Critique de Maps to the Stars

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Maps to the Stars

de David Cronenberg

Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson, John Cusack, Olivia Williams, Sarah Gadon

Canada/ Etats-Unis / France / Allemagne – 2014 – 1h51

Rating: ★★★★☆

A Hollywood, de nos jours. Entre stars sur le déclin, acteurs en tentative de come back, en sortie de cure et starlettes attirées par les paillettes, la ville fourmille de personnages torturés.

Après la mafia et la finance, c’est à une autre organisation crapuleuse, brassant des millions, à laquelle s’intéresse Cronenberg: Hollywood et son star system. L.A, la ville où tous les espoirs sont permis, où chaque serveur, chauffeur ou assistant rêve de gloire et de notoriété. Statut éphémère par excellence, que Cronenberg émaille égratignant au passage les moultes professions gravitant autour des stars, des agents, bouc émissaire et baby-sitter, réalisateurs concupiscents portés sur les orgies, gourou coach profitant de la crédulité et le mal-être des riches.

La célébrité est une addiction qui entraîne d’autres addictions, une maladie psychiatrique qui gangrène notre société, atteignant aussi bien les anonymes naïfs que les célébrités adulées. Hollywood, symbole ambigu à la fois de création de cinéma, d’Eldorado pour starlettes, de refuge pour célébrités au bord de la crise de nerfs, devenue attraction touristique où le péquin lambda peut se balader à la recherche des maisons de stars,  ces êtres humains érigés au rang de dieux vivants. La fameuse Maps to the Stars que nous propose ici le cinéaste canadien n’a rien de glamour, bien au contraire. Il nous montre l’envers du décor, les intérieurs chics et prétentieux de ces stars, leur intimité, leur condition de corps humains, rejetant fluides et odeurs, cette chair imparfaite, cette carcasse pouvant être nauséabonde et dégoutante, semblable à toutes les autres. Et à cette simple condition de corps vivants, Cronenberg confronte la bipolarité de ces célébrités, si humainement banales dans le privé et si parfaite et rayonnante en public, constamment dans la représentation aux yeux de tous, ne pouvant n’être qu’homme dans la solitude de leur villa.

Au delà de la célébrité, c’est tout particulièrement les acteurs qui sont visés, ces divas capricieuses qui n’ont que faire du cinéma, de l’Art, qui ne recherchent qu’adulation et notoriété, à préserver le statut qui font d’eux le personnage public. Le starsystem,d’histoire d’Hollywood, a toujours fonctionné ainsi: orgies, drogues, alcool, pilules, psy, scandales. Les acteurs sont prêts à tout pour un rôle, sans pour autant rogner sur leur cachet, seule véritable échelle de valeur du système. Cronenberg se moque de cette « peoplelisation » des acteurs devenant ainsi des enveloppes vides, devant cacher les plus lourds secrets ou inventer les pires drames pour continuer à être dans la lumière, à être adoré comme une icône.

Porté par un casting  solide, Maps to The Stars offre à Julianne Moore un de ses plus grands rôles, confirme l’immense talent de Mia Wasikowska qui s’offre un beau doublet après Stoker de Park Chan-wook, tandis que Pattinson, après avoir été l’élément central de Cosmopolis, se voit réduit à un simple rôle secondaire. John Cusack quand à lui, ressemble de plus en plus physiquement à Nicolas Cage, à qui il pique allègrement les mimiques.

Délibérément moins hypnotisant que Cosmopolis, Cronenberg a voulu habiller Maps to The Stars d’un classicisme presque banal, faisant l’économie des sublimes séquences contemplatives auxquelles il nous avait habitué, nous refusant toute vénération esthétique sur ces personnages qu’il souhaite dépeindre avec la plus grande franchise, dans tout ce qu’ils ont de plus ordinaire. Pour preuve, même les scènes de coit, d’ordinaire servant à sublimer des corps en action chez le cinéaste, sont ici maladroites, crues, volontairement inesthétiques. Mais Cronenberg aime l’Art et demeure fasciné par lui, aimant toujours confronter la pérennisation d’une oeuvre avec la mortalité de ses créateurs et contemplateurs. Comme pour Cosmopolis, il en fait un fil rouge, signifié par le poème d’Eluard, “Liberté”, rappelant à chaque instant la pureté d’une oeuvre, au delà du monde qui l’entoure, de l’industrie qui la façonne ou des protagonistes qui en permettent la transmission, transmission lui apportant la seule réelle notoriété qui vaille la peine, la seule qui conduise à l’immortalité.

Poursuivant son étude de la Nature Humaine, Cronenberg s’attaque au miroir aux alouettes sur lequel s’est bâti l’industrie hollywoodienne, le star-system. Livrant un regard acerbe sur cette schizophrénie qui pousse les stars à jouer un rôle en permanence en public, à cacher leur condition de simple humain, pour épouser le fantasme glamour que vend Hollywood depuis un siècle, pour conserver ce statut d’icônes, bien au dessus des autres mortels, aussi loin qu’une étoile.

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.