Critique: The Duke of Burgundy

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The Duke of Burgundy

De Peter Strickland

Avec Chiara D’Anna, Sidse Babett Knudsen et Kata Bartsch

Royaume-Uni – 2014 – 1h44

Rating: ★★★★☆

duke of burgundy

Une demeure luxueuse perdue dans un coin de verdure. Entre ses murs : une impressionnante collection de papillons et de criquets épinglés ainsi que deux femmes s’adonnant à des jeux érotiques. L’une est totalement soumise à l’autre. Mais les apparences sont toujours trompeuses, en particulier dans le sadomasochisme.

Après avoir affolé nos sens avec le vertigineux Berberian Sound Studio, le réalisateur britannique Peter Strickland revient avec un troisième long-métrage, très sensuel, à la distribution exclusivement féminine. Derrière l’hommage graphique au sexe faible se trouve un nouveau labyrinthe psychanalytique reposant sur la domination et la frustration. Toujours obsédé par l’unicité du lieu et la répétition des gestes, Strickland nous plonge donc dans une relation saphique en apparence figée mais vouée à se fissurer. Au travers des craquèlements dans son schéma réglé comme du papier à musique, les âmes se laissent entrevoir. Ici, ce n’est pas l’action qui compte, se répétant au cadrage prêt, mais bien ce que les héroïnes vont nous dévoiler sur elles-mêmes, au fur et à mesure des sévices qu’elles s’infligent.

Baignant dans la photographie organique de Nic Knowland, The Duke of Burgundy s’empare du cinéma érotique des années 70 comme les précédents films de Strickland s’appropriaient le Rape and Revenge (Katalin Varga) et le giallo (Berberian Sound Studio). Ca y ressemble fortement mais ça n’en est as vraiment. Un effet vintage que l’on retrouve dans les textures, guère éloigné du travail de Cattet & Forzani (L’Etrange couleur des larmes de ton corps), partagé entre la chaleur moite des scènes saphiques, parfois crues mais jamais hardcore (des scènes scatologiques laissées hors-champ) et l’inévitable basculement expérimental où les insectes qui ornent les murs envahissent l’écran. Des mannequins de cire siégeant parmi l’audience d’une conférence entomologiste viennent rajouter la part de surréalisme qui fait de Duke of Burgundy un fantasme éveillé dans un monde où le masculin est inexistant.

Âpre et austère, Strickland signe un soft porn d’auteur, somptueux et délicat, toujours meta dans ses citations (cette fois-ci, c’est Jess Franco), tournant indéfiniment sur lui-même et nous laissant tout autant désorienté que le précédent Berberian. Autant vous avertir que devant ce genre de singularité filmique, soit on se laisse hypnotiser, soit on rejette en bloc.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».