Critique de Carrie, la vengeance

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Carrie

De Kimberly Pierce

Avec Chloë Grace Moretz, Julianne Moore et Gabriella Wilde

États-Unis – 2013 – 1h40

Rating: ★☆☆☆☆

Chaque génération revisitant les classiques de la génération précédente (remind The Thing par Carpenter, La Mouche par Cronenberg), le remake en soi n’est pas une mauvaise idée. Il suffit juste de trouver le bon angle d’approche pour faire résonner l’œuvre originale avec les questionnements de son époque. Le blasphème est aisée mais rien n’est réellement sacré au cinéma. Du propre aveu de Brian De Palma lui-même, la scène du bal du Carrie au bal du diable de 1976 était gâchée par son abus des split-screens. Si le barbu du New Jersey avait placé la barre très haut en son temps, cette confession laissait sous-entendre que l’on aurait pu faire mieux.

Avec cette version flambant neuve de Carrie, la célèbre histoire de persécution adolescente de Stephen King s’accorde à l’ère des réseaux sociaux et des humiliations du Net. On jette des tampons sur Carrie mais cette fois, on la filme avec son téléphone portable et on balance la vidéo sur la toile. Bon, c’est con, Carrie n’a pas internet chez elle (vous connaissez sa mère) donc ça ne change pas grand chose au déséquilibre de son quotidien. Pas grave, on s’en servira pour plus tard. Passé cette mise à jour numérique, voici non pas une nouvelle adaptation du bouquin de Stephen King mais une frêle copie du film de Brian De Palma avec des effets spéciaux plus spectaculaires. On rajoute deux ou trois trucs par ci par là (la naissance de Carrie, les auto-mutilations de sa mère, la sexualité de Sue…) mais ça n’apporte rien.

Si prendre une actrice de l’âge de Carrie amène une juvénilité qui n’était pas perceptible chez Sissy Spacek (27 ans lorsqu’elle jouait le rôle pour De Palma), cela ne suffit pas à faire exister des personnages vidés de leur substance terrifiante, annihilant du coup la sourde escalade dans la violence avant la déflagration finale. Dans la version de De Palma, Piper Laurie construisait une mère dépressive inspirant une crainte permanente par son autoritarisme psychotique tandis que Nancy Allen représentait la garce ultime qui déclarait sa haine de Carrie White en suçant Travolta. Ces deux forces opposées qui justifiait le pétage de plomb de Carrie perdent ici leur puissance respective. Carrie mate rapidement sa mère (Julianne Moore sous-exploitée) au point qu’on en viendrait à la plaindre. Quant à Portia Doubleday, elle n’est pas crédible une seconde en salope machiavélique, d’autant que le scénario ne s’attarde guère sur les motivations de son acharnement, se reposant finalement sur les pré-acquis du spectateur. On trouve en définitive plus de violence psychologique dans un épisode de Gossip Girl.

Difficile par conséquent de retrouver la même catharsis lors du massacre du bal de fin d’année qui n’en devient que plus gratuit. Couverte de sang après la chute du saut – scène que Kimberly Pierce nous montre quatre fois d’affilée au ralenti et sous plusieurs angles (argh !) – Chloë Grace Moretz, livrée à elle-même, hésite entre la raideur originale de Sissy Spacek et les poses désarticulées à la Sadako (Ring). Le film a beau en rajouter dans l’horreur graphique (les visages fracassés dans le pare-brise), Kimberly Pierce n’arrive pas à retrouver la sensation apocalyptique du roman comme elle ne cherche non plus à exploiter le potentiel SF de l’histoire (qui parle de télékinésie et non de sorcellerie, rappelons-le). Quitte à rester dans un remake inutile avec Chloë Grace Moretz, autant remater Let Me In qui n’apportait rien de plus à Morse mais qui avait au moins l’avantage de ne pas faire rire le public dans ses moments les plus dramatiques. Ou alors, si l’on veut rester dans une histoire d’adolescents doués de télékinesie, revoir plutôt le malin Chronicles qui avait compris que la meilleure relecture de Carrie s’intitulait Akira. Quoi qu’il en soit, cette Carrie 2013 est à fuir de toute urgence.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».