Critique: La Dame en Noir 2 : L’Ange de la Mort

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The Woman in Black 2 : Angel of Death

De Tom Harper

Avec Helen McCrory, Jeremy Irvine et Phoebe Fox

Royaume-Uni/Canada – 2014 – 1h38

Rating: ★★★☆☆

ANGEL OF DEATH

De la récente résurrection de la Hammer, La Dame en Noir, réalisé par le très brillant James Eden Lake Watkins, est de très loin la plus grande réussite : une œuvre sombre et profondément déférente rendant un vibrant hommage au gothique flamboyant issu de l’âge d’or du cinéma fantastique anglais (entre 1955 et 1970 pour être plus précis) produit justement par cette même Hammer (votre vilain ours notera également au passage l’étrangement ésotérique Wake Wood de David Keating injustement boudé par la critique). Le succès commercial inespéré de ce bel objet filmique, certainement en grande partie dû à la présence au casting d’un Daniel Radcliffe pas mauvais du tout, souhaitant avant tout briser son image car tout juste sorti de la saga Harry Potter, la mise en chantier d’une suite n’était qu’une formalité, inutile certes, mais laissons-nous donc aller à un  »pourquoi pas » un brin curieux mais peu convaincant et convaincu.

Mercredi dernier sortait donc en salle le second opus d’une franchise qui risque très certainement d’en compter au moins un de plus eu égard au cliffhanger bien moisi achevant le métrage. Et qu’en est-il ? James Watkins n’est plus à la barre… Pour être tout à fait honnête, cher ami, je me permettrai de t’écrire que j’y suis allé en marchant sur des œufs, craignant une catastrophe, un naufrage. Comme quoi, on peut être encore agréablement surpris ; pas que la chose soit géniale, ni même excellente d’ailleurs, mais juste bonne, un divertissement des plus honnêtes qui enquille on est d’accord pas mal de poncifs du genre, sent parfois un poil le renfermé, ne transcende à ce titre jamais son matériau de base, mais, au-delà de ça, nul doute que nous ayons devant nos yeux un métrage honnête et très bien foutu… ou presque. Bref, que demandez de plus ? Beaucoup, on est d’accord, mais merde, c’est quand même assez rare d’avoir affaire au haut du panier, je ne vois pas pourquoi il serait péché d’en profiter tout en reconnaissant objectivement les limites effectives du résultat.

 

Durant la seconde guerre mondiale, huit écoliers accompagnés de la directrice de l’école et d’une jeune enseignante, quittent Londres pour se mettre à l’abri des bombardements dans le petit village de Crythin Gifford. Ils sont installés par un médecin retraité dans une vieille demeure abandonnée sur une petite île au large de la côte… Ils vont très vite découvrir que leur refuge abrite une épouvantable malédiction qui, sans autre forme de procès, va s’abattre sur eux !

Dès les premières images, difficile de nier l’évidence : cette séquelle a de la gueule. La production design, quoiqu’on puisse en dire, déchire, et la photographie est particulièrement soignée, tire le meilleur parti des décors y compris naturel (l’épais brouillard à couper au couteau baignant l’île et ses étendus stériles), le tout permet une immersion plutôt bienvenue dans l’univers dépeint. Les cadres sont joliment composés et distillent même parfois une poésie macabre inattendue. L’ambiance est d’ailleurs, en partie grâce à cela, aux petits oignons, malheureusement, elle se trouve souvent plombée la faute à certains choix de mise en scène peu, très peu judicieux, mais de cela, il sera question un peu plus bas. Ceci étant dit, la Hammer a tout de même mis les petits plats dans les grands, et, il convient de le noter, ça fait sacrément plaisir ! Comme pour son prédécesseur, la part belle est faite à un ouvrage à l’ancienne, respectueux d’un imaginaire, d’un cadre, et de codes, peut-être trop classiques parfois, cela va sans dire, mais avant tout d’une honnêteté sans faille.

 THE WOMAN IN BLACK 2

La réalisation de Tom Harper est élégante, n’arrive pas à la cheville de celle de Watkins bien plus intelligente, précise et subtile, mais ne démérite pas, assure tout de même bien plus que le minimum syndical, orchestre quelques très bonnes séquences d’angoisse relativement tendues… quand elles ne sont pas régulièrement annihilées par des jumpscares plus irritants tu meurs en guise de conclusion. En réalité, le problème ici est la profusion jusqu’à la gerbe de stimuli éculés engendrant irrémédiablement le sursaut ; certains sont efficaces et justifiés j’en conviens, mais d’autres, beaucoup d’autres, n’ont absolument pas lieu d’être, surgissent n’importe où, n’importe quand, pour n’importe quoi, de manière quasi aléatoire somme toute… et putain ce que c’est lourd ! Notons également que certains choix s’avèrent à l’image plus que douteux dans la mesure où ils brisent étrangement la cohérence de l’ensemble, en témoigne cette apparition fantomatique brève mais complètement hors sujet, en fond de plan, d’une  »créature » arborant un voile rappelant curieusement une longue chevelure noire et se déplaçant en rampant au plafond ! Tout cela sonne étrangement nippon : dans l’immédiat, je ne suis pas contre, mais cette différence soudaine de représentation de la hantise fait légèrement couille dans le potage, d’autant que cette occurrence ne fait référence à rien (si ce n’est au trou dans le plafond donnant sur la chambre de la menace surnaturelle d’où l’apparition s’échappe comme élément d’intrigue ou plus précisément d’angoisse) et ne sera jamais reprise.

Du point de vue de l’écriture, cela se tient bien, l’intrigue est on ne peut plus simple et classique mais fonctionne parfaitement, et l’interprétation des différents protagonistes est véritablement investie. Bon, si je pinaille un peu, il y a des personnages fonctions, des sous-intrigues entamées mais laissées en plan, des raccourcis et autres énormes facilités scénaristiques,… cependant, rien de catastrophique, ce genre d’observations se font strictement ad hoc et ne dérangent donc nullement, n’extirpent pas violemment de l’histoire qui nous est contée.

 LA DAME EN NOIR 2

Qu’en conclure ? Certes, nous sommes à des années lumières du premier opus, c’est à n’en pas douter, mais pas de quoi crier à la suite bouseuse torchée avec le cul, à l’arrache, par une bande de producteurs cyniques spécialistes de la sodomie à sec sur geek, bien au contraire ! C’est joli, prenant, inégal, de temps à autre énervant car blindé de petits voire de gros défauts, mais cela n’a pas d’autre prétention que celle de nous offrir un divertissement honnête, bien fabriqué, de nous narrer un conte horrifique efficace, à l’ancienne, qui titille immanquablement, avec tendresse et bienveillance, notre fibre de cinéphile nostalgique et, mine de rien, c’est suffisamment rare pour être souligné et salué !

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.