Chips-Movie: Hellsing Ultimate

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Rating: 3.7/5 (3 votes cast)

Hellsing Ultimate

De Tomokazu Tokoro

Avec Johji Nakata , Fumiko Orisaka, Yoshiko Sakakibara, Norio Wakamato, Motomu Kiyokawa, Hiroaki Hiroata (voix japonaises)  Crispin Freeman,  K.T Gray, Victoria Harwood, Steven Brand, Ralph Lister, Yuri Lowenthal (voix anglaises)

Japon – 2006 à 2012  – 10 épisodes de 40 à 65 minutes

Rating: ★★★★☆

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Générations après générations, l’organisation fondée par le célèbre chasseur de vampires continue d’affronter les forces occultes, et comme le dit l’expression « It takes one to catch one », il se trouve que leur arme principale est un mystérieux vampire sempiternel nommé Alucard ayant juré fidélité au père fondateur (et à toute sa lignée) après avoir été vaincu par lui. L’action se situe de nos jours, où une recrudescence un peu trop erratique d’activités vampiriques finira par attirer l’attention de la dirigeante actuelle Sir Integra, pour se révéler les premières salves d’une guerre déclarée à toute l’Humanité  menée par des descendants du IIIe Reich.

Seconde adaptation du manga de Kouta Irano après une première série animée datant de 2001,  cette version réalisée par Tomokazu Tokoro serait paraît-il plus fidèle à l’esprit du matériau original. Ne connaissant ni l’un ni l’autre c’est donc sans idées préconçues que j’abordais cette série «encore inédite chez nous» (enfin, seuls les 4 premiers épisodes seraient disponibles pour le moment tandis que la série a été diffusée intégralement l’année dernière aux Etats-Unis) dans le but avoué de me débrancher le cerveau et de me complaire impunément dans l’ultra-violence, parce que parfois ça détend. Nombre de chips périrent ainsi de ma main le temps que dura le visionnage car la série remplit assurément ce cahier des charges, tout en nous gratifiant cependant  d’un assez bon récit, très bien mené car jouant assez intelligemment avec sa propre chronologie pour mieux prendre  le temps de développer le background des personnages principaux – des respirations pour le moins bienvenues au milieu du déluge sanguinolent qui attend le spectateur, mais c’est aussi là où ce prolongement pour le moins inattendu de la mythologie créée par Bram Stoker prend cependant tout son sens et a tôt fait de renvoyer dans la foulée nombre des productions horrifiques du moment loin très loin au pays merveilleux des bacs à sable. C’est un peu leurs fautes aussi, elles n’ont qu’à pas esquiver leurs propres thématiques ;  un écueil que Tokoro ne se permet certainement pas en tout cas.  

Certaines ligues bien-pensantes pourraient évidemment ne pas manquer de relever une certaine complaisance dans la violence (et je veux dire, comment ne pas : les personnages ont quasiment tous vissés sur le visage des rictus de plaisir à l’idée de mener un combat – mais c’est chouette, ça donne un côté un peu comedia del arte à l’ensemble –  et le sang survient toujours par geysers entiers) et c’est toujours un peu délicat de discuter avec ce genre de personnes venant d’un autre temps (c’est le même problème avec Games of Thrones, je pense que personne ne me contredira sur ce point) qui arrivent toujours à voir une apologie là où il y a une dénonciation. Tout ça pour dire que la série n’est absolument pas à mettre entre toutes les mains. Pour les amateurs du jeu de rôle « Vampires », là par contre personne ne sera trop dépaysé, c’est même un véritable fantasme devenu réalité.

Effectivement un pas a été franchi dans l’outrance, mais dans ce qu’elle a de plus salvateur : s’il manquait quelque chose qui pouvait rivaliser avec le « destruction-porn » écoeurant qui sévit allègrement dans les productions- live des films de super-héros, avec Hellsing Ultimate et bien ce n’est plus le cas. S’il fallait quelque chose qui puisse également surpasser l’actualité encore plus gerbante que nous connaissons bien maintenant, Hellsing Ultimate remplirait cette fois encore le rôle avec tous les honneurs. Ce que l’on peut ne pas voir de suite, c’est que nous avons à faire pourtant au brûlot pacifiste par excellence, à égalité avec tous les écrits cumulés sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Tous. Mais qui nous seraient en quelque sorte rejetés brutalement à la figure, en une fois. La surenchère dans l’excès (au  plus fort du climax de « mi-saison », je parle de rues inondées à répétitions par de véritables torrents de sang) empêche toute fascination pour renvoyer au contraire, par écoeurement, à toute l’absurdité fondamentale inhérente à chaque conflit, et cette outrance baroque n’a d’autres fonctions que de nous rappeler effectivement à quoi ressemble l’humanité vue de loin, depuis un certain temps maintenant. Ainsi peut-être certaines polémiques de fin de soirée vous reviennent-elles en mémoire (« gna-gna-gna si tu tues des despotes ou des tyrans alors tu deviens comme eux »)  si c’est le cas je m’en excuse, pour le coup Hellsing Ultimate offre plutôt une assez belle remise en perspective. Mais ça va, c’est cohérent, après tout il est question de monstres depuis le début.

Le fait que les grands méchants soient des nazis fait immanquablement sens, après tout c’est par eux que nous mesurons l’échelle des horreurs contemporaines depuis le début du siècle précédent. On pourrait penser que l’Eglise serait bien d’un quelconque réconfort face à une invasion de vampires, mais il se trouve que dans le récit elle est davantage intéressée à essayer de tirer profit du conflit pour se débarrasser de l’organisation Van Hellsing qui depuis trop longtemps l’empêche de prétendre au titre d’autorité compétente suprême en ce qui concerne les phénomènes surnaturels (bon voilà, ne s’occuper que de ses propres intérêts serait donc une sorte de «trait constituant »). Cependant c’est peut-être l’un des autres plaisirs coupables que l’on peut éprouver au visionnage : le rapport des personnages face à leur propre violence, à leurs propres motivations. Une palette morale relativement limitée donc,  mais qui nous vaudra tout de même de très beaux moments de nihilisme héroïque ; que ce soit les assassins de la Division Iscariote du Vatican ou encore la troupe de mercenaires des Wild Geese, tous ont à peu près une idée du sort qui les attend dans l’au-delà si jamais il y en a un. Dès lors que nous reste-t-il, à nous pauvres spectateurs en manque de repères moraux ? Il semblerait que le seul rempart à chercher se situe définitivement du côté de la fiction, au travers d’un personnage (un archétype ?) qui n’aura jamais aussi bien porté son nom, Sir Integra, qui elle, n’hésite pas à combattre les monstres … avec d’autres monstres  (et Alucard est bien trop heureux de laisser d’éventuels dilemmes moraux à la charge de sa maîtresse, si vraiment c’est ce qu’elle  souhaite)  ce qui évidemment fera certainement l’objet de nombreuses thèses pour les siècles à venir.  

Il est tout aussi vrai cependant que l’on peut également choisir de mesurer l’horreur dans Hellsing Ultimate en « Ash »  (voire tout simplement en «Campbell ») et là aussi on passera un délicieux moment. L’action et les combats sont absolument dantesques, voire tout simplement complètement délirants, et en plus des flash-backs consacrés au background des personnages comme mentionné plus haut, le récit ménage également quelques petits moments d’humour bien sympathiques, très cartoon,  par le biais du personnage de Seras Victoria, la jeune officier de police transformée en vampire par Alucard. Ces quelques petites plages viennent tempérer l’outrancière violence omniprésente, mais aussi une palette chromatique dominante composée de rouge et de bleu qui n’est pas loin d’évoquer les bichromies somptueuses de Mario Bava, et qui constituerait presque à elle seule un argument pour rêver d’ une adaptation-live.

             

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!