Critique de 3x3D

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3x3D

De Peter Greenaway, Edgar Pêra et Jean-Luc Godard

Avec Carolina Amaral, Keith Davis, Leonor Keil, Miguel Monteiro et Jean-Luc Godard

France/Portugal – 2013 – 1h10

Rating: ★★★☆☆

Quelque part entre le film à sketchs, le cinéma expérimental et la commande à portée culturelle (le film est produit par la Fondation Citade de Guimarães)  3x3D demande à trois cinéastes européens de réfléchir sur la nation de 3D au cinéma, le temps d’un film court.

Premier à ouvrir les hostilités, l’iconoclaste Peter Greenaway propose, avec Just in Time, une visite guidée à travers 2000 ans d’histoire de la ville de Guimarães (influente sur l’histoire toute entière du Portugal) le temps de trois plans-séquences surchargés d’effets numériques en tous genres (à faire presque passer son récent Goltzius et la Compagnie du Pélican pour un modèle de sobriété visuelle). Par des jeux de surimpression, d’incrustations de textes et de palimpsestes, Peter Greenaway offre un spectacle artistique à la 3D diablement spectaculaire (bien plus que la majorité des blockbusters).

Plus didactique, le segment Cinesapiens du réalisateur portugais Edgar Pêra propose une courte histoire du cinéma par les divers effets et états que le 7e Art a suscités au fil des générations successives de spectateurs. De la terreur provoquée par L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumières aux coups de feu tirés en direction du public de L’Attaque du Grand Rapide en passant par les rapports au star-system, à la censure, etc. Pêra reste dans le très général, s’autorisant juste un emprunt à H.P. Lovecraft (les krypto-celluloids) pour annoncer qu’à l’ère du cinéma en 3D, nous sommes tous des cinésapiens, c’est-à-dire une génération ayant intégré les images en mouvements dans sa réalité.

Point d’utilisation de 3D pour Jean-Luc Godard qui résume les 3 «d» de la 3D comme Les Trois Désastres. Avec ce dernier segment, qui aurait pu sortir de sa monumentale Histoire(s) du cinéma, le plus rabat-joie des cinéastes réfléchit encore et toujours sur la mort du cinéma, mettant le double-objectif de la caméra 3D en miroir, face à elle-même donc. Au contraire de la caméra-cyclope au cœur des enjeux ulysséens du Mépris, la 3D brise encore plus que le reste (la propagande, le porno, le gore) notre capacité à penser et à s’émerveiller puisque la fonction du cinéma n’est pas d’imiter la réalité (enfin bon, c’est ce que j’ai cru comprendre, hein, j’en mettrai pas ma main au feu non plus).

Inégal mais intéressant, 3x3D demeure donc une friandise atypique pour cinéphile curieux et exigeant.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».