Interview de Johnny/Jaiyah Saelua

 

 

 

Pour la sortie du documentaire Une équipe de rêve, Celluloïdz a pu rencontrer Johnny/Jaiyah Saelua, défenseur central l’équipe nationale des Samoa Américaines, premier joueur considéré comme « transgenre » à avoir disputé un match officiel de la Fédération Internationale de Football Association. C’étaient pour les qualifications de la Coupe du monde 2014. De l’éveil au parcours, de la condition de tous les jours à l’exploit, rencontre avec une personne assez particulière et chaleureuse

Enjoy!

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Comment en es-tu arrivé au football et au poste de défenseur central ? Un poste très physique ?

J’ai commencé à 11 ans. C’est mon école qui s’est ouvert aux compétitions de ligue football. On a disputé le championnat dans le cadre du développement du football par la fédération des Samoa américaines. On a gagné le championnat, j’ai été élu meilleur joueur (se). À cet âge-là, les équipes sont mixtes. Les garçons et les filles jouent ensemble, cela me paraissait normal et bien. À partir de là, j’ai continué dans le sport vu que je me débrouillais très bien. J’ai commencé attaquant(e) puis reculé(e) jusqu’au poste de défenseur central.

On voit dans le documentaire que les transgenres aux Samoa américaines n’ont pas de problème, est-ce vrai ou édulcoré devant la caméra ?

C’est qui se passe réellement ici. Cela reflète ce qui se passe dans l’équipe et dans le pays. Historiquement, les personnes transgenres sont perçus presque comme un genre supérieur parce-qu’ils comprennent à la fois le féminin et le masculin. On vient leur demander conseil pour leur sagesse et il y a toujours une grande marque de respect. Nous n’utilisons pas le terme transgenre, au contraire de vous dans les sociétés occidentales, qui a une connotation négative. D’où le terme fa’fafine, le genre auquel j’appartiens, qui a exclusivement des connotations positives.

Récemment aux Jeux Olympiques, les personnes transgenre ont eu des soucis (le cas Caster Semenya), comment a réagit la Fédération Internationale de Football Association à votre participation à des matchs officiels ?

La FIFA n’a rien dit et elle n’a sûrement rien à dire sur les sélections nationales. En même temps, je joue juste pour l’équipe nationale des Samoa américaines, nous ne sommes pas assez intéressants pour qu’on commente notre sélection. Et je participe depuis mes 14 ans à la sélection, ce n’est qu’en 2011 que j’ai fait mon premier match officiel, titulaire lors des premières phases de qualifications de Coupe du monde 2014. J’ai joué 90 minutes. Cela a été rapporté à la FIFA après le match. J’ai reçu par la suite une lettre qui m’était adressé personnellement de Sepp Blatter (le président FIFA). Il me félicitait d’être le premier transgenre d’une sélection nationale, en plus de la première victoire de notre pays en 17 ans.

Depuis la première du film, joues-tu toujours en sélection et quelles sont les prochaines échéances ?

Ma vie quotidienne est assez ennuyeuse, je suis quasiment un(e) loser. Chez moi, je joue à la Playstation 4, je lis des livres ou je vais à la gymnastique. Depuis la première projection en Californie, j’ai voyagé à travers le monde pour promotionner le film, festivals etc… Oui, je continue à jouer en sélection, il y a les premières phases de qualification pour la Coupe de monde prochainement en Russie, la phase d’entraînement commence en juin et les matchs seront en septembre. Mais, même si on se qualifiait, je n’irais pas en Russie, désolée pour les russes.

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Et toujours depuis la première du film, avez-vous rencontré d’autres joueurs de football transgenre ? Est-ce dur d’être un étendard ? Un porte-drapeau ?

Non je n’ai pas rencontré d’autres joueurs transgenres. En revanche, pas mal m’écrivent, mails ou lettres, à travers la fédération nationale de football des Samoa américaines. Ils me remercient de les encourager à poursuivre leur passion. Après, pour mon rôle,  j’ai l’impression d’avoir triché car je n’ai pas eu à me battre pour ma place, je n’ai pas l’impression d’avoir conquis quelque chose. On se rend juste compte que dans notre monde, on n’a pas tous les mêmes droits.

Avez-vous vu des matchs pro ?

J’ai assisté à la rencontre Tottenham-West Ham, j’ai acheté d’ailleurs le maillot et l’écharpe West Ham comme souvenir non comme supporteur. J’ai fait une interview pour la Fédération Anglaise de football à Wembley. J’ai été marqué par l’aura de ce stade, l’impact qu’il peut avoir. On peut faire entrer toute la population de mon pays (65000 habitants), il resterait encore de la place (80000 places possibles). J’ai vu un match à Valenciennes, France-Estonie Espoirs. Les estoniens ont perdu 6-0, j’aurais préféré qu’ils perdent 32-0, ils auraient le nouveau record. J’ai aussi vu un match amical au Japon, je ne me rappelle plus le nom des équipes.

Il va y avoir la Coupe du monde féminine de football. L’année dernière c’était la Coupe du monde masculine. Quel est ton opinion sur les deux catégories professionnelles?

Je préfère regarder le football féminin pour la technique et la tactique. Je regarde le football masculin pour les beaux gosses. Les femmes peuvent proposer un football de qualité, j’aime beaucoup l’américaine Abby Wambach et la brésilienne Marta. Pour les hommes, ce sont l’attaquant australien Tim Cahill, je triche un peu car il est originaire des Samoa Américaines et je l’ai rencontré au festival de Tribeca à New York, le gardien américain Tim Howard et la star planétaire Cristiano Ronaldo, pas besoin d’expliquer pourquoi.

Avez-vous déjà une idée de la prochaine génération de joueurs des Samoa Américaines?

De plus en plus de jeunes joueurs sont intéressés, qui sait peut-être dans 20 ans on se qualifiera. Après, il faut que la passion perdure, on s’engage alors qu’on n’est pas payé, c’est dur parfois…

Comment s’est passé le documentaire ?

Quand l’idée a été proposée à la fédération samoa américaine, cette dernière avait un peu peur, que cela soit un « mockumentary » (comprenez documoqueur ou documenteur, premier choix pour le contexte du film), on est la plus mauvaise équipe nationale de football au monde. Mais les réalisateurs nous ont affirmé que le but était de faire ressortir la passion. Ils restaient très en retrait, jamais aux abords du terrain mis à part les interviews individuelles. Quand Thomas Rongen est arrivé, ils ont dû être encore plus en retrait, il est un peu imposant et il fait peur, d’où beaucoup d’utilisation de zoom. On ne peut pas dire que ça nous a aidé à mieux jouer, on ne savait pas vraiment ce qu’il en ressortirait. Ce qui est sûr, c’est l’importance du coach, très attentif à l’évolution de l’équipe, individuelle et collective, sportivement et humainement.

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Le documentaire montre que tout a l’air plus simple, un mode de vie plus facile aux Samoa Américaines, est-ce vrai ?

Notre culture est assez tranquille, on est calme, ce qui donne l’envie aux jeunes de partir, à l’armée ou à l’université (souvent celle d’Hawaï), on peut s’ennuyer très vite. En effet le gouvernement des Samoa Américaines fonctionne sur de l’argent qui nous est octroyé par le gouvernement américain en échange d’’engagement militaire d’une partie de la population. Nous n’avons pas d’impôts, chaque famille possède la terre qu’il cultive et la société est égalitaire, sans distinction de classe, à la différence des Îles Samoa (frères ennemis sur le terrain de football comme sur celui de rugby). Là-bas, les fa’fafine n’ont pas le droit d’avoir un look efféminé ou porter des vêtements féminins au travail. Cela fait que des natifs d’ici y sont allé pour établir une ouverture d’esprit, l’influence commence à se voir… Néanmoins, les Samoa Américaines sont un bon endroit pour finir ces jours.

 

Propos recueillis par Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…