Critique : A Perfect Day (un jour comme un autre)

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A perfect day

De Fernando Léon De Aranoa

Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Olga Kurylenko, Mélanie Thierry, Fedja Stukan

Espagne – 2015 – 1h45

Rating: ★★★★☆

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Le milieu des années 90 en Europe de l’est, la guerre des Balkans. Un corps mort et imposant, pour ne pas dire obèse, a été jeté dans un puits. Au risque sanitaire que cela peut provoquer, une société humanitaire essaie de sortir le cadavre, mais la corde lâche…

A Perfect Day peut être signifié comme un anti-film de guerre. Le contexte est en effet dans un entre-deux : la guerre est finie et les pourparlers de paix ont commencé, mais en même temps les tensions et les rancœurs sont toujours présentes entre les mines toujours en activité et les vaches qu’on traîne sur les routes. De plus, on est du point des vue des humanitaires, ceux qui arrivent plus après la guerre que pendant. Nous enchaînons donc les longs trajets en voiture sur des routes vallonnées désertes et rocailleuses, limites labyrinthiques, à vue aérienne semblable à celle de drones ; les check-points sont sujets à une tension de thriller, voire de duel de western ; et les comportements locaux ont une bonne touche de bizarrerie… Ajoutons l’esthétique de la ruine, le point principal d’un film de guerre, se construisant par la vision des multiples petits villages de la région délabrés et aux vêtements vétustes des locaux (rappelant le style vestimentaire des roms actuels, sans offense dans mes propos). Et un film de guerre, c’est toujours essayer de mettre de l’ordre dans du chaos, une mission que remplissent les humanitaires selon le réalisateur, « une guerre à l’intérieur d’une autre – une guerre contre l’irrationnel, contre le découragement, contre le désir irrépressible de rentrer chez eux. »

À l’heure de la mondialisation, A Perfect Day est un film réalisé par un espagnol, se déroulant dans la toute nouvelle Bosnie-Herzégovine avec des acteurs venant de Porto Rico (Benicio Del Toro en plein désarroi), des Etats-Unis (Tim Robbins en humanitaire complètement barré), de France (la jeune fraîche et insouciante Mélanie Thierry), d’Ukraine (la sublime Olga Kurylenko) et du coin (Fedja Stukan). Cela donne une très drôle communauté internationale, bringuebalante et bancale. Mais il en ressort les aléas dramatiques de toute bande d’amis : des histoires de couple entre Mambru et Katya – une discussion sous alcool qui en plus de rappeler l’univers d’Emir Kusturica rappelle aussi celui d’Hong Sang-Soo – une initiation pour la française Sophie (sa première expérience de mort ou des mines) et de l’entraide avec le petit Nikola qui cherche une balle de foot et les aide en retour à trouver une corde. Ajoutons un travail ludique sur la bande originale du film, majoritairement rock et mélancolique qui joue sur le rythme du film et l’énergie déployée des personnages. A Perfect Day propose un humour burlesque et décalé voire absurde pour mieux accepter et comprendre l’horreur de la guerre de Yougoslavie, évoqué 10 ans plutôt pendant vingt ans de cinéma d’Emir Kusturica. Mais ce film ajoute la critique des organisations humanitaires, en particulier les Nations Unis avec l’organe Unicef.

Depuis un certain temps, ces deux entités sont vivement critiquées notamment dans leur intervention en Afrique. On leur reproche d’utiliser la majorité de leur budget à leurs soins et non aux communautés qu’ils sont censés protéger, de ne pas vraiment intervenir même dans leur champ d’action et de se plier trop au protocole (le film est né, en plus de l’adaptation du livre Dejarse llover de Paula Farias, de la relation crée entre les producteurs et l’organisation Médecins sans Frontières dont le documentaire Invisibles les bénévoles de Calais était sorti en novembre 2014). Certes il faut respecter la souveraineté d’un pays, mais les plus démunis comme les femmes violentées, les orphelins et les habitants déportés ne doivent pas subir ce postulat par défaut car souveraineté d’un pays sous-entend souveraineté d’un peuple. Mais de manière générale, l’humanitaires est devenu un vrai business ces dernières années, pouvant financer entièrement un pays tout en générant nombreuses corruptions et clientélismes, cela est très marquant en Afrique. De plus ce fait rejoint d’une certaine manière l’essai complet et dense de la journaliste canadienne, auteure, cinéaste et militante altermondialiste Naomi Klein, La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre : où il y a de la ruine et des dégâts dû ou non aux catastrophes naturelles, il y a de l’argent à générer car il y a quelque chose à reconstruire de zéro, le meilleur exemple est l’ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans.

Face à la pluie, nous sommes tous les mêmes, on s’abrite des gouttes.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…