Critique: Hormona

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Hormona

de Bertrand Mandico

Avec Elina Löwensohn, Eva Maloisel, Olmo Mayakov , Nathalie Richard et la voix de Michel Piccoli

France – 2015 – 1h 10 mn

Rating: ★★★★★
HORMONA

Avec son remarqué court-métrage Boro in the box en 2011, Bertrand Mandico revendiquait une vision et une démarche que l’on pensait à tout jamais perdue pour le cinéma français. Cette biographie sous forme d’abécédaire du réalisateur polonais Walerian Borowcyk est en soi un véritable manifeste, et témoigne d’une volonté plus qu’ intègre dès le premier coup d’oeil de renouer aussi bien avec une forme de réalisme magique (mais pourvu de tout l’attirail de destruction du surréalisme et de la pataphysique) qu’avec les notions les plus élevées de l’hédonisme. Il persiste et signe cette année avec le court-métrage Notre-Dame des Hormones et à cette occasion le cinéma Studio Galande à Paris reprogramme dans la foulée deux autres de ses courts-métrages pendant tout le mois de Septembre.

En réalité je vous le dis, à l’heure où j’écris ces lignes il y a toute une génération d’aspirants cinéastes qui aimeraient être Bertrand Mandico à la place de Bertrand Mandico : d’une part parce qu’il a conquit le cœur d’Elina Löwensohn (Simple Men ; Amateur ; Sombre) et à en faire sa muse à l’écran dans une dynamique aussi débridée que celle entre Guy Maddin et Isabella Rosselini  à une époque, et d’autre part pour la radicalité de son univers personnel. Il y avait quelque chose dans Boro in the box qui m’avait définitivement interpellé, en soulignant comment le réalisateur polonais était passé du statut de curiosité excentrique à celui de génie immédiat, puis finalement d’ acquaintance vaguement embarrassante, qui laissait à penser que Bertrand Mandico n’était pas là pour rigoler en ce qui concernait la réactivation de certains thèmes ainsi que l’emploi de certains outils. Pourtant ce diplômé en animation de l’école des Gobelins plaisante beaucoup, mais d’un humour qui n’est pas sans rappeler les pièces de Fernando Arrabal, voire presque le théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud. S’il semble privilégier avant tout l’angle du désir et de ses méandres (Notre-Dame des Hormones ), il n’en néglige aucuns aspects, qu’ils se situent aussi bien au niveau des pulsions voyeuristes et décadentes (Prehistoric Cabaret ) que de celui de la perversion (Y’a-t-il encore une vierge vivante?)

Formellement, c’est innommable de beauté, Bertrand Mandico aime les comédiens et sait  toujours trouver les distances adéquates (même pour ceux qu’il tue)(mais c’est pas ça que je voulais dire)(il faut l’avoir vu contourner l’épaule de Nathalie Richard pour vraiment être à-même de se faire une idée) et il pousse l’expérimentation scénographique au point de délivrer de véritables tableaux vivants. On peut penser au Peter Greenaway de Meurtre dans un jardin anglais aussi bien qu’au Careful de Guy Maddin, voire à Cocteau pour résumer, et on sera encore loin du résultat. En fait, c’est ma faute, j’aurais dû commencer par là (désolé), mais avec chaque film de Bertrand Mandico le spectateur se retrouve définitivement happé dans le domaine de la poésie. Si quelques sécrétions par-ci par-là ne l’effraient pas.

                                                                                        

Nonobstant2000

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