Critique: Trepalium

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Trepalium

D’Antarès Bassis, Sophie Hiet

Avec Léonie Simaga, Pierre Deladonchamps, Ronit Elkabetz, Sarah Stern, Charles Berling, Lubna Azabal, Achille Ridolfi, Olivier Rabourdin, Aurélien Recoing

France – 2016 – 6×52 minutes

Rating: ★★★★☆

t2

Dans un futur proche, un pays développé voit son chômage de masse progresser, au point qu’il concerne plus de la moitié des citoyens. De là, le gouvernement décide de séparer la population en deux par un mur. D’un côté, la « Zone », avec les 80 % de chômeurs, de l’autre, la « Ville » hébergeant les 20 % d’actifs. 30 ans après cette mise en place, le gouvernement décide de mettre en place des « emplois solidaires », pour réinsérer des « zonards » …

Trepalium est un mot latin pour « souffrance », qui a donné lieu au mot « travail ». Créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet, diffusée le 11 et le 18 février 2016 sur Arte, la série est produite par Katia Raïs qui a annoncé que « l’idée est de prendre à chaque fois un symptôme du monde d’aujourd’hui et de le transformer dans un monde de demain. Sur une série de six épisodes à saison unique. La prochaine série s’intéressera au vieillissement de la population. » Dans la dimension science-fiction de la série, nous sommes dans l’anticipation, avec une uniformisation des espaces contradictoires (le bordel de la Zone avec les drogués et les activistes habillés comme nos contemporains, l’ordre de la Ville avec les habitants bien habillés et soigneux dans un style années 30 dans des maisons aseptisées). Les scènes de travail rappellent l’ambiance de 1984 (pause déjeuner fractionné, mort au travail…) et la vie quotidienne des actifs montre une société où même la consommation des choses est réglementée avec le cas de la fille mutique d’un des personnages qui s’attache à une poupée alors qu’elle doit être jetée… Il y a très peu de marques d’éléments futuristes, mise à part l’omniprésence d’écrans et la drogue empêchant la soif aux zonards (l’endroit fictif est appelé Aquaville et assure la circulation de l’eau potable de tout le pays). Pour finir, le mur construit pour séparer la population est une symbolique rappelant la séparation physique utilisée dans Transperceneige où, tout comme le film, la série met en place une tension militaire, une tension d’Etat policier pour chaque rencontre entre les deux populations. On peut affirmer une mise en scène concentrationnaire (les zonards sont même tatoués). La lutte des classes semble revenir au cinéma…

Car la situation mondiale semble de plus en plus compliqué dans notre monde actuel. Le chômage peut entraîner la pauvreté et la misère. Quand le travail salarial est de plus en plus une marque sociale, pas si intéressante que cela, quand on demande aux gens leur boulot c’est surtout pour faire de la conversation, pas qu’on n’y porte un certain intérêt (sauf si le métier intrigue ou interpelle). « Le travail c’est la santé ! » « le travail nous aliène », « le travail dépersonnalise », « je hais les entretiens », « la meilleure chose que j’ai fait au travail c’est mon entretien » et bien d’autres paroles que vous avez dû entendre et/ou dire. Toutes ces situations seront plus ou moins évoquées lors de la série, voire pires : de l’employé viré, pour tester un autre employé, qui se suicide ; du patron qui couche avec des employés, d’une candidate à un poste tenant des propos diffamant pour écarter une concurrente, voire d’un passage à l’acte d’un autre candidat … Et bien sûr une contestation anarchiste contre le pouvoir en place, les entreprises qui nous gouvernent (avec une histoire de fraude bien en règle rappelant certains cas actuels…), ce n’est plus un mythe. Alors la violence est la parole du pauvre, des pauvres bien plus humains que les actifs, ils croient encore en Dieu et respectent leurs morts et ont encore une conscience du ludisme et du loisir. Et ajoutons que la révolte des zonards est une simple réaction de l’effet réformes annoncées aussitôt oubliées (les emplois solidaires).

Malgré l’esthétique à la limite du cheap, mais de bonne facture, la mini-série brille aussi par son casting : Léonie Simaga, la réalisatrice-actrice Ronit Elkabetz, le césarisé Pierre Deladonchamps, la « Tuche » Sarah Stern, Charles Berling, Lubna Azabal, Achille Ridolfi, Olivier Rabourdin, Aurélien Recoing. On en ressort avec une certaine relativité sur le travail que prend la place dans nos vies et dans nos attentes, nos doutes et nos espoirs. Et surtout cela permet de nous soulager des travers que l’on peut vivre dans le milieu du travail, notamment le concept de management, le poison postmoderne du monde professionnel. Il n’y a pas de mal à travailler pour vivre, mais il n’y a pas de mal aussi à respecter la dignité et l’amour-propre des gens qui travaillent comme ceux qui ne travaillent pas.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…