Critique: Green Room [PIFFF 2015]

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Green Room

De Jeremy Saulnier

Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Macon Blair, Patrick Stewart, Mark Webber, Alia Shawkat

Rating: ★★★★☆

Film de clôture du PIFFF 2015.

GREEN ROOM

The Ain’t Right, un groupe de punk en mal de concerts, acceptent une date de dernière minute et se retrouvent à jouer dans un squat de skinheads. Une fois le set terminé, il leur tarde de quitter les lieux mais un des membres est témoin d’une chose qu’il n’aurait pas du voir. Le groupe se retrouve alors assiégé dans la loge.

A peine un an et demi après la sortie du très remarqué Blue Ruin, Jeremy Saulnier nous revient avec ce Green Room, secouant à nouveau la Croisette et de nombreux festivals depuis (sans toutefois trouver, à l’heure où j’écris ces lignes du moins, de place sur nos écrans). Délaissant le récit de vengeance, il s’attaque cette fois-ci au film de siège avec la même précision dans la mise en scène, la description d’un héros torturé faisant alors place à une construction de l’espace assez remarquable. Le spectateur saura toujours se repérer dans son décor des plus vivant, accumulant les portes et les trappes, les accessoires (néons, extincteurs et le fameux canon scié sous le bar) et autres détails graphiques (stickers, affiches, tags et drapeaux des confédérés qui habillent les murs) ainsi que les différents ambiances lumineuses selon les pièces. Celles-ci viennent rythmer l’affrontement, les passages de l’une à l’autre correspondant toujours à de nouveaux rapports de force entre assiégés et assiégeants. Car si l’espace est une composante majeure du film, c’est bien ces derniers qui font l’objet de l’intérêt de Saulnier.

Déjà point fort de Blue Ruin, la description des personnages est à nouveau très soignée et évite tout manichéisme. On peut alors saluer l’excellent casting : Anton Yelchin, tout en faiblesse et en force (le film est pour son personnage un véritable survival), une Imogen Poots « punkisée », Patrick Stewart à contre emploi dans ce rôle de « Walter White power » aussi réfléchi que glaçant et Macon Blair (le fameux big Lebowski vengeur de Blue Ruin) qui apporte fragilité et finalement humanité à son personnage. Tous ces caractères se révèlent au-delà de l’image qu’ils veulent bien se donner et, face aux événements, les jeunes punks restent avant tout des adolescents et les skins des malfrats devant gérer une situation qui leur échappe. Saulnier, malgré son pitch particulièrement évocateur, semble refuser le pamphlet et dépasse vite les questions de rivalité idéologique.

Si le film peut donc sembler moins politique que Blue Ruin, qui plaçait la quête vengeresse de son héros dans une Amérique post 11 septembre, Green Room a néanmoins le même attrait (pour le meilleur et pour le pire) envers les marginaux et poursuit le même questionnement sur la prolifération des armes aux Etats-Unis. Que ça soit par la présence d’un flingue non répertorié au centre des négociations, d’un véritable arsenal aux mains d’un groupuscule à l’idéologie plus que douteuse ou encore par le récit ambigu d’une partie de paint ball, les armes à feu, la fascination qu’elles peuvent exercer et surtout la violence qu’elles engendrent (et le film est à ce titre aussi réaliste que brutal), occupent une place centrale. Elles finissent par contaminer tout, des objets inanimés et détournés de leurs fonctions primaires (un néon se transformera ainsi en arme) au vivant lui-même : à l’image de nos héros, contraints de devenir d’implacables chasseurs pour survivre, les chiens sont des machines à tuer simplement mus par amour de leur maître.

Si Green Room peut sembler moins profond que le précédent film du réalisateur, il est aussi plus ludique et décomplexé. Et si je dois m’excuse d’avoir autant fait référence à Blue Ruin dans cette critique, c’est aussi que je suis heureux de voir Saulnier, plutôt que de partir dans le mainstream et de mettre de l’eau dans son vin, continuer ainsi à affirmer sa vision violente et réaliste du genre. Une approche qui ne l’empêche pas d’avoir recours à des fulgurances poétiques (ici l’errance d’un chien sur le bord d’une route) et une ironie des plus mordantes.

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.