Critique: Child of God

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Child Of God

De James Franco

Avec Scott Haze, Tim Blake Nelson, Fallon Goodson, Jim Parrack et James Franco

États-Unis – 2013 – 1h34mn

Rating: ★★★★☆

CHILD OF GOD

James Franco énerve paraît-il, par son omniprésence dans les médias sous-couvert de multiples et divers projets mais on est pas là pour discuter potins spécialement. Le moins que l’on puisse dire en tout cas c’est qu’il est loin d’avoir mauvais goût puisqu’il s’évertue depuis deux ans à adapter William Faulkner en films : As I Lay Dying (Tandis que j’agonise) en 2013, The Sound And The Fury (Le Bruit et la Fureur) cette année dont malheureusement je ne peux pas encore vous parler, en inconditionnel de Faulkner que je suis pourtant. La première approche que j’ai pu avoir de son cinéma s’est faite par le biais de la mise-en-ligne d’un fragment d’un autre projet-somme auquel il a toujours voulu s’atteler, l’adaptation de Blood Meridian de Cormac McCarthy, un autre fleuron de la littérature américaine, et que l’on peut encore visionner ici.

J’ai été surpris de découvrir un cinéaste pas du tout effrayé par la sacralisation de rigueur au regard des nobles matériaux qu’il emploie, tout entier pré-occupé au contraire par une certaine immédiateté, livré à la disposition du récit qu’il souhaite présenter. Je me suis même demandé s’il n’était pas un des tous derniers cinéastes Dogme, puis je me suis rappellé qu’il était certainement pas pote avec Harmony Korine pour rien. Au vu de Child Of God, adapté d’un autre roman de McCarthy, je peux vous dire que non il ne l’est pas mais ça se joue à très peu, l’emploi de bandes-sons rajoutées en post-production en fait. Car pour le reste, on remarque bien vite que l’attention de Franco est tournée toute entière vers la scène et rien que la scène. L’ouverture du film à elle-seule annonce la couleur : un emploi judicieux de la voix-off, une caméra tournant autour du personnage, on peut au moins attribuer au jeune réalisateur un certain talent pour aller à l’essentiel. Il n’ y a rien dans les prestigieux chefs-d’œuvre littéraires qui ne puissent être traduit à l’écran, le plus précieux travail de caractérisation trouvera toujours son adéquation sur la pellicule, et c’est la chose que Franco semble vouloir nous dire avant tout, de la même façon que le mouvement Dogme se voulait également une démocratisation de la pratique du Cinéma.

Ensuite, toute forme de décor, y compris parfois les environnements naturels, ne sont présents à l’écran que de façon indicielle, fragmentée, ils ne sont décidément que le lieu où se déroule l’action : un coin de prison, un coin de boutique, une voiture d’époque par-ci par-là. Si l’on insiste sur les deux étages d’une bicoque, c’est parce que le héros a du mal à passer de l’un à l’autre, et cela vient renforcer la sensation d’immédiateté dont j’ai parlé plus haut. Pour le coup, c’est la méthode parfaite pour coller au récit de McCarthy : l’action a beau se dérouler dans les années 60, le personnage semble provenir d’une époque encore plus reculée, semble avoir été élevé à l’ancienne et livré à lui-même depuis, ainsi qu’au moment où s’ouvre le récit puisqu’il se voit exproprié et contraint de se réfugier dans les bois. Mais ça va, la vie sauvage il connaît. C’est pour tout le reste qu’il a un peu plus de mal. La restriction de l’espace à grands renforts de plans-serrés que l’on perçoit à l’image s’avère peut-être à la mesure de sa perception du monde. Quand la caméra se met le plus à distance c’est en fait pour souligner l’instant où le personnage est enfoui le plus à l’intérieur de lui-même, mis au pied du mur par l’adversité et sur le point de réagir de la seule façon qu’il connaît.

Franco oscille ainsi entre proximité et distanciation pour nous conter l’itinéraire de cet individu sans modèles, qui se contente de répéter et de décliner les quelques schémas de survie (et de satisfaction) qu’il connaît. La distanciation apparaît dans le biais d’une sorte de déroulement clinique du récit : pas de pathos, pas trop d’introversion, les faits rien que les faits. Les bribes que le personnage entrevoit de la civilisation dont il est coupé lui rappellent ce qu’il ne possède pas, aussi sommes-nous un peu confronté à une sorte de mode de pensée magique, où tout ce qu’il trouve est à lui. L’absence de moralité un choix de confort, mais quand on évolue dans ce genre de précarité… Lester Ballard (notre héros) ne fera pas de vieux os, il ne tire aucune leçon de ses échecs car c’est le Monde qui est à l’origine du fait que son impérieux besoin de revanche prime sur à peu près tout le reste. Et tout cela est bien triste, sauf pour Lester évidemment.

Il semble que ses adaptations de Faulkner soit ancrées dans la même veine formelle, et même si mon petit cœur se serre à l’avance sachant qu’il sera privé des ambiances à la Charles Laughton que les romans du Grand William appellent sans sommation, Child Of God, ainsi que le fragment de Blood Meridian ,témoignent jusque là d’une aptitude certaine à composer habilement avec une palette d’outils délibérément limitée, mais pour de bonnes raisons.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                Nonobstant2000

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