Critique: Birdman

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Birdman or The Unexpected Virtue of Ignorance

d’Alejandro González Iñárritu

Avec Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis

États-Unis – 2014 – 2h

Rating: ★★★★☆

Birdman

Riggan Thomson, acteur déchu ayant connu son heure de gloire en incarnant un super héros dans une franchise de blockbuster, monte une adaptation théâtrale de What We Talk About When We Talk About Love  de Raymond Carver, afin d’obtenir ses galons de “vrai acteur” et la reconnaissance de ses pairs.

Choix judicieux qu’est celui de Michael Keaton, un des plus célèbres acteurs à avoir incarné Batman à l’écran, mais n’ayant jamais réussi à devenir autre chose pour le public, voir pour le milieu du cinéma. Car là réside le thème central du film: l’Acteur. Iñárritu pose alors moults questionnements: l’Acteur est un artiste à part entière ou un simple réceptacle?  L’Acteur de blockbuster vaut-il moins que l’Acteur de film d’auteur? Le jeu au cinéma est-il moins “vrai”, moins sincère que le celui imposé par l’unité de temps et d’espace de la scène d’un théâtre? Éternel débat depuis que le Cinéma est cinéma, empiétant sur l’Art narratif séculaire et immuable qu’est le Théâtre, devenant l’Art à la fois de la dissimulation (le montage, les ellipses, le choix d’un cadre de caméra), mais aussi paradoxalement, celui de la représentation absolue (la caméra peut montrer des choses au spectateur qu’on ne pourrait percevoir dans la réalité).

Ainsi, Iñárritu a choisi de traduire le plus possible la “vérité” du Théâtre et de son interactivité dans son film en utilisant le seul procédé cinématographique rendant possible cet effet: le plan séquence. Son postulat ne s’arrête donc plus simplement pas un artifice ou à une prouesse technique mais fait partie de sa réflexion. Dans le dédale des coulisses du théâtre, sa caméra suit donc en permanence les membres de la troupe, sur scène pour les répétitions, dans les loges pour jouer leurs drames personnels, dans les couloirs pour y jouer le vrai drame, la vraie pièce, la vie.

Au delà de sa forme singulière, Birdman est véritablement un objet curieux et rare, s’inscrivant dans la lignée de ces essais filmiques sur la théâtralité de la scène et celle du plan, comme ont pu le faire avant lui Opening Nights de Cassavetes,  Dogville de Lars von Trier, ou plus récemment Goltzius de Peter Greenaway.

Au delà de cette réflexion sur cette opposition entre les deux Arts, Iñárritu veut également poser la question de la reconnaissance en tant qu’artiste et la Célébrité: mince est la limite entre l’une et l’autre, et n’est décisionnaire au final que l’acteur lui-même, de par ses choix de carrière, de par son investissement personnel dans son personnage. Être acteur est un Art en soi nous dit Iñárritu, à condition d’être prêt à en assumer les sacrifices et à condition de chercher autre chose que la popularité. Une réflexion qui reste toujours d’actualité.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.