Critique: Nocturama

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Nocturama

De Bertrand Bonello

Avec Finnegan Oldfield, Martin Guyot, Laure Valentinelli , Hamza Meziani, Manal Issa

France – 2016 – 2h10

Rating: ★★★★☆

 

Un groupe de jeunes s’entrecroisent dans le métro parisien. Echanges de regards, récupération de matériel, infiltration… un plan visant les quatre coins de la capitale semble se mettre en place silencieusement. Alors que les explosions retentissent, le groupe se replie dans la Samaritaine pour laisser passer la nuit…

2016.09 - Nocturama copie

 

Ecrit en 2010, Nocturama sort au milieu d’une période troublée qui, en plus d’avoir changé son titre (initialement Paris est une fête), ne manquera pas de rendre les questionnements du film plus lourds que jamais. Si notre bande de jeunes terroristes risquent d’être comparés aux Kouachi, Coulibaly et autre Salah Ambdeslam, le fondement de leur action, même s’il reste volontairement flou, serait plutôt à chercher du côté de Nuit debout. L’implacable répression à laquelle ils devront faire face n’en est que plus polémique et tout aussi pertinente : après tout, l’Etat d’urgence cher à Mr Valls n’a-t-il pas inclus dans son champ d’actions des activistes écolos et/ou d’extrême gauche ?

Au-delà de ce sujet brûlant, Nocturama est avant tout un portrait de la fameuse génération Y et ses liens ambivalents avec la société moderne. Notre groupuscule (incarné par un casting alliant espoirs du cinéma français, comédiens non-professionnels et même le petit fils de Gilles Deleuze !), ne se limitant à un aucun cadre socioprofessionnel, s’attaque notamment au capitalisme et à ses institutions mais se retrouve aliéné par le consumérisme alors qu’il trouve refuge dans un centre commercial. Pour représenter cette jeunesse paumée, Bonello cite ouvertement Elephant de Gus Van Sant par le ballet aérien de ses personnages dans Paris, les kaléidoscopes temporels et le déferlement de violence final. Des séquences musicales nous renvoient quant à elles à Breakfast Club, offrant quelques moments de respirations tandis le funeste destin se met en place.

 

Comme pour son Saint Laurent dont l’esthétique n’était pas sans rappeler le giallo, Bonello convoque également des références du cinéma de genre (Assault de Carpenter pour le siège et  l’importance accordé au hors champ, Zombie de Romero pour son centre commercial désert), passant du film de casse au film d’horreur au fil des trois actes bien distincts de cette tragédie moderne. La première partie se déroule sur un axe horizontal, les personnages parcourant le métro et les rues de Paris, dessinant la géographie de la capitale et du pouvoir, tandis que les deux suivantes prennent place (exception faite d’une errance parisienne) dans un lieu unique, vertical et labyrinthique : la Samaritaine. Les ruptures concernent tout autant le ton que l’esthétique du film. Bonello retrouve ainsi toute la plasticité de son cinéma dans le centre commercial, tour à tour cocon douillé, espace mental, maison hanté (avec son chat dans le grenier et ses mannequins fantomatiques) et piège mortel pour nos antihéros.  Reprenant également l’unité de temps de 24h propre à la tragédie grecque (ainsi qu’à une célèbre série américaine dont Nocturama pourrait être le négatif…), Bonello joue à la fois de la simultanéité des actions, via de nombreux split-screens, ou au contraire de la temporalité subjective d’un seul personnage, reprenant la même scène en variant les points de vue. Ce travail sur le temps et l’espace fait de Nocturama, déjà ambitieux sur le fond, un objet cinématographique foisonnant et fascinant (voir même agaçant pour les spectateurs récalcitrants).

nocturama

Bonello a recours à des images très fortes comme, pour ne prendre qu’un exemple, cette Jeanne d’Arc pleurant avant de s’embraser, visage doré que l’on retrouvera plus tard dans le masque arboré par l’un des jeunes. Le cinéaste laisse le spectateur seul interprète de ces symboles, seul juge de ses personnages, préférant soulever des questions plutôt qu’imposer des réponses. Ce traitement vaporeux ne manquera surement pas de rebuter une partie de l’audience mais Nocturama a le mérite de susciter la réflexion, à l’inverse des prises d’otage moralistes qui suivent chaque nouvel attentat. « The revolution will not be televised… »

 

 

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.