Critique de English Revolution – A Field in England [L’Etrange Festival 2013]

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A Field in England

De Ben Wheatley

Avec Reece Shearsmith, Michael Smiley, Richard Glover, Peter Ferdinando et Ryan Pope

Royaume-Uni – 2013 – 1h30

Rating: ★★★★★

 

L’Angleterre du XVIIe Siècle. Astrologue dont le convoi vient d’être attaqué, Whitehead suit des déserteurs de la guerre civile à travers un champ. Mais la fuite n’est qu’un leurre pour faire tomber Whitehead dans les mains du machiavélique O’Neil, un alchimiste irlandais qui a de noirs desseins pour l’astrologue.

Avec Down Terrace, Kill List et Touristes, le réalisateur britannique Ben Wheatley avait construit une sorte de trilogie réaliste, violente et tragi-comique qui abordait tour à tour le polar, l’horreur et la comédie et qui s’ancrait dans le quotidien de personnages soumis à des problèmes familiaux et des questionnements identitaires. Rompant avec l’hyperréalisme des films précédents, A Field in England poursuit l’exploration des strates de l’identité culturelle anglaise en confrontant le bordel fratricide de la Révolution Anglaise aux sciences occultes de l’alchimie, cet art obscur de la transmutation des métaux. Adoptant plusieurs composantes du docu-fiction La Bataille de Culloden de Peter Watkins (le film en costumes, le noir et blanc, un champ comme unique décor), le quatrième film de Ben Wheatley est indiscutablement son œuvre la plus sérieuse et la plus audacieuse, un pas mystique et esthétique dans sa carrière que l’on pourrait comparer à celui fait par Nicholas Winding Refn avec Valhalla Rising. Un pas qui a eu son effet médiatique en Grande-Bretagne puisque le film est sorti là-bas directement sous tous les formats possibles (cinéma, vidéo, télé, téléchargement). En France, le film ne sera malheureusement disponible qu’en version digitale (comprenez téléchargement ou VOD uniquement).

On pourrait décrire A Field in England comme un western psychédélique où les arquebuses côtoient les champignons hallucinogènes. Restreignant son décor à ce fameux champ et laissant la guerre en off derrière les buissons, Ben Wheatley privilégie cette fois-ci les effets de montage aux improvisions habituelles des acteurs pour de véritable séquences-trip selon les altérations de l’état psychique de son héros soumis à des visions (les tableaux vivants), des ensorcellements (la corde) et des drogues naturelles (le trip expérimental de 4 minutes qui va à coup sûr susciter de vifs débats cinéphiliques sur le cas Wheatley).

Portée par la balade écossaise Baloo my boy, berceuse d’une veuve de guerre à son bébé, A Field in England est également le film le plus sensible de Wheatley. A travers ses personnages qui fuient une autorité meurtrière pour retomber sous le joug d’une autre, le réalisateur poursuit ses réflexions sur les rapports dominant/dominé à une échelle encore plus grande. Après les dominations que l’on s’impose, qu’elles soient familiales (Down Terrace), salariales (Kill List) ou amoureuses (Touristes), Wheatley s’attaque désormais aux dominations inextricables : celle d’un Roi qui se réclame de droit divin sur ses sujets comparée à celle d’un ensorceleur (O’Neil) sur l’esprit de sa victime (Whitehead). L’échappatoire se fera une nouvelle fois dans la violence sauf que désormais, celle-ci devient tout à fait légitime puisqu’il s’agit de se soulever pour sa liberté, faisant de ce champ en Angleterre le décor d’une victoire symbolique du faible sur l’invincible, comme un écho fantastique de l’arrivée de la république et du partage du pouvoir. Une révolution, quoi.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».