Critique de Old Boy (2014)

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Oldboy

De Spike Lee

Avec Josh Brolin, Elizabeth Olsen, Sharlto Copley et Samuel L. Jackson

États-Unis – 2013 – 1h44

Rating: ★★★☆☆

Rappelons-le de suite : je ne suis absolument pas contre l’idée de remaker, bien au contraire ! Encore une fois, et tu pourras te reporter aux quelques paragraphes que j’avais pu produire il y a quelques temps sur le sujet dans les colonnes de Celluloïdz, le remake, mon cher ami, à mes yeux, va tout à fait dans le sens, dans l’essence, du cinéma de genre : en effet, ce dernier est répétition, répétition de structures narratives codées et galvaudées qu’il convient de transcender par la mise en scène. Apporter un nouvel éclairage sur un récit déjà raconté n’est nullement un mal et l’histoire du cinéma fourmille de ces reprises quand bien même celles-cis ne sont pas toujours officielles.

Je dois bien l’avouer, le cas que nous allons exposer aujourd’hui est l’un des plus intéressants qu’il m’ait été donné de voir jusqu’alors ! Pas que l’œuvre soit particulièrement géniale, elle n’est pas non plus mauvaise, bien loin de là, mais elle témoigne de manière très pertinente du statut extrêmement inconfortable et ingrat du remake. Elle en est absolument symptomatique, d’autant plus parce qu’elle touche à un sacré putain de chef-d’œuvre, asiatique de surcroît, proclamé, y compris par moi-même, totalement intouchable.

Old Boy de Park Chan-wook, lauréat du prix spécial du jury à Cannes en 2003 sous la présidence de Quentin Tarantino, est un monument de cruauté sublime, un morceau de bravoure hallucinant et halluciné de près de deux heures, un revenge movie traumatisant, sans concession, somptueusement amoral, mêlant les genres et les tons avec une aisance proprement sidérante ! Autant dire immédiatement que se lancer dans une tentative de reprise de l’objet de culte était purement suicidaire à plus forte raison car le film avait pu remporté un certain succès au pays de l’oncle Sam et que la version 2014 fut un véritable naufrage industriel outre-Atlantique qui ne rapporta même pas un dixième de la mise de départ, un paradoxe déjà très intéressant. Et pourtant tout cela était comme qui dirait annoncé, je vous fais, mes très chers amis, la version très condensées : projet dont personne ne voulait, et à raison il me semble, traînant sur les bureaux, passant de main en main depuis belle lurette, des annonces whatthefuckesques proclamant avec une inconscience embarrassante l’arrivée de Spielberg dans l’aventure et de Will Smith en tête d’affiche… Les mecs Will Smith quoi ! Will Smith qui arrache des dents en récitant quelques lignes de dialogue de Shrek ! Déjà dans Je suis une légende ça craignait grave alors là je n’ose même pas imaginer… On arrête là, je crois que l’image est suffisamment terrifiante ! Et soudain, disparition totale des radars hollywoodiens, Old Boy version yankee semblait, fort heureusement, avoir expiré son dernier souffle… Mais ce serait mal connaître les costards-cravates de Los Angeles qui, dans un acte de nécrophilie ultime et désespéré, ont déterré le cadavre pour tenter, pourquoi pas un dernier petit touché rectal dont ils ont le secret… Et là, je découvre un beau matin, non sans stupeur, cette renaissance improbable entre les mains de… Spike Lee… Pourquoi ? Eh bien justement, peut-être cela n’a-t-il strictement aucun sens, si ce n’est que le monsieur voyait peut-être là l’occasion de renouer avec le succès critique et public de son très bon Inside Man ayant subi par la suite nombre d’échecs cuisants… Old Boy, version 2013, s’ajoutera, malheureusement pour lui, à la liste…

Un père de famille absent et alcoolique, employé dans une agence de publicité, est enlevé sans raison et séquestré dans une minuscule cellule. Sa seule fenêtre sur l’extérieur, une télévision : il découvre très vite qu’il est accusé du viol et du meurtre de sa femme. Relâché 20 ans plus tard, déterminé à se venger, il est contacté par son ravisseur…

Je vais évacuer tout de suite, si tu le veux bien, le plus gros problème de cet Old Boy, son scénario : il se trouve balancé brutalement le cul entre trois chaises, ce qui n’est pas facile, tu en conviendras ! Il semble que le choix ne soit pas vraiment fait entre déférence absolu au matériau de base, séduction putassière auprès des adorateurs de la première heure, et volonté de réadaptation, de nouvel éclairage comme dit plus haut, d’un récit réinvesti. Les clins d’œil à l’original et notamment aux trois séquences mythologiques le scandant qui ne sont ici pas reprises (ce qui n’est pas un mal), sont disséminés de manière maladroite d’un bout à l’autre du film, de manière totalement artificielle, forcent le coup de coude complice, inutile, racolant de manière pas bien fine le fanatique hardcore du Park Chan-wook qui n’est dès lors pas dupe des intentions pas toujours très honnêtes des commanditaires de ce remake.

Scénario donc extrêmement bancal qui ne sait jamais à quel saint se vouer, copie et colle sans jamais véritablement comprendre son modèle coréen, ce qui en soi ne serait pas un problème, pensée orientale et pensée occidentale étant radicalement différentes, si volonté de réinvestissement, d’adaptation, de re-création il y avait… malheureusement, ce n’est pas le cas… L’acte auquel se livre finalement les auteurs de ce re-travail qui n’en est finalement pas un, pourrait être résumé de la sorte, en un seul et unique mot : purge. Old Boy se trouve littéralement  purger de sa substantifique moelle, du sens qui soutenait et rendait cohérent la folie symbolique toute coréenne du récit original. De la quête identitaire ultra-violente de Park Chan-Wook, il ne reste que l’apparat métaphorique qui, privé de son cadre singulier de pensée et donc de la signification qui en découle, ne peut prétendre qu’au statut de revenge movie, certes furieux et plutôt bien torché Spike Lee oblige, mais ne nous saisissant jamais au grand jamais aux tripes. Là où Old Boy version pays du matin calme nous brutalisait avec une putain de hargne, revendiquait avec une puissance salvatrice son dénouement étrangement amoral, nous rongeait et continuera longtemps de nous ronger, Old Boy version 2013 bourrine, ce qui n’est pas pour me déplaire on est d’accord, envoie du gore inoffensif en veux-tu en voilà se croyant ainsi atteindre des sommets de subversion, ne questionne jamais son sujet et l’utilise même à des fins moralisatrices ridicules…

Le choix de faire du personnage de Joe Doucett un immonde connard totalement antipathique présenté lors d’un premier acte de vingt minutes inégal, n’est pas non plus un choix très pertinent à tel point qu’il nous empêche radicalement de nous identifier à lui pendant une bonne partie du métrage : son calvaire apparaît presque bien mérité ! La suite n’est pas beaucoup plus fine, le récit symbolique, cruel et sans concession du premier devient ici une quête de vengeance certes par instant sauvage et intense, mais complètement vaine et surtout moralement sans aucune ambiguïté ; absence totale de prise de risque donc confirmée de la pire manière qui soit par le final, au cas où nous aurions tout de même à ce stade eu ne serait-ce qu’un minuscule doute au sujet des intentions morales pour ne pas dire moralisatrices de l’auteur, sauvant définitivement l’âme de son héros de manière plus frustrante et culcul la praline tu meurs… !

Et pourtant, malgré tous mes griefs ayant surgit a posteriori du visionnage, j’ai tout de même apprécié l’objet : le revenge movie est basique, linéaire, complètement jalonné, … mais il fonctionne ! Ajoutons également que Spike Lee est loin d’être un manche, et s’en sort très bien du point de vue de la mise en scène : la photo est de qualité, les cadres et le montage sont soignés, ils orchestrent même quelques séquences d’action, encore une fois bourrines et régressives, certes pas du tout transcendantes, ce n’est pas Park Chan-Wook non plus, mais plutôt inventives et par instant vraiment percutantes. Le divertissement est tout à fait agréable à suivre, ne laisse jamais de temps morts et la révélation de l’énigme, mise en image de manière un peu cheap il est vrai, est tout de même amenée avec un certain sens de la dramaturgie et surprendra très probablement ceux qui n’auraient pas encore vu, s’il en reste, le chef-d’œuvre coréen ! Toujours en ce qui concerne les qualités, le pourquoi de ces trois petites étoiles, Josh Brolin s’en sort avec les honneurs, semble particulièrement s’être investi dans le projet et réussit la prouesse de rendre son personnage terriblement mal écrit relativement attachant.

Pour conclure, mon cher lecteur, je pourrais dire que nous avons là, si tant est que nous faisions abstraction de l’original, ce qui tient quasiment de l’impossible, un thriller tout à fait recommandable : il convient de ne pas penser l’œuvre uniquement à l’aune de son statut de remake mais également en tant qu’elle est une œuvre à part entière. Ce qui rend cette posture critique complexe à adopter c’est que justement, Old Boy version 2013 ne nous aide pas vraiment à aller dans ce sens, en cela que le film ne cherche pas vraiment à se démarquer, à offrir son propre point de vue sur le travail original, il ne fait que le copier souvent bêtement sans prendre en compte le nouveau cadre de pensée sur lequel s’est échoué le projet venue d’Asie… Dès lors, on ne peut aborder le remake sans évoquer, comparer le matériau de base puisqu’il nous y invite avec maladresse systématiquement. Toujours est-il que nous voyons bien pire, bien moins maîtrise, bien plus malhonnête à Hollywood… Alors oui, pour son aspect remake, Old Boy de Spike Lee est totalement à la ramasse, aucune comparaison n’est possible avec l’original, mais, et justement, abstraction faite de cette tentative de comparaison, très honnêtement, mauvaise foi absolue mise de côté donc, en tant que petit thriller divertissant et brut de décoffrage, force est de constater, qu’il se défend plutôt bien.

Naughty Bear

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Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.