Critique: Get Out

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Get Out

De Jordan Peele

Avec Daniel Kaluuya, Alison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Lil Rel Howery

Etats-Unis – 2017 – 1h44

Rating: ★★★★★

Chris part en week-end avec sa petite amie Rose. Ils vont rencontrer les parents de cette dernière. Au-delà de la gêne de voir ses possibles beaux-parents pour la première fois, Chris est noir et Rose blanche… Une gêne de plus?

Pour sa première réalisation, l’humoriste Jordan Peele installe en premier lieu un thriller social, est-ce toujours un problème quand une personne blanche ramène une personne noire dans sa famille? Dans tous les cas, il est énuméré, de façon réaliste, toutes les situations embarrassantes propres à ce contexte, américain bien sûr: parler tout de suite en positif de Barack Obama, évoquer les célébrités noires notamment dans le sport (de Jesse Owens à Tiger Woods), les propos stéréotypés du noir comme bête sexuel (cela part de l’esclave mandingue, connu pour pour son talent au combat, on voit d’ailleurs une confrontation dans Django Unchained, un combat qui ressemble beaucoup au type de combat Ultimate Fighting Championship… Evoqué plus tard dans le film critiqué aujourd’hui… Et ce genre d’esclave aurait été connu pour être l’amant d’esclavagistes blanches. En conséquence l’acteur pornographique franco-ivoirien Frank Lamont a pris le surnom de Mandingo, surnom aussi utilisé pour les étudiants africains aux Etats-Unis), les domestiques noirs bizarres ou une peluche renvoyant à l’animalité soi-disant du noir… Cela met mal à l’aise, en plus de quelques scènes d’effroi (le cerf percuté en voiture…)

Puis le thriller prend des aspects horrifiques, via la figure de l’hypnose. En effet, l’hypnose, en plus d’être un ressort du fantastique, de l’épouvante et de l’horreur, provient d’un procédé psychanalytique. Et en l’occurrence, on le met en place car le personnage principal a un traumatisme d’enfance, la mort de sa mère. Le traumatisme est aussi une articulation du cinéma fantastique, d’épouvante et d’horreur. Pour revenir à la figure de l’hypnose, le metteur en scène la stylise, y impose sa marque, sa patte: « le gouffre de l’oubli », être spectateur et non acteur de sa vie. Jordan Peele en fait comme métaphore d’être assis devant une télévision allumée, qui diffuse toujours la même chaîne mais d’un point de vue lointain, qui fait qu’on est présent sans être présent, complètement passif. On n’aurait plus le contrôle de son corps et notre esprit serait bloqué au milieu de nulle part, dans le néant. S’ajoute, en dernier lieu, une lecture du nazisme et de l’eugénisme (comprenez amélioration du genre humain) face à ce constat qui continue de signifier l’homme noir comme mythe. Rappelez-vous les propos du policier Darren Wilson, celui qui a tiré sur Michael Brown alors que ce dernier avait les mains en l’air et suppliait qu’on ne lui tire pas-dessus: « J’ai eu l’impression d’être un enfant face à Hulk. » Par conséquent un flic américain, censé servir et protéger la population, armé, peut avoir peur d’un homme noir, sans arme, qui lève les mains? Mais bon, les Etats-Unis ne sont pas la France, quoiqu’avec l’affaire Théo…

Le discours filmique de Get Out indique que si la police ou l’état policier pratiquerait encore un racisme frontal, totalement révolu (quoiqu’avec Donald Trump…), il est maintenant mis en place un racisme de sollicitude. C’est un concept dont on accuse le parti démocrate américain (notamment pour la dernière élection présidentielle avec Hillary Clinton) et le parti socialiste français. Il consiste de se positionner en « sauveur blanc » nécessaire pour aider les minorités, à plus d’égalité et de justice sociales, dans les pays occidentaux, cela sous-entendrait que ces mêmes minorités ne pourraient rien faire seuls… Mais, accepter cet antiracisme de salon, autre nom du terme, c’est prêter allégeance… Par conséquent, c’est une continuité de la suprématie blanche – après l’esclavagisme et la ségrégation – où Jordan Peele fait des procédés de récit divers et variés: le début du film avec la chanson Redbone (« métisse« ) de Childish Gambino, la question light skin/dark skin (quel est le plus à la mode? Le teint foncé façon Moonlight ou le teint clair façon Empire?), la notion de privilège blanc (la mise aux enchères…) et enfin les fameuses questions de l’appropriation culturelle et de l’assimilation culturelle (plus personne n’a le monopole de la culture aux Etats-Unis, non?). Et coup de coeur particulier au personnage de Rod joué par Lil Rel Howery, la patte humour du film, car malgré tout cela, le film ne m’oublie pas d’être très drôle (en même temps, un film réalisé par la moitié du duo Key & Peele) et coup de chapeau à Alison Williams en petite amie blanche complexe (once you go black you’ll never go back)… Ce qui lui permet de bien anticiper la fin de la série Girls, déjà qu’elle sortait du lot des quatre amis… Alors, la trans-race la proposition idéale du futur? Ou plus sage et raisonnable telle la proposition du métissage culturelle?

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…