Critique: The Strangers

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Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Goksung

De Na Hong-Jin

Avec Kwak Do-Won, Hwang Jeong-Min, Chun Woo-Hee, Jun Kunimura

Corée du Sud – 2016 – 2h36

Rating: ★★★★★

the-strangers

Un village sud-coréen d’apparence normale, sauf qu’il s’y est déroulé un meurtre atroce, avec semble t-il le ssuper parfait. Puis deux autres meurtres arrivent et un nouveau suspect est désigné. De là, toute la communauté rurale se vautre dans les rumeurs et les superstitions, notamment celle concernant un ermite japonais arrivé depuis peu…

Cela commence comme un bon polar : pluie forte (avec effets sonores), lieu reculé, lumière sombre, scène de crime horrible et sanguinolente. Puis lors de la seconde scène de crime, avec l’afflux de la population donnant une certaine mondanité morbide, une scène humoristique incluant le flic protagoniste Jong-Goo, face aux cadavres et au suspect, fait déborder le ton vers une comédie policière. D’ailleurs on sentait dès sa première apparition, le côté empoté (en plus qu’il est enrobé) de ce policier. De plus, il est entouré de femmes (épouse, fille, belle-mère) qui décident pour lui et son enquête piétine.  « Ce n’est pas ta faute si t’as des couilles de souris et que t’es une chochotte » lui gueule son supérieur, pour appuyer l’incompétence du protagoniste.  Mais d’un autre côté, le film laisse de plus en plus de place aux cauchemars, récurrents de surcroît, touchés par tous les villageois…

Le récit installe avec fluidité et très lentement un surgissement du surnaturel, par le biais de la nature. Du lieu reculé de l’intrigue, la contemplation du paysage et du climat amène à la tension, comme au silence. Les magnifiques plans d’ensemble de montagnes et de forêt amènent à suggérer que la nature semble à la fois accueillante comme la chute d’eau où se recueille le japonais, et punitive comme la scène cocasse d’un personnage touché par la foudre après avoir souhaité que les policiers soient foudroyés. Et ce personnage de japonais, évoqué ci-dessus, exprime pleinement cette ambiguïté, cet entre-deux : il est un motif des cauchemars récurrents tout en apparaissant comme un vieux solitaire pêchant en bord de mer à l’air frais. Et quel est le genre particulièrement prisé pour son postulat d’entre-deux ? Le fantastique. Donc d’une première scène polar, nous sommes arrivés à une comédie policière décalée pour nous trouver maintenant dans le fantastique (il y aura même un chaman pour un exorcisme… une scène plus extraordinaire que le classique de William Friedkin), ce vieux japonais est-il réel ? Pourquoi n’explique-t-il pas les raisons de sa présence ? Pourquoi se montre-il si silencieux ? Et puis, de vous à moi, un étranger (littéralement) arrive dans un coin perdu, avec plein d’évènements impossibles à expliquer, par conséquent qui va devenir le bouc émissaire ? Le film porte donc aussi une dimension sociale. Enfin, de la longueur du film, le metteur en scène Na Hong-Jin va même installer de l’horrifique sur la dernière partie du récit.

Cela n’empêche pas une fin un peu longue et un peu floue, notamment sur qui est l’auteur des crimes perpétués dans le village. Mais il est clair que le défi de faire un polar fantastico-horrifico-social est réussi par le réalisateur, tout en étant proche des autres œuvres sud-coréennes du même acabit : Bedevilled (ou Blood Island) de Jang Chul-Soo, L’île de Kim Ki-Duk, Mother de Bong Joon-Ho ou The Five de Jeong Yeon-shik en plus de ses deux précédents films The Chaser et The Murderer. Décidément, au risque de me répéter, les meilleurs thrillers viennent du « pays du Matin calme ».

PS : « ma-eul salam » signifie « villageois » en sud-coréen.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…