Critique : Le Livre de la jungle

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.0/5 (2 votes cast)

The Jungle Book

de Jon Favreau

Avec Neel Sethi, Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba

États-Unis – 2016 – 1h46

Rating: ★★★☆☆

 The Jungle Book

Est-ce encore bien utile de râler sur les remakes, en pointant du doigt la volonté des studios à recycler leurs œuvres pour engranger un max de thunes ? Probablement. Surtout au vue des catastrophiques adaptations en prise de vues réelles de Cendrillon à Alice au Pays des Merveilles. En ça, Le Livre de la jungle est une très bonne surprise puisqu’il essaye de proposer quelque chose de différent à son spectateur. Visuellement d’abord, le film est une tuerie.

Entièrement tourné en studio et en CGI, sans motion capture, les effets sont ahurissants. On a rarement vu des animaux avec un rendu aussi réaliste et détaillé qui, hormis pour la parole, ne penche jamais du côté de l’anthropomorphisme. Du pelage à la démarche, on est plongé dans un documentaire animalier de haute facture. L’immersion dans les décors luxuriants de la jungle est tout aussi réussie, à tel point qu’on en oublie que tout est faux. La seule dissonance dans ce bijou visuel vient de l’unique acteur du film, Neel Sethi. Incarnant Mowgli, on sent vite les limitations de son jeu face à un fond vert, qui le place en dehors du film.

Et c’est bien là où Le Livre de la jungle trouve ses limites. Jon Favreau a beau s’éloigner de l’histoire du Disney original, il n’arrive pas à faire passer d’émotions. Il voudrait réaliser un film d’aventures pour petits et grands, mais se retrouve le cul entre deux chaises. Jamais assez sombre pour nous faire ressentir la cruauté de la vie sauvage, jamais assez léger pour nous faire rire. Bagheera, Baloo, Shere Khan sont certes majestueux, mais le réalisateur a oublié de les doter d’une âme. L’omniprésence de l’action ne permet en effet jamais de développer les personnages, même quand les interprètes font de leur mieux pour leur donner vie (Bill Muray est parfait en ours dilettante). Ils se baladent donc aux côtés de Mowgli dans des courses-poursuites répétitives, sans qu’on ne lève un sourcil.

Quelques scènes cependant sortent du lot, et apportent enfin la profondeur qu’on attendait du film. La première est la rencontre de Mowgli et Kaa. Scarlett Johansson donne sa voix au serpent charmeur, qui prend soudainement une dimension sexuelle fascinante. La deuxième est lorsque Mowgli est capturé par King Louis. Christopher Walken insuffle au roi des singes une bestialité qu’on n’avait pas encore croisé jusque là dans la jungle, en faisant l’animal le plus flippant aux alentours. La chanson du dessin animé, « I wanna be like you », reprise ici prend alors un sens tout aussi nouveau qu’inquiétant. Et questionne au final le véritable sens du Livre de la jungle, sur la cohabitation entre humain et animaux, instinct et évolution.

D’ailleurs, l’idée de faire de Mowgli un être unique, partagé entre sa nature d’homme et son éducation de loup était intéressante. Mais le réalisateur en fait vite un MacGyver dont on ne comprend jamais d’où lui viennent ses connaissances pratiques. On se détache donc rapidement de l’histoire pour se contenter de regarder de jolies images dont il ne restera pas grand-chose le générique terminé. Dommage.

Miho

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Miho

Coincée depuis quelques années entre réalités parallèles et univers alternatifs, Miho se dit qu’elle aurait mieux fait de suivre des cours de physique quantique plutôt que de s’adonner aux dépravations estudiantines terrestres afin de retrouver son home sweet home. En attendant enfin une numérotation automatique "téléphone maison" sur son iPhone, son passe-temps favori reste la reproduction des masques de Leatherface et de Michael Myers au crochet.