Un film en un plan: Basic Instinct

 
 
 
 

Fin des années 90, Basic Instinct est le fameux film du dimanche soir de TF1 et Christopher, 13ans, décide d’effacer Tortue Ninja 2 pour enregistrer le film de Verhoeven. Le mercredi après midi suivant, il peut enfin mater le film sur la télévision familiale et voit, après une première demi-heure qui le met déjà bien en condition, sa vie sexuelle pleinement activée devant une petite seconde qui fera dès lors l’objet de nombreux arrêts sur image.

A la même époque, Guillaume et Jonathan, deux collégiens, se rendent au vidéoclub de leur quartier et louent Basic Instinct en VHS. Au bout de la 27ème minute (et 35 secondes !), le film se voile complètement et les deux amis décident de retourner à la boutique. A la caisse, le proprio du vidéoclub leur propose illico de choisir un autre film (leur choix se portera sur Ticks, le film d’horreur avec des tiques géantes et Alfonso Ribeira en pantalon zoulou). Le gérant passe alors en arrière boutique et vérifie la VHS sur un de ses nombreux magnétoscopes : effectivement, au bout de la 27ème minute (passage qu’il connait lui aussi sur le bout des doigts), la bande magnétique montre de fâcheux signes de faiblesses. Il décide aussitôt d’appeler Carolco Home Vidéo afin de se faire livrer au plus vite une nouvelle copie.

Début des années 2000, Frank s’active à mettre du contenu sur son nouveau site NakedCelebrities.com, qui ambitionne de montrer les photos image par image des scènes de nue des actrices les plus célèbres d’Hollywood. Il veut alors ripper sa VHS de Basic Instinct mais s’aperçoit alors que les quelques frames qui l’intéressent sont juste illisibles. Il décide alors de changer de support et achète ainsi son premier DVD : Basic Instinct.

Dix ans auparavant, au cour de l’été 1991, Paul Verhoeven et son équipe impriment sur pellicule, via cette poignée d’images dévoilant de façon quasi-subliminale mais assurément sublime la chatoune sharonienne, toute la quintessence du mythe stonien. L’actrice racontera le tournage en ces termes : « Verhoeven m’a demandé de retirer ma petite culotte blanche car on la voyait à la caméra mais il m’a promis qu’on ne verrait rien au final. Ce n’est que des semaines plus tard que Paul nous a projeté le film terminé avant d’aller au Festival de Cannes. Quand j’ai vu la séquence, je me suis sentie trahie. Je me suis levée et je l’ai giflé ». Ce passage sur la Croisette de l’actrice pour le coup bien naïve marque néanmoins le début de l’incroyable notoriété que connaîtra la star dans les années 90.

Toutes ces anecdotes (plus ou moins exactes) prouvent à quel point Basic Instinct aura marqué au fer brûlant le cinéma des années 90. Point d’orgue du torride thriller de Verhoeven, cette fameuse scène d’interrogatoire où Michael Douglas et Wayne Knight (celui de Jurassic Park et Seinfeld), en pleine production intensive de sueur hormonée, doivent affronter une Sharon Stone provocatrice en diable. Celle-ci, que l’on a souvent comparée à Kim Novac dans Vertigo, arborant le même chignon, se joue des inspecteurs qu’elle allume au moins tout autant que sa cigarette. La séduction culminera dans un croisement de jambes d’anthologie. Un mouvement déjà  sans équivoque surligné par un très gros plan, aussi succinct que frontal, montrant la toison dorée de la star.  Un petit insert chatte qui vient s’intercaler apparemment discrètement, même si on n’aura bien entendu remarqué que lui, dans tout un champ/contre champ ayant recours au gros plan ainsi qu’aux mouvements d’appareils pour mettre en valeurs les jeux de regards et de séduction. On peut penser à la partie d’échec de L’affaire Thomas Crown sauf que, bien évidemment, Norwan Jewison n’était pas allé jusqu’à cette franche seconde qui montre que, s’il est répandu de dire que de la puissance évocatrice de la métaphore est ce qu’il y a de plus excitant, tout montrer n’enlève pas nécessairement l’érotisme d’une telle scène.  C’est aussi pour ça qu’on l’aime notre hollandais violent : pour cette façon d’appeler, si je puis me permettre, un chat un chat !

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Au côté de l’image subliminale du phallus de Fight Club ou encore de la lame de rasoir fendant un œil dans Un chien andalou, cette origine du monde revue et corrigée par Verhoeven est à compter parmi les plans très courts qui marqueront durablement les imaginaires… que dis-je… les fantasmes !

 

En bonus, une petite BD autour de cette scène.

basic Instinct 1FE1P

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.