Critique : Une équipe de rêve

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

.

.

Next goal wins

De Mike Brett & Steve Jamison

Royaume-Uni – 2013 – 1h37

Rating: ★★★☆☆

1

Connaissez-vous les Samoa Américaines ? Petit pays de 65000 habitants se passionnant pour le rugby et le football. D’ailleurs,  c’est la sélection nationale qui a essuyé la pire défaite officielle en match FIFA : 31-0 face à l’Australie au début des années 2000. Depuis, l’équipe cherche une victoire pour aller de l’avant…

Le choix de filmer la pire équipe du monde, est-ce une farce filmique ? Ou une utilité télévisuelle digne des chaînes Planète ou National Geographic ? Aucun des deux, c’est juste une façon différente de regarder le football. D’un côté, un amateurisme flagrant (des joueurs en surpoids) mais une passion solide, surtout pour le gardien Nicky Salapu, celui qui avait encaissé les 31 buts. De l’autre, la fédération de football du pays qui se démène pour trouver un seigneur de guerre afin de faire progresser la sélection, tout en restant très attachée à leurs traditions. Le résultat, après un coach natif maladroit, est le néerlandais Thomas Rongen. Jouant au poste de défenseur ou de milieu défensif, il fût formé à l’Ajax Amsterdam et a joué au côté de Johan Cruijff et George Best aux Los Angeles Aztecs. Depuis, il vit aux Etats-Unis, est entraîneur et fût nommé coach de l’année 1996 de la Major League Soccer, le championnat américain professionnel. Mais au-delà de l’homme, footballeur à l’ancienne (bourru mais réellement tendre), il y a l’identité batave : en effet, la tradition lutheriste et calviniste hollandaise est de voyager, apporter et transmettre le savoir à autrui, enseigner avec bienveillance et ce depuis quelques siècles. Cela va de l’importation du tournesol au Japon (de pair avec quelques coutumes occidentales) à l’illustration de la carrière d’entraîneur de football Guus Hiddink (ou l’exigeant autoritaire Luis Van Gaal), ayant travaillé aux Pays-Bas, en Turquie, en Espagne, en Russie, en Australie et même en Corée du Sud !

De là, le récit d’apparence pessimiste et drôle, prend la tournure d’un conte d’apprentissage, pour les joueurs, comme pour nous les spectateurs. Oui pour nous, car nous découvrons un petit pays, où le football est avant tout un lien social, ça existe encore sur la planète (et par hasard aux Pays-Bas aussi, propos de footballeurs néerlandais à l’appui), s’additionnant à la religion pour construire une communauté avec cohésion et cohérence. De nombreux plans du pays sont réalisés pour montrer la nature luxuriante du pays et les conditions de vie assez basiques. Et cette équipe nationale est composée du premier joueur transgenre à avoir disputé un match officiel FIFA, Johnny « Jaiyah » Saeluah, en défense centrale. Pour ses concitoyens, le terme transgenre est connoté négativement, le mot utilisé là-bas, se rattachant à la culture polynésienne est fa’afafine : concept lié au rôle et à l’identité sexuelle, très spirituel. Ce sont généralement les garçons nés dans des familles avec trop d’enfants mâles, qui sont choisi pour aider aux tâches ménagères. Ils sont alors élevés comme des filles et mélangent ainsi leur identité. La sexualité du fa’afafine est libre  et sa culture le préserve des discriminations, toléré et intégré par tous, il est estimé par les hommes et les femmes.

3

Pour les joueurs, c’est la découverte d’un jeu tactique et physique : le meilleur exemple est la scène saisissante d’apprentissage du tacle glissé (comment des gens sur la planète découvrent encore ce geste quand l’anime Olive et Tom en abusait?) sous une pluie battante. La caméra ne sera plus aussi près, alors une intense utilisation du zoom est remarquée, en plus des plans en panoramiques et en steadycam, par une caméra Ultra HD, utilisée par Peter Jackson, David Fincher ou Steven Soderbergh, la RED Epic-M. On peut ajouter l’expatrié qui découvre la culture de son grand-père qu’il n’a jamais connu ou le coach Thomas Rongen qui apprend la spiritualité (au départ athée convaincu, il se découvre une conscience religieuse), mais on retiendra surtout l’excellente aventure humaine loin du football postmoderne, soumis à un marketing féroce, au libéralisme cannibale et à la dictature des statistiques (pour gagner un ballon d’or, faut mettre le plus de buts). On se prend trop au sérieux alors que devenir footballeur professionnel est avant tout un rêve de gosse. Alors finissons sur les mots du coach batave : « Le football est quelque chose qu’on pratique depuis tout petit dans le quartier car il n’y a pas d’autre chose à faire ». Oui, elle est loin l’époque où les gosses n’avaient pas d’autre loisir que lire ou jouer au football dans des petites rues ou des espaces verts vides…

Hamburger Pimp

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…