que les minorités peuvent vivre aussi bien que la majorité via la culture populaire, le pouvoir d’achat et les études supérieures dont une réclame créé par le gouvernement est utilisée dans le documentaire, de plus que la problématique de la télévision (nous fait-elle nier la réalité sociale ? Nous rend-elle apathiques et ignorants ? Et maintenant avec internet, fait-elle disparaître nos vies privées ?)… Alors qu’en France, en 2017, on voit même, à tort, du paternalisme et du racisme dans des affiches antiracistes (de moins en moins de gens adhèrent à S.O.S Racisme et même au concept, alors pourquoi encore prendre le temps de les critiquer quand on n’y a jamais cru ?). Mais au-delà de la publicité, c’est aussi le cinéma Hollywoodien qui promeut cette propagande : cet extrait cinéma où l’on découvre que Joan Crawford danse exactement pareille que Joséphine Baker (ça gêne pour l’une, pas pour l’autre), les différents extraits de comédie musicale à l’eau de rose, les premiers stars noires comme Sidney Poitier ou Harry Belafonte qu’on ne veut pas sexualiser, le cas du film La case de l’oncle Tom ou les films des cowboys contre les indiens… Car James Baldwin rappelle qu’avant l’esclavage des noirs, l’Amérique s’est construite sur le génocide indien. C’est là-dessus que s’est construite la grandeur de l’acteur John Wayne. Mais Hollywood montre aussi qu’elle réfléchissait déjà sur les cas des métisses blancs, au-delà des photos d’archive d’esclaves blancs, notamment les enfants orphelins. Alors il y aurait-il deux Amériques ? Ou est-ce la dissonance cognitive comme évoquée dans l’article sur les Oscars et les Césars 2017 ? Il en est que de cette perspective historique, nous pouvons arriver à la perspective politique, avec ce fait délicat de l’actualité de D.A.E.C.H, qui pourrait marcher comme un miroir déformant de cette propagande et histoire américaine. Expliquons avec lucidité : Dans le massacre des Indiens d’Amérique du Nord, il y eût, au même titre que les lynchages de noirs américains, toute une diffusion de ces images comme moyen de communication et d’argumentation, en plus de l’occupation de ces faits dans l’espace public. Et il y eût ces mêmes images en Irak. D.A.E.C.H, utilise cette même mécanique visuelle, image hollywoodienne de blockbuster combiné à l’imagerie la plus barbare (décapitation) pour diffuser son message.

Finissons par dire que malgré les annonces prophétiques de Robert Kennedy en 1965, « un Président noir dans 40 ans si tout va bien… », la prophétie de James Baldwin est plus sage car plus relatif : « La question n’est pas à quand le premier Président noir d’un pays Occidental, mais plutôt de quel pays sera-t-il ? » Car à quoi cela sert-il d’avoir eu Barack Obama pour que lui succède Donald Trump ? Il réside encore la question du « mâle blanc hétéreosexuel judéo-chrétien dominant ». Ce qui permet James Baldwin de continuer : « Si le noir n’est plus noir mais un nègre, alors le blanc n’est plus blanc mais un monstre moral qui a droit de vengeance ». Et de là le noir ne peut pas entrer dans le cadre de référence et avoir une autorité morale. Pourtant le monde montre que personne est la référence de personne car « le monde n’est pas blanc, le blanc est la métaphore du pouvoir »… Et à la fin, au-delà du racisme, c’est toujours la lutte sociale et la lutte des classes. L’excuse n’est pas une vertu et la castration est un fait américain. The blacker the berry

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…