Les Césars 2017, les Oscars 2017, la diversité mise en avant

 

 

 

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Pour la deuxième année consécutive, les Césars font preuve de diversité (Fatima l’année dernière, Divines cette année) quand la cérémonie américaine du cinéma passe d’#OscarsSoWhite (hashtag diffusé par la journaliste April Reign portant sur l’absence de toutes les minorités aux nominations) à une nomination pour la minorité noire dans chaque catégorie d’interprétation masculine et féminine. Et il y eût pour la première fois un acteur musulman primé. Mais quand Guillaume Gallienne se posait des questions l’année dernière sur les distinctions de Fatima (mais il n’avait pas vu le film à l’époque), le présentateur des Oscars de cette année, Jimmy Kimmel, a plaisanté sur la polémique de l’année dernière tout en évoquant le politique du nouveau président.

Certes Celluloïdz traite avant tout le cinéma de genre (fantastique, science-fiction, thriller voire actionner car on est gâté sur les films de super-héros… Qui nous gâtent…) mais nous nous permettons des articles transversaux, via des comédies insolites (Dear White People, Dope) ou des biopics par résonnance (Selma, Straight Outta Compton, 12 years a slave) ou des événements culturels. Alors, cinéma français de banlieue, cinéma noir américain, cela veut-il vraiment dire quelque chose ?

 

Divines et son horrible « punchline »

« T’as du clito » criée en mai dernier à Cannes par la réalisatrice Houda Benyamine lors de son prix de la Caméra d’Or. Récit initiatique de deux filles voulant s’émanciper de leur condition (le ghetto, la religion rigoriste) par le moyen de l’argent illégal, les 20 premières minutes sont indigestes. S’ensuite un récit plus construit, avançant avec solidité et parcouru de moments magiques : s’imaginer en voiture de luxe dans un terrain vague, découvrir sa féminité à la fois sur une scène de théâtre de façon effrontée ou sur un podium de boîte de nuit. Mais c’est aussi la violence d’une réalité sociale entre colère gratuite et écran de téléphone. Cela ressemble beaucoup à Bande de filles de Céline Sciamma, film à l’accueil mitigé tout comme Divines, d’ailleurs les discours se rejoignent. En effet, on peut considérer que devenir adulte c’est aller au bout de sa solitude. PS : Divines est en partie produit par le Qatar.

 

Quid de Swagger ? Nommé aussi aux Césars, le documentaire d’Olivier Babinet met en scène des jeunes de 12 à 16 ans dans un dialogue face caméra avec autant de naïveté que de sincérité. Il propose un discours assez dure, tous les adolescents interrogés disent ne pas côtoyer ni connaître de « blancs ou français de souche » et vivent à Aulnay-Sous-Bois, une des plaques tournantes du trafic de drogue francilien, mais on sent l’espoir…

 

 

 

Moonlight, la nuit tous les noirs sont bleus

Au clair de la lune, mon ami Chiron… tu trouveras des noirs partout  dans le monde car nous avons été les premiers hommes… On va d’abord pardonner à Warren Betty et s’intéresser au long-métrage de Barry Jenkins. Tout comme les précédents films cités au-dessus, nous assistons à un récit initiatique en trois phases, trois âges d’un noir du sud des Etats-Unis se questionnant sur son identité sexuelle très jeune dans un foyer monoparentale. Dans une mise en scène radicale voire difficile par moments, la caméra est souvent près des corps et pratiquement jamais stable car toujours en mouvement (pour les scènes de mer, c’est sublime et pour la scène précédant la bagarre au lycée c’est grandiose), on arrive facilement à s’attacher à tous ces personnages taiseux, tous ayant une marque invisible, un poids. Est-ce celui d’être signifié, désigné et identifié par autrui plutôt que par soi-même ?

 

Quid de Birth of a nation ? Si Casey Affleck a surmonté son scandale sexuel, ce ne fût pas le cas pour Nate Parker, malgré son œuvre subversif et importante. Il faut bien sûr comprendre que le cinéma est plus une affaire de Mémoire que d’Histoire. Néanmoins, ce film mêle les deux, car d’une part c’est nécessaire que ce genre de faits se sache (dans toute oppression humaine, il y a toujours eu une opposition agissante, aussi minoritaire qu’elle soit), d’autre part la reconstitution et le procédé de conscience d’esclave (n’en déplaise à Madame Rossignol) montrent la complexité de l’histoire américaine qui n’est pas encore digérée par les américains. Par conséquent, ce film méritait tout autant sa place aux oscars 2017.

 

Le racisme anti-blanc : Paranoïa politico-culturelle et réalité sociale

« Nous vivons dans un monde de dissonance cognitive. L’ère post-factuelle est rendue possible par le fait que nous sommes terrifiés à l’idée de mourir si nous avons tort, même si nous en sommes conscients. Je pense que ce qui énerve le plus les gens, c’est de voir une femme de couleur s’adresser aux Blancs de manière indiscriminée. Quelque chose qu’on n’aurait pas tolérée qu’elle fasse plusieurs décennies auparavant. Les privilégiés ressentent l’égalité comme de l’oppression ce qui fait que trois petits mots (que sont Dear White People) les entraînent à se battre pour leur survie qui en réalité est loin d’être véritablement en danger. C’est ainsi qu’une bande-annonce d’une minute est déformée et présentée comme une incitation à un génocide contre les Blancs. Ceci malgré tous les signes qui laissent penser le contraire » déclare Justin Simien, auteur du film puis de la série Dear White People, qui pourrait être cible de boycott pour accusation de racisme anti-blanc. Ce nouvel affichage, voire cette nouvelle promotion de la diversité au cinéma pourrait être mal perçue pour des mauvaises raisons : il y aurait derrière cela une politique de bonne conscience… Voire une discrimination positive qui ne dirait pas son nom. Après tout, 12 years a slave n’est pas le meilleur film de Steve McQueen et Philipe Faucon n’a pas la réputation de réalisateur virtuose. Néanmoins, si les États-Unis sont racistes, la France ne l’est pas car elle est discriminatoire. Mais dans ces deux pays, il existe un racisme anti-blanc, dans les quartiers populaires, les zones péri-urbaines, dans les milieux radicaux voire autre. Je serais pour l’attribuer à la montée du communautarisme, présent chez toutes les minorités et majorité d’Occident, en plus du terme de Justin Simien, la « dissonance cognitive ». Elle est présente chez tout le monde, deux exemples du concept : la diffusion actuelle de l’information et le fait que nous sommes de moins en moins enclin à discuter avec des gens qui ont des avis différents du nôtre. Et le paroxysme serait le principe suprématiste, dont on a pu voir certains dégâts (Charleston, Québec ou les policiers blancs tués par des hommes isolés noirs voire le conflit israélo-palestinien…). Comme quoi l’ignorance ne mène pas seulement à Daesh… Pour en revenir au cinéma, mon opinion est que la qualité et l’honnêteté des différents films cités prouvent que ces milieux sont des réservoirs à histoire, à énergie et à inventivité pour un cinéma actuel. Et de plus, les séries sont aussi au rendez-vous : The get down, Atlanta ou Insecure. La question de genre voire sous-genre (cinéma noir américain, cinéma français de banlieue) peut se poser, sans tension ni attitude fauchée en attendant une normalisation des minorités dans le cinéma occidental, quand on fera attention aux personnages mais plus à leur couleur et ni leur identité de genre.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…