Critique: The Experimenter

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Experimenter
de Michael Almereyda

Avec Peter Saarsgard, Winona Ryder, Taryn Manning, John Leguizamo, Anton Yelchin, Lori Singer, Anthony Edwards

Etats-Unis – 2015 – 1h37mn

Rating: ★★★★★

EXPERIMENTER

Vie et mort (avec bien sûr quelques temps forts entre les deux) du sociologue Stanley Milgram, initiateur dans les années 60 d’expériences très contreversées mettant à jour les mécanismes d’obéissance de l’individu vis-à-vis de l’autorité.

Les temps sont durs pour les cinéastes qui choisissent de faire de leur sujet principal la pensée, on ne peut pas dire que les pamphlets très discursifs de Peter Greenaway remportent les suffrages, et les incartades vers la psychanalyse de David Cronenberg (A Dangerous Method) et d’Arnaud Desplechin (Jimmy P. – Psychothérapie d’un Indien des plaines) semblent avoir étés considérés par l’ensemble de la critique comme de bien curieuses lubies. Michael Almereyda relève cependant le défi haut-la-main au travers de la figure imposée du biopic, s’appuyant sur des formules ayant faits leurs preuves qui ne sont pas sans rappeler l’approche très théâtrale et très scénographique de Derek Jarman avec son Wittgenstein. Entre deux reconstitutions d’expériences, de rencontres, de conversations ou tout simplement de moments-charnières, le Dr Milgram se fait donc le narrateur de sa propre existence en s’adressant directement au spectateur, devant des décors ouvertement factices ou encore quelques diagrammes animés – un parti-pris bien loin d’être malvenu pour un sujet prônant à la fois le regard sur soi autant que sur les apparences en général. Quelques images d’archives, aussi bien des extraits du procès d’Adolf Eichmann que des épisodes de la caméra cachée américaine, viennent décliner à l’infini les variations de la démonstration et de son illustration, schéma sur lesquel le film puise à peu près l’ensemble de son assise narrative. Grâce à ses interventions face-caméra, le Docteur effectue pour ainsi dire les ouvertures et fermetures de rideau sur quelques scènes choisies de sa biographie, et c’est d’autant plus agréable étant donné qu’on a qui plus est pas mal de beau monde pour les rôles secondaires.

La première fois que j’entendis parler de l’expérience de Milgram, c’était relativement jeune, dans le film d’Henri Verneuil, I comme Icare, mais plus généralement (et comme le film ne manque pas de le souligner) à chaque fois que des actes de violence sauvage se produisent à grande échelle, les travaux de celui-ci reviennent immanquablement sur le tapis. Malgré les controverses sur ses méthodes d’expérimentation, on ne peut lui enlever le fait d’avoir révéler à l’humanité une notion fondamentale sur elle-même, la notion de l’individu/agent étatique. Sans trop entrer le détail car ce serait vraiment empiéter sur un des temps forts du film, (notamment l’adaptation tv du-dit chapitre – « Le dixième niveau » – avec William Shatner dans le rôle principal !) ce concept ne cesse de prouver sa pertinence de décennies en décennies* et le film opère par ce biais des parallèles fulgurants d’avec notre monde contemporain. Creusant le sillage des travaux d’Hannah Arendt, Milgram avait eu l’intuition de phénomènes aussi cruciaux que la standardisation et la marchandisation de l’individu par déduction du théâtre d’atrocités qu’avait pu être la Seconde Guerre Mondiale. Mais ce n’était pas la seule, et c’est là où cela devient vertigineux et fascinant (et c’est apparemment l’un des aspects les moins connus de son travail) c’est qu’il oeuvrait également en parallèle à trouver une sorte de « remède à l’uniformisation », mais là non, vraiment je n’en dirais pas plus. Curieux encore une fois, de constater ce dont la Grande Histoire choisit de se souvenir ou non..

Nonobstant2000

* plus proche de nous, pensons au film de Dennis Gansel, La Vague, en 2008 , ainsi que l’imminent The Stanford Prison Experiment de Kyle Patrick.

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