Critique : American Gothic (Intégrale)

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American Gothic

De Shaun Cassidy

Avec Gary Cole, Lucas Black, Sarah Paulson, Jake Weber, Paige Turco, Nick Searcy, Brenda Bakke et John Mese

Etats-Unis – 1995 /1996 – 22 épisodes d’environ 45 mn

Rating: ★★★★☆

 

AMERICAN GOTHIC

 

Trinity, petite ville de la Caroline du Sud, est toute entière sous la coupe du shérif Buck, dont personne ne sait d’où il tire son…omniscience. Par une nuit d’orage alors que l’un de ses concitoyens, Georges Temple, s’en prend une fois de trop à son fils Caleb et à sa sœur autiste Merlyn, il est obligé de venir faire le ménage. Tellement qu’il en profite pour briser la nuque de l’adolescente dans un coin. Il semble que le shérif aie de grands projets pour Caleb Temple et pour lui seul..

..ok je préfère prévenir, c’est un peu faisandé mais c’est ça qui est bien. Produite par Sam Raimi, American Gothic devrait surtout ravir les fans de la première heure de Stephen King. Le pilote lorgne abondamment du côté de Shining – il y a également certaines proximités avec Le Fléau au travers du personnage du Shérif Buck (véritable clone de la figure maléfique qui traverse l’oeuvre de King, Randall Flagg) mais plus globalement on ressent tout à fait l’ambiance petite bourgade avec vue sur les petites histoires municipales intimes et citoyennes , comme le Maître avait (avait) l’habitude de les servir, ainsi que la petite touch conte-initiatique-subversive-mâtinée-de-surnaturel qui lui est si particulière.

A noter également, Sam Raimi ayant joué un petit rôle dans l’adaption tv du Fléau par Mick Garris, son engouement pour le script de Shaun Cassidy s’explique tout naturellement.

Inconnue chez nous, diffusée uniquement au Quebec (sous le titre Trinity) la série a été interrompue aux states après la première saison, pourtant elle est restée assez chère aux cœurs de certains téléspectateurs américains, qui ont littéralement accusé CBS de l’avoir « sabotée » en diffusant les épisodes de façon hiératique, perdant un peu l’audience quand aux motivations des personnages, entre disparitions et  retours impromptus. Je ne peux pas valider ou non l’info, toutefois  sur ces 22 épisodes il faut reconnaître que celle-ci prend nombre de virages à 90° avec des ficelles littéralement fluorescentes : certains personnages se retrouvant ainsi à contre-emploi total (piétinant littéralement tel ou tel développement de l’épisode vraiment tout juste précédent) à des seules fins dramaturgiques qui au premier abord ressemblent vraiment à du remplissage (en attendant de creuser plus avant la trame principale, à savoir si le jeune Caleb va se transformer ou non en Dark Vador) ; c’est le cas par exemple pour l’attirance subite et contre-nature du personnage de Gail (la cousine journaliste et un peu médium de Caleb) pour le shérif, mais force est d’admettre pourtant qu’au final, tout ceci se tient, et faisait partie d’un vaste plan comme on dit. Ce sont en fait les mécanismes de la trame pour en arriver à leur conclusion qui peuvent paraître un peu flottants, uniquement à cause de l’éventail de la panoplie des pouvoirs du Shérif Buck qui n’est pas toujours très définie. Quelques fois l’emploi de ceux-ci sont marqués par quelque effet spécial (tout à fait kitchouille et gouleyant par ailleurs) d’autres fois, un peu moins, ils sont à déduire, en s’appuyant sur ce qu’on l’a vu accomplir précédemment.

C’est au niveau du dixième épisode que la série commence vraiment à prendre de la densité, et où Merlyn la sœur-fantôme acquière une place un peu plus prépondérante dans le récit. Le bon Dr Crower (premier antagoniste revendiqué du shérif, et influence « positive » pour Caleb) est quand à lui assez bien développé, et  aussi assez sérieusement malmené, mais son « remplaçant », le Dr Peale se pose d’emblée comme un adversaire un peu plus tonique. Malheureusement, comme je disais plus haut, les antagonismes ont tendance à se diluer et malgré de sympathiques prestations, le personnage s’embourbe quelque peu dans sa relation avec la vénéneuse maîtresse du shérif, Selena Combs (Brenda Bakke, on le comprend). Encore une fois cela se justifie pleinement en soi, car le Shérif utilise tout et tout le monde pour arriver à ses fins, et s’explique également par le fait que si deuxième saison il y avait eu, il était prévu que Crower revienne en force.

american gothic 1995 1996 Lucas Black Collection Christophel

La série se termine plutôt sur une assez bonne note, malheureusement rien ne sera précisé à propos du statut réel du shérif ni de l’origine de ses pouvoirs, bien que ce point-ci  commença d’être évoqué dans l’avant-avant dernier épisode par le biais des symboles maçonniques sur la monnaie américaine (« buck » étant le terme argotique pour un billet, on est tout à fait dans la continuité sémantique de Stephen King avec le personnage de Rabdall Flagg – « flag» signifiant « drapeau » – l’ étendue de l’ omniptence des deux personnages renvoyant à celle de leurs symboles). Pour le reste et bien on ne sait pas : Lucas Buck semble doté d’à peu près tous les pouvoirs imaginables : ubiquité, illusion, manipulations mentales de toutes sortes; il est aussi capable de se projeter sur le plan astral à la frontière du monde des vivants et des morts, voire de ressusciter un peu qui il veut (tout comme de tuer quelqu’un sur un claquement de doigt) ce qui donne lieu à quelques moments sympathiques. C’est ce qui en fait surtout un adversaire absolument implacable et on a forcément un peu pitié pour les personnages et tous les schèmes qu’ils mettent en place pour lui résister car ils sont proprement voués à l’échec, et il en faut vraiment pour s’opposer à un type pareil. De fait ici aussi on se retrouve rapidement dans des impasses narratives (pensez donc, « les pleins pouvoirs ») et donc le personnage se retrouve nuancé un brin, allant même jusqu’à – excusez du peu pour une figure maléfique – faire justice de temps à autre. Une façon cependant de renouer avec l’archétype fondamental concernant le Diable, qui avant d’être un ange déchu, était le plus vertueux de tous , et que l’on retrouve également déclinée dans les échanges avec Caleb : « il n’est pas question de Bien et de Mal, de juste ou d’injuste, mais de ce qui est nécessaire » . Beaucoup d’éléments finissent ainsi par se recouper pour mener au final vers une seule et même thématique, où la série se revendique comme une réflexion à propos de « cette grande illusion qu’est le libre-arbitre ».

C’est d’ailleurs fichtrement bien amené quand on considère les enjeux de départ qui nous étaient littéralement envoyés à la truelle. Nous pouvons même bien aller jusqu’à dire que par ailleurs la série ne mâche franchement pas ses mots (et j’aurais vraiment préféré une V.O afin d’être bien certain qu’elle aie été écrite comme ça) cela en fait pas si paradoxalement les qualités de ses défauts, en ce qu’elle refuse tout manichéisme de bon aloi :  Caleb (le jeune Lucas Black, époustouflant) est parfois épouvantable avec sa soeur-fantôme (Sarah Paulson, à ses débuts) mais la dynamique entre eux n’en devient que plus poignante, et ses accès de colère violents et immatures auront bel et bien des conséquences irréparables. C’est peut-être même ceci la grande force de la série qui du coup, en devient œuvre, c’est qu’elle s’est arrêtée sur le cliffhanger des plus tragique comme quoi les personnages n’ont pas encore tous pris conscience à quel point ils ont étés manipulés. Je le redis, il y a un cachet kitchouille fortement pâtiné, le générique lui-même est une œuvre d’art en soi de ce point de vue, mais pour les amateurs du King même s’il n’a rien à voir là-dedans, je crois qu’ils y trouveront davantage leur compte qu’avec quelque chose comme Under The Dome.

Et puis il y a Brenda Bakke.

Dans un épisode, elle mange un sandwich au thon.

                                                                                                                                                                                                                  Nonobstant2000

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