Critique de Noé

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Noah

De Darren Aronosfky

Avec Russel Crowe, Ray Winstone, Jennifer Connelly, Logan Lerman, Emma Watson, Anthony Hopkins

Etats-Unis – 2014 – 2h18

Rating: ★★★★★

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Bon pas besoin de prolonger, même si vous n’avez jamais lu cette histoire, vous la connaissez. Alors de la première partie de la Bible et de la Torah, la Genèse, passons directement à l’histoire qui nous intéresse, celle de Noé, descendant de Seth, troisième fils d’Adam et Ève …

Darren Aronofsky adapte une histoire religieuse pour en donner une dimension intemporelle, par le croisement de différents genres. Premièrement, c’est le fantastique voire l’heroic-fantasy qui est en jeu dans le traitement du divin (apparaissant en songe mais jamais mentionné comme Dieu mais le Créateur) et de ses messagers, signifiés comme Veilleurs ou Vigies. Ces êtres de pierre à l’allure malhabile et boiteux font référence aux Nephilim, géants qui seraient des anges déchus, d’où cette splendide scène où l’on voit ces anges de lumière de feu arriver dans le monde des hommes devenir des colosses laids à peine le sol touché, se mélangeant à la boue et à la terre. Il y aura ce même mouvement vertical lorsqu’ils retourneront auprès de leur Créateur… Ces être s’apparentent, dans l’ordre des anges (qui comporte huit échelons : en ordre croissant, les archanges, les princes, les puissants, les vertueux, les dominants, les trônes, les chérubins et les séraphins) aux vertueux, symbolisant la force et la vigueur dans un projet entrepris (l’objectif du récit étant une arche), tout en portant bienveillance à la personne se chargeant de la corvée. À cette mythologie, ajoutons le bestiaire habitant l’arche: des archétypes d’animaux réels dont on remarque un excellent travail numérique. Deuxièmement, c’est le péplum épique mais qui dépasse son sujet. Le réalisateur a tenu à ce que l’arche soit semblable à sa description dans l’Ancien Testament, à trois étages bien définis où se baladent les différents membres de la famille avec un encensoir (la messe pour les animaux c’est provoquer leur sommeil…).

Troisièmement, c’est la science-fiction avec une esthétique qui se rapporte autant du monde antique que du notre. Que ce soient les évocations des matières premières (le tzohar analogie du feu, le fer, le cuivre) aux visions des cités qui peuplent le monde, rappelant les premières villes industrielles, ou même les costumes des personnages, on a ce sentiment d’apocalypse, à la manière de Mad Max ou La Route.

Enfin, le quatrième genre serait l’épouvante, qui passe par le jeu des personnages. Chaque personnage est tiraillé par sa dualité bon/mauvais (Noé en sage observateur se voit lui-même en sauvage agressif) et du jugement qui en découle: le mensonge, la vengeance, voire sur la santé mentale du héros, prêt à abandonner des femmes ou tuer des enfants au nom de Dieu, pour le servir au mieux. Pourtant, l’incarnation humaine du mal est face à lui. Tubal-Caïn, descendant de Caïn, le premier meurtrier de l’histoire de l’humanité, à qui Dieu ne parle jamais alors que c’est son souhait le plus cher, n’est pas un contemporain de Noé. Le choix du metteur en scène de l’inclure dans le récit est pour son travail artisanal des matières premières (citées plus haut) l’amenant à faire la guerre (le beau travail de son armure et de ses armes) ainsi que sa cruauté et sa corruption.

Certes, le film est religieux sans être ni manichéen ni prosélyte. Pourtant, on peut avoir ce sentiment de Dieu vengeur appliquant des punitions divines à tout va, l’Ancien Testament en est beaucoup rempli (exemple L’Exode), mais chez Aronofsky, c’est surtout pour un énorme travail visuel et spectaculaire. Concluons que le film est à la fois proche de Tree of life (concilier la théorie de l’évolution de Darwin avec la création du monde en affirmant que la violence est propre à la nature humaine), du Seigneur des anneaux (les beaux paysages de l’Islande supplantant ceux de la Nouvelle-Zélande), de Vahalla Rising (métaphysique quand tu nous tiens), de Mad Max ou de La Route, pour nous dire que le monde humain est toujours propice à l’espoir et à l’éternel recommencement car le plus beau cadeau que Dieu nous a donné, si tenté qu’il existe, est le libre-arbitre dans une enveloppe corporelle. Ces propos sont assez proches du dernier Jarmusch, Only Lovers Left Alive.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…