Critique: Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys

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Love & Mercy

De Bill Pohlad

Avec Paul Dano, Jonh Cusack, Elizabeth Banks, Paul Giamatti

États-Unis – 2014 – 2h02

Rating: ★★★★★

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Il était une fois cinq jeunes californiens voulant faire de la musique pour les surfeurs et les jeunes filles en fleur. Ils se nommèrent les Beach Boys et l’un d’entre eux, Brian Wilson, principal auteur-compositeur du groupe, semblait entendre des voix dans sa tête…

Après Ray Charles avec Ray, Johnny Cash avec Walk the line ou James Brown avec Get on up, voici que le cinéma du vingt et unième siècle s’intéresse à un autre grand nom de la musique populaire américaine du siècle précédent. En deux heures de biographical picture, le récit entrecroise la création des albums Pet Sounds (Brian Wilson l’a écrit et composé quasiment tout seul) et Smile de 1965 à 1967, les deux chefs d’œuvre du groupe californien, avec la période dépressive du jeune quadragénaire Brian (commencée par sa période de prostration au lit pendant près de trois ans), sous tutelle dans les années 80 et redécouvrant la vie avec une vendeuse de voitures prénommée Melinda. Le metteur en scène fait une économie des lieux : hormis le magasin de voitures où Brian rencontre Melinda, les différentes habitations de Brian (où un repas devient une cacophonie…) ou l’appartement de Melinda, c’est au studio d’enregistrement que se déroule la majeure partie de l’action. Le studio est lieu de la création et de la créativité (deux choses différentes), de l’expérimentation mais aussi de l’équilibre et du bien-être de Brian avec une touche de folie. Parsemé d’images musicales teintées de filtre « à l’ancienne », pour des effets d’images d’archive, le studio peut être aussi suggéré comme une métaphore de l’esprit de Brian en ébullition et attentif à tout (chaque geste des musiciens). En effet, il est l’endroit où Brian se sent au meilleur de ses capacités et maître des lieux. Comme ses rivaux, les Beatles (et oui, les seuls rivaux des Beatles ont été les Beach Boys et seulement les Beach Boys… Pas les Rolling Stones, c’est une connerie inventée par les journaleux, de fait que les cinq londoniens sont plus blues-rock que pop), le californien préfère l’atmosphère du studio plutôt que les tournées harassantes (les Beatles arrêtent de tourner totalement à partir de 1967). Et l’on peut ajouter le sentiment que le studio permet de révéler, au sens religieux, qui est Brian Wilson : un habité (le don de Dieu ?) entendant des voix d’anges (ou de démons…). Mais le studio est aussi un point de conflit…Et donc un lieu de mise au point tardive… Par conséquent sans musique…

On a coutume de dire que les artistes sont incompris ou dans leur monde, les deux cas sont présentés dans le film. Car le metteur en scène privilégie un questionnement sur l’artiste plutôt que sur l’art, comment sortir tout ce qu’on a en soi, quand on a acquis la crédibilité artistique. Pourquoi porter des casques de pompier lors de session d’enregistrement (en référence à la chanson Mrs. O’Leary’s Cow sur Smile) ? Pourquoi laisser des voix en fond sonore voire en bruitage sur les pistes de chansons finies ? Pourquoi capter des bruits d’animaux ? Toutes ces interrogations servent l’histoire de la musique pop. il y a eu un cap franchi avec l’enregistrement de Pet Sounds, début du conflit avec Mike Love, l’autre auteur-compositeur chanteur du groupe. Car on débat sur la fait d’évoquer ou non la drogue, de se soucier moins des paroles et plus de la musique et de l’expérimentation, en clair une démarche de rester ou sortir de la routine. Et de ce conflit de Brian jeune, fait écho le conflit de Brian quadragénaire entre la mainmise de son psy Eugene Landy (une scène d’infantilisation) et l’amour naissant de Melinda, propice à de situations de violence en filigrane voire explosives dû à l’antagonisme du trio de personnages, Brian étant à la fois acteur et spectateur (comme une partie du temps dans cette temporalité). Mais de cet écho des conflits humains, il y a aussi l’écho de consommation de substances, jeune Brian essaye la marijuana et le LSD (et rencontre Dieu ?), vieux Brian est constamment sous médicaments, apathique. Mais cela n’empêche le réalisateur de faire un passage psychédélique où Brian quadragénaire se voit lui-même à plusieurs époques de sa vie. De là, divergeons sur le possible point de départ du début de la tradition perpétuée de la règle du dépressif dans un groupe de pop et/ou rock: donc Brian Wilson pour les Beach Boys, John Lennon pour les Beatles, Brian Jones pour les Rolling Stones, Keith Moon pour les Who, Jim Morisson pour les Doors, Lou Reed pour les Velvet Underground, Syd Barett pour Pink Floyd, Sid Vicious pour les Sex Pistols, Ian Curtis pour Joy Division, Kurt Cobain pour Nirvana, John Frusciante pour les Red Hot Chilli Pepers, même Graham Coxon pour Blur, Nick Oliveri pour Queen of the Stone Age et Pete Doherty pour les Libertines. Revenons au film dans la temporalité la plus avancée après ce long aparté. La création n’est plus là hormis un certain instant avec Melinda, « une mélodie qui vient de passer » jouée au piano par Brian, inspiré par la blonde de moins en moins en moins méfiante, le récit n’oublie pas la romance… Car la musique pop se nourrit d’histoires d’amour, à l’overdose malheureusement, nos radios en sont inondés.

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Pour finir, on peut affirmer que le film retranscrit très bien la force de la pop des années 60 : un terrain d’expériences farfelues et atypiques avec une certaine idée d’avant-garde et d’être toujours actuel (ne pas rester dans la routine), de même qu’avec la décennie prochaine où Stevie Wonder succède aux liverpuldiens et aux californiens,  voire la décennie d’après avec Michael Jackson (et Bowie qui rôde toujours, comme un vampire…). Mais ce dynamisme disparaît à la fin des années 90, quand Madonna et U2 commencent à tourner en rond. Résultats, les années 2000 n’ont pas de pop à la hauteur (le cas Daft Punk peut être propice au débat… Et Coldplay ? Hum… Non), en écho à la chaîne musicale reine Music TeleVision en chute libre. Sinon, ajoutons que Paul Dano et John Cusack sont excellents, complémentés par Paul Giamatti et Elizabeth Banks (qui devient réalisatrice d’un film sur un groupe de chanteuses…). Et retenons que l’influence des Beach Boys se ressent encore aujourd’hui, la forces des harmonies vocales etc., avec notamment la scène hipster actuelle : les joyeux vaporeux Animal Collective, les classieux et élégants Grizzly Bear, les cristallins Fleet Foxes (qui refont la jaquette de Pet Sounds en clip avec la chanson He doesn’t know why) ou les atmosphériques Django Django. Et on peut penser aussi à la scène weird folk (dont sont issus au départ Animal Collective, complémentés de noms comme Devendra Banhart, Joanna Newsom et CocoRosie). Ré(ou)écoutez Pet Sounds et Smile, pour ma part, j’ai la version de 1967 du second.

Pop sacré.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…