Critique : Janis

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Janis: Little Girl Blue

D’Amy Berg

Avec la voix de Chan « Cat Power » Marshall

Etats-Unis – 2015 – 1h43

Rating: ★★★★☆

 

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Il était une fois une fois une fille née à Port Arthur, au Texas. Au lycée, elle apparaissait comme différente, voire inadaptée, ce qui lui causa rejets et moqueries. Alors qu’elle s’intéressait tout simplement à l’art en peignant ou en chantant du blues ou du folk et se prenant pour une beatnik, tout en étant sensible au fameux A change is gonna come de Sam Cooke, hymne de la lutte des droits civiques aux Etats-Unis dont elle était favorable. Cette fille, devenant femme, s’appelle Janis Joplin…

Elue « le garçon le plus laid de l’université », Janis Joplin est une femme ayant affrontée de nombreux défis, dont celui de l’addiction aux drogues qui lui sera fatale. Le documentaire fait par une femme, Amy Berg, essaie de construire la biographie la plus complète sur une des plus grandes étoiles filantes du rock et de la soul, car avant que Michael Jackson soit couronné « roi de la pop » – l’idée au départ était de le titrer « roi de la pop, du rock et de la soul », Janis a eu droit au titre de « reine de la soul psychédélique et du blues ». Pour cela, les mécanismes classiques des images d’archive et de témoignages des proches : ses frère et sœur, les membres de ses différents groupes (principalement Big Brother & The Holding Company) et ses amants (il se peut qu’il y ait même eu un animateur de télévision célèbre) et amantes. Notons néanmoins les belles performances de légende au Monterey Pop et à Woddstock. L’originalité est dans l’utilisation d’une voix off, celle de Chan « Cat Power » Marshall, lisant les lettres qu’envoyait Janis à ses proches. Mais ce n’est pas la seule particularité du documentaire, car on lui donne aussi une dimension historique : l’utopie et l’idéalisme des années 60 à San Francisco, où Janis côtoie Jefferson Airplane (le guitariste Jorma Kaukonen  fera ses premiers enregistrements et elle est avec la chanteuse Grace Slick, les premières femmes du rock), Grateful Dead (dont le claviériste et chanteur de Grateful Dead Ron « Pigpen » McKernan fut son amant et membre peu connu du club des morts à 27 ans, tout comme elle), Moby Grape et Country Joe & The Fish (« Country Joe » McDonald fut aussi un amant). Mais avant tout cela, le documentaire essaie de répertorier toutes les influences de celle qui se faisait surnommer Pearl, elles sont du côté du blues et de la soul. Il n’y a qu’à voir sa chanson la plus connue, une reprise, Summertime, tiré d’un opéra de George Gershwin, Porgy & Bess, traitant de la vie de noirs américains dans un quartier fictif de Charleston en Caroline du Sud. Cette chanson fut interprétée par Ella Fitzgerald, mais aussi par Billie Holiday et Nina Simone, deux grandes influences de Janis Joplin. Et de ses contemporaines, elle s’inspirait volontiers de Big Mama Thorton et Odetta (de 10 ans ses aînés), mais aussi d’Aretha Franklin. Enfin, plus en arrière dans l’histoire, il y a Bessie Smith. Ce qui amène Janis Joplin, à être le point de départ et la meilleure illustration du concept ou figure de la « négresse blanche » (tiré du titre du roman de Mayotte Capécia).

 

Malheureusement, aucune image de ces différentes chanteuses dans le film, donc il faudra se contenter de Bob Dylan (ils ont eu le même manager Albert Grossman) et Allen Ginsberg, autres influences de la chanteuse, qui eux sont mis en image, ainsi qu’Andy Warhol et Otis Redding (qui l’a surtout influencé pour ses performances scéniques, danser et faire danser, comme Claude François). Des réflexions creusées dans le documentaire, il y a notamment le rapport de Janis au groupe de musique avec qui elle a joué. Rappelons Big Brother & The Hodling Company, déjà cité plus haut (cela a donné deux albums), il y eût aussi The Kozmic Blues Band, pour l’album I Got Dem Ol’ Kozmic Blues Again Mama! et The Full Tilt Boogie Band pour l’album Pearl. Si l’osmose, témoignages à l’appui, est présent avec Big Brother, on y décèle déjà le point de départ de la starification de Janis avec les dangers que cela engendrent : devenir son propre cliché, vouloir tout diriger malgré un manque d’attitude de leadership et l’abus de la drogue (l’héroïne est son péché mignon). D’autant plus que Janis est plus parolière et poète que musicienne et compositrice, son seul point faible d’artiste (pas trop explicité dans le documentaire). Mais ces problèmes viennent aussi du fait, témoignages à l’appui, de sa solitude d’âme (mon nouveau concept, ma nouvelle gimmick, déjà évoqué dans Le garçon et la bête). Elle ne se sentait pas suffisamment aimée et elle n’a jamais guérie des attaques subies au lycée et à l’université. Ce qui en fait la dépressive de ces groupes (vous vous rappelez ? C’est une idée que j’ai avancé pour la critique de Love & Mercy). Mais cela lui a donné la force de l’honnêteté émotionnelle, concept proposé par le documentaire. C’est-à-dire tellement donné sur scène, qu’on est plus rien après mais tellement est donné est aussi tellement recevoir de son public, un échange réciproque.

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On peut malheureusement être déçu d’une descendance peu claire et bâtarde: d’accord pour Melissa Etheridge, non pour la pitoyable P!nk mangeant à tous les râteliers (tantôt elle se dit de Judy Garland, tantôt de Janis), Juliette Lewis attend d’être has been au cinéma pour faire du rock, toutes trois présentes dans le documentaire. Donc on pense surtout à Patti Smith, car les groupes de rock féminin actuels passent rarement le cap du troisième album, à part Electrelane je ne vois pas et The Organ a explosé en plein vol. Il reste l’espoir Savages et Warpaint.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…