Un film en un plan: Mad Dogs

 
 
 
 
Etrange objet que ce Mad Dog Time (ou encore Trigger Happy) réalisé en 1996 par Larry Bishop, co-produit par Richard Dreyfuss (qui par ailleurs s’y octroie l’un des rôles principaux), doté d’un casting-figurants assez prestigieux (Burt Reynolds, Richard Pryor, Angie Everheart, Rob Reiner, Billy Idol) et d’une distribution principale qui ne l’est pas moins (Jeff Goldblum, Ellen Barkin, Diane Lane, Gabriel Byrne, Kyle MacLachlan). L’action se situerait peut-être en pleine Prohibition mais cela n’est jamais réellement précisé, seul compte le décorum pour cette histoire de rivalités entre gangs adverses qui aiment à évoluer dans de beaux restaurants avec du jazz en fond.

Tout le monde attend le grand retour de Vic (Richard Dreyfuss, un grande ponte de cette pègre un peu indéterminée) après un séjour en soins psychiatriques pour une raison elle aussi un peu abstraite, voire inommable –une rupture temporaire d’avec sa maîtresse attitrée, Grace Everly (Diane Lane) mais qui aurait engendrée une dépression (voire révélée des symptômes plus graves) notamment parce cette dernière aurait eu une liaison avec son homme de confiance Mickey Holliday (Jeff Goldblum)(qui lui-même risque sa vie à chaque instant puisqu’il se tape déjà la sœur de Grace, Rita –interprétée par Ellen Barkin- un brin possessive elle aussi). Holliday ne doit d’être encore en vie que parce qu’il connaît l’endroit où Grace se cache du courroux éventuel de Vic. Pendant ce temps, des gangs rivaux (conduits par Kyle MacLachlan ou encore Burt Reynolds) entendent bien profiter de ces tensions internes pour faire le grand ménage.

Etrange objet donc, entre Miller’ Crossing et les cow-boys déjantés du Dead Man de Jim Jarmusch sorti un an plus tôt (car n’en doutez pas, tout le monde marche un peu sur la tête dans cette histoire, le casting-figurants s’en donne à cœur joie) sans toutefois arriver à égaler la subtilité du chef-d’œuvre des frères Cohen, qu’il ose pourtant tourner en dérision – voire une des tirades de Kyle MacLachlan – sans ne serait-ce que lui arriver au petit orteil en ce qui concerne les rebondissements d’intrigue. Pire, Gabriel-la classe-Byrne (qui tenait le rôle principal dans Miller’ Crossing) se commet également ici dans un rôle d’homme de main assez limité pour nous jouer une re-dite un peu embarrassante du Chevalier Noir dans le Sacré Graal des Monty Python – mais peut-être qu’il en profite juste pour régler un compte avec les Oscars, après tout je ne sais pas – en tout cas, pour quelques unes de ces raisons et peut-être même d’autres, le métrage de Larry Bishop a été estampillé pire film de l’année par les critiques de l’époque. Reste cependant un élément à sauver (enfin je crois) vraiment le « petit truc » du film, en ce qui concerne le traitement de la violence. Contingence de budget ou bien réelle bonne idée je ne sais pas non plus, en tout cas ça nous change foncièrement des règlements de comptes entre gangsters qui dézinguent tout et tout le monde à la mitraillette : ici ils règlent leurs comptes en duels. Mais pas à l’aube ou en en pleine rue, non, assis face-à-face derrière des bureaux de compétition (un endroit exprès, une sorte de rendez-vous que l’on ne peut jamais refuser, et qui permet en plus à tout le monde de prendre les paris bien tranquillement) avec l’arme posée bien à plat et à portée de main, et où chacun finit de se dire ce qu’ils ont à se dire.

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Cette façon pour le coup assez pertinente de renouer avec le western s’avère plutôt bien sentie et sympathique, donnant lieu à des petits moments parfois bien écrits, parfois juste bien régressifs. Il y a finalement assez peu de coups de feu pour un film de gangsters, mais on sursaute à chaque fois ou presque de par la brutalité ou le côté inattendu de chaque détonation . Ici, le personnage de Jeff Goldblum – qu’on nous a montré à plusieurs reprises comme étant un excellent tireur – était en fait en train de ranger son arme après avoir terrassé son adversaire. Mais le personnage de Kyle MacLachlan vient menacer Gabriel Byrne, et donc il réagit sur le coup, pour essayer de le sauver – alors qu’il ne l’apprécie pourtant pas particulièrement (mais ils font partie du même gang, un petit détail de caractérisation qui de plus, prendra encore plus de sens par la suite du récit) – et qui nous vaudra donc ce très beau plan de dégainage de secours avec pressage de la détente par l’auriculaire..

(je remets une autre image parce que sur la première on voit pas bien)

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Cette mise-en-scène de la violence est donc un des seuls éléments à plus ou moins retenir, hormis encore une fois les figurants magnifiques (dont l’une des dernières apparitions de Richard Pryor) et aussi quelques dialogues bien sentis, aux travers desquels Dreyfuss et Goldblum se taillent la part des lions –mais non sans un certain charisme – quelque chose sur la différence entre les kamikazes et les autres, qui auraient une perception un peu plus précise de la part de mort dans la vie. Mais quel univers ! Entre de bonnes mains, une préquelle pourrait carrément mériter le coup d’oeil.. ! Sinon que dire de plus ? «Don’t do it at home» oui. Un truc comme ça..

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