Critique: The Possession of Michael King

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The Possession of Michael King

De David Jung

Avec Shane Johnson, Ella Anderson, Cara Pifko, Krystal Alvarez, Cullen Douglas, Thomas Arana

Etats-Unis – 2014 – 1h23

Rating: ★★★☆☆

Oui, la conjoncture socio-économique étant ce qu’elle est, surtout du côté de l’Usine à Rêves, nombre de films found-footages ont tendance à se marcher sur les pieds en terme de sorties en salles, et c’est toujours agaçant de voir que ce ne sont que les boulots de tâcherons que le public retient, et qui viennent saloper sans vergogne le potentiel unique de ce registre somme toute assez récent, brillamment initié par Jean-Teddy Philippe et ses « Documents Interdits ». Une fois par année pourtant, c’est déjà ça, un film parvient à faire son chemin sur les écrans, et vient redorer un peu le blason de ce genre crucial. Car si le traveling est une affaire de morale, alors le found-footage également.

Je pensais tout particulièrement au premier  The Last Exorcism  à titre d’exemple, qui arrivait à gérer parfaitement l’emploi de la caméra subjective sans se départir de trouvailles originales dans son écriture et son déroulement : en plein milieu du récit, comme pour mieux signifier le basculement d’une partie vers l’autre, les personnages  avaient littéralement punaisé au mur devant leurs yeux la suite du cours des évènements. C’est quelque chose d’assez rare dans un film, mais un témoignage indubitable de maîtrise  -je n’avais été confronté à ceci qu’une fois auparavant, dans le «  Mister Lonely » d’Harmony Korine. Je vous rassure je ne vais pas entrer dans un débat sur la méta-fiction, tout au plus insister sur la notion « d’oeuvre ouverte » que l’on doit à Umberto Ecco, cette facette de l’oeuvre qui en même temps qu’elle se déroule livre avec elle les procédés même de sa fabrication, que ce soit dans le cas d’une couche de lavis apparente qui laisserait entrevoir le fond de la toile ou bien un récit qui au contraire exhibe ses propres articulations.

Le found-footage agace voyez-vous. C’est un truc de petit malin. Au lieu de chercher à tout prix « le jump-scare » par tous les moyens, quitte à contredire ou étirer le scénario, ici on ne prend pas le spectateur en traître. Probablement dans le même souci d’authenticité qui sert de prétexte aux productions du genre (« cette histoire est basée sur des faits qui que ce sont vraiment déroulés », etc..) le found-footage demeure avant tout une vraie (fausse) image d’archives, un témoignage. Et ce type de narration inclus forcément une volonté de ne pas prendre des vessies pour des lanternes, permettant d’autant mieux à l’intrigue de sortir de son cadre et de basculer vers d’autres registres. Mais cela nous épargne également des plans dits « atmosphériques » ou encore de soit-disants « temps psychologiques » inutiles (je ne nommerais personne) du fait de sa nature « après le cours des évènements », retransmise et fragmentée certes, mais au final, plus honnête vis-à-vis du spectateur. Pour continuer dans ma déclaration d’estime à toute une panoplie de magouilleurs qui, s’ils pouvaient, ce serait chouette, faire autre chose que du cinéma, j’insiste particulièrement sur cette notion de construction du récit pour bien montrer ce que c’est que des réals qui au moins ont quelque chose à dire.

Les schémas narratifs des found-footage commencent certes à être éprouvés, le héros se présente à la caméra, explique son projet, le tout à grands renforts d’ellipses. La première partie vise généralement à entrer graduellement dans l’univers des personnages par le biais du documentaire (les exorcistes exorcisent-ils vraiment ? Le paranormal peut-il se manifester sous nos yeux, dans le cas du film qui nous occupe ici) tandis que la seconde se résume à une entropie clinique et inarrêtable d’un ensemble de faits que nous  pressentions depuis le début. Heurté par la place que le surnaturel a pu prendre à un moment donné dans sa vie, Michael King choisira pour peut-être mieux exorciser sa propre douleur, de démystifier à son échelle ce qu’il juge être un business pour les attrape-gogo. Évidemment il va faire le malin avec des trucs qu’il faudrait pas, etc etc. Bien que le final fasse allègrement référence au film de Friedkin, et que le déroulement fasse de loin en loin écho au Shining de Kubrick, c’est après coup que l’on comprend un peu mieux que le scepticisme du héros se niche dans des motivations plus tordues, allant même jusqu’à le prédisposer en quelque sorte à la possession (le fait d’utiliser les crayons de couleur de sa fille pour une incantation, le fait de rester interloqué sourcil levé en face caméra devant le kitsch d’un artefact seront tous des éléments qui seront en fait ré-utilisés, mais balancés pêle-mêle tout d’abord dans l’oeil du spectateur) le personnage illustre à merveille l’inconscience dans ses grandes largeurs : inconscience de ce qu’il se cache à lui-même, inconscience des dangers potentiels auxquels il pourrait exposer ses proches.

Mocumenteur à gros sabots dans un premier temps, film de genre classique dans le second, s’écartant de ses modèles par le seul fait de son support (la caméra subjective), rien qu’avec ça, on en aura dit plus que dans n’importe quel film français, et cela aura certainement rendu davantage service au spectateur en terme d’expérience cinématographique plutôt que d’assister  à la performance de je ne sais quelle vieille diva sur le retour qui viendrait faire des claquettes sur la première névrose qui se présente..J’ai besoin de savoir que le  réalisateur sait un minimum ce qu’il raconte. Si les procédés narratifs employés font déjà figure de « classiques »(on sait que les films de genre, tous autant qu’ils sont , se situent à un moment charnière de leur histoire, à savoir qu’ils devront se ré-inventer ou mourir) ils auront au moins démontrés jusqu’à maintenant une formule éprouvée de faire passer des informations (un propos, une thématique) faisant se vérifier l’un des plus vieux adages qui soit : peut-être (peut-être) avant de penser à en mettre plein les yeux à n’importe quel prix que ce soit, peut-être apprendre d’abord à maîtriser certaines règles, pour mieux s’en détacher par la suite.

 

                                                                                          Nonobstant2000

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