Critique de Pacific Rim

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Rating: 2.8/5 (10 votes cast)

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Pacific Rim

États-Unis, 2013
De Guillermo Del Toro
Avec Idris Elba, Charlie Hunnam, Rinko Kikuchi
Etat-Unis – 2013 – 2h11


Rating: ★★★★★

 

Quand je vois un film comme Pacific Rim, je ne peux m’empêcher de penser aux millions d’années d’évolution que nous avons derrière nous.

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’on est passés d’un type qui se fringue en habits en peau de bête et frotte deux cailloux pour faire du feu à un type qui fait des films de divertissement avec des robots géants qui se battent contre des monstres. Mais ça va bien plus loin que ça, pour mettre en scène cette histoire, il décide que les robots seront pilotés par deux personnes qui partagent un lien neuronal, naviguent dans les souvenirs l’un de l’autre créant un lien permettant de diriger chaque hémisphère du robot.

Je trouve ça hyper simple et hyper complexe en même temps. Surtout, je trouve ça hyper bien comme idée. Le fait de ne pas perdre l’humain de vue dans un film de cette échelle, je trouve ça tellement fort au niveau de la dramaturgie et des enjeux, des liens que ça crée au sein de cet univers.

Cet univers, quel est il ?

Pour tenter d’expliquer ça, on va parler de plusieurs aspects.

Premièrement, c’est un film de Guillermo Del Toro donc, créateur et responsable principal de cet univers. Del Toro, je le suis depuis son deuxième long métrage, Mimic, étant trop jeune à la sortie de Cronos. J’ai suivi avec plaisir et palpitation sa carrière, passant de l’horreur au blockbuster fantastique, faisant un détour par l’Histoire et le féerique. Et ce que je peux en dire, c’est qu’en plus d’être toujours fasciné par la démarche de cet auteur, il réussit constamment à me combler et me parler à travers ses œuvres. J’aime la fascination qu’il voue à ses monstres, ce côté Harryhausen-ien que ça a, tout en témoignant de son amour pour Lovecraft.

Avec Hellboy, Blade II et surtout Hellboy II, je retrouve ici le seul réalisateur qui réussit à me faire ce que Batman : Le Défi de Burton m’avait fait lorsque gamin, je l’avais vu avec ma maman, il réussit à me faire aimer ses monstres. J’avais ce rêve récurrent d’ailleurs, j’étais tout petit, je débarquais en Transylvanie, dans un château, et en entrant, des monstres étaient en train de faire une grosse fête, ou un bal, un truc du genre, et assis sur un lit, je les observais apeuré et ils s’approchaient de moi, doucement. Je me réveillais toujours à ce moment là, jusqu’à ce qu’un jour, je continue le rêve et qu’au lieu de me faire manger par eux, ils m’invitaient à danser. Del Toro me fait ça, voilà. Ses monstres parlent au gamin en moi, et ses monstres m’invitent à danser.

Pour en revenir à Pacific Rim donc, et en restant dans cette optique, j’ai apprécié comment le film, tout en proposant un pitch de départ moins « Del Toro-esque » que d’habitude, nous offre finalement presqu’un film somme où tous les thèmes chers au réalisateur explosent à la gueule du public dans toute sa puissance. En effet, on a évidemment les Kaijus, ces monstres inspirés de Godzilla et consorts, films si chers au réalisateur ; on a aussi tout ce qui touche à l’organique, au scientifique, au steampunk, les morceaux de monstres dans le formol, des tentacules (enfin pas vraiment, mais je ne vais pas vous spoiler), des insectes géants, des amitiés fusionnelles, Ron Perlman en mode badass et plein d’autres choses.

D’ailleurs, il est agréable de voir des références appartenant à des arts autres que celui du cinéma. Il y a évidemment la peinture, puisque le réalisateur lui même a une énorme culture picturale et dit s’être inspiré de Goya en créant le film, mais il y a aussi la BD.

En effet, amateur de celle ci, j’ai été très positivement surpris de voir que Guy Davis, dessinateur sur la série BPRD, spin off de Hellboy, a été appelé pour le design des monstres du film. Et je ne sais pas si ça m’a influencé ou pas, mais je trouve que même dans l’histoire, on a vraiment ce trip Mignola-esque qui rappelle les deux BD susnommées. Des âmes dans la technologie, le chaos imminent, les antagonistes étant autant des monstres que des forces inéluctables de la nature. Graphiquement, j’ai pas mal pensé aussi au taf qu’avait fait Darrow sur Big Guy & Rusty the Boy Robot, écrit par Frank Miller. Je ne sais pas si Del Toro l’a lu celui ci, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il l’ait fait, puisqu’on a une œuvre où des robots japonais combattent un dinosaure ravageur.

Car en plus de toutes ces qualités, qui prises séparément auraient de quoi me charmer dans un film, Del Toro réussit à insuffler de l’émotion à son film. Pour y arriver, le réalisateur a choisi le meilleur angle d’attaque possible, et le plus juste à mon sens, faire un film qui ne s’adresse pas aux geeks, mais aux enfants. C’est aussi simple que ça. Pacific Rim est un film gigantesque à tous les niveaux, tout y est grand, exagéré, les scientifiques sont tous fous, les gentils sont tous gentils, les méchants sont à priori imbattables, les héros sont tout petits mais ont de GRANDS idéaux.

Dans n’importe quel autre film, j’aurais trouvé ça chiant et bateau, mais ici, c’est ce qui fait que ça me touche encore plus, parce que c’est finalement comme si les histoires, les aventures auxquelles je jouais gamin avec mon frère ou mes meilleurs copains devenaient vraies. C’est comme si on filait une caméra et du talent à un gosse de 11 ans et qu’on lui disait « vas y, tu veux qu’il ressemble à quoi ton film préféré ? »

Et c’est là, c’est là que le film fait mouche pour moi. Il n’est aucunement emprunt de cynisme ou de second degré, il n’a aucun recul par rapport à ce qu’il raconte ; et ce qu’il raconte, il le fait si bien.

Ainsi, quand on se retrouve à adopter le point de vue d’une gamine perdue dans un Tokyo dévasté et qui se fait poursuivre par un Kaiju qui doit faire 100 fois sa taille, l’empathie fonctionne à merveille, tout en ajoutant une couche dramatique, puisque la scène en question, une des plus belles du film, est un flashback et participe à l’écriture des personnages.

D’ailleurs, autre truc complètement dingue à mon humble avis, c’est les sous intrigues dans le film qui épousent à merveille l’intrigue principale, la dynamisent au lieu de la rendre plus lourde. A un moment, un des scientifiques joué par Charlie Day, qui est un personnage secondaire, se sépare des protagonistes pour aller voir Hannibal Chau, un personnage tertiaire joué par Ron Perlman, et le tout est fait avec un naturel indécent, ils communiquent, interagissent et font qu’on aurait limite pu avoir un spin-off sur eux, en dessin animé de préférence. Et là, BOUM, l’intrigue principale revient vers eux et les replace au centre de l’action. J’aime comme l’univers est construit ici, comme il devrait l’être dans n’importe quel film : On a l’impression d’un univers sans limite, et pourtant, le scénariste fait en sorte que justement, au niveau de la narration, ce soit hyper précis et limité, que rien ne dépasse de l’intrigue principale. Il a compris le secret, c’est les personnages secondaires, dont j’aurais pu voir des heures et des heures sur leur background, comment ils sont arrivés là, ce qu’ils faisaient avant que les monstres arrivent etc.

D’ailleurs, j’apprécie aussi comment le film est proche de l’Empire Contre Attaque dans la manière dont il nous montre une guerre en train d’être perdue et nous emmène de petites victoires en petites victoires à la finale. J’aime comme les gens se sont habitués à voir surgir toutes les quelques heures un Kaiju et se résignent presque à subir le rythme alors que la résistance organisée par Stacker Pentecost se forme et va dans l’offensive. J’aime que ce soit un film optimiste.

Plusieurs fois, je me suis dit aussi que j’aimais les noms qu’ont les personnages dans le film, que j’aime comment le film est épique et que chaque coup porté par un Kaiju ou un Jaeger provoque de l’empathie. D’ailleurs, ce qui est fort, c’est qu’à un moment, deux pilotes se battent entre eux, loin des robots et des monstres géants, et cette puissance, cette dramaturgie inhérente à chaque coup est toujours là : on a l’impression de voir des titans.

J’aime le personnage de Mako Mori joué par la super belle et super talentueuse Rinko Kikuchi, j’aime le traumatisme de Raleigh, le héros campé par Charlie Hunnam, j’aime Tendo Choi, le technicien en chef du projet Jaeger, qui rappelle un réalisateur (je me dis presque que si un des persos du film est en train de dormir et rêve tout le film, c’est lui), j’aime le design des Jaeger et j’aime comme quand je Jaeger chinois se bat, avec les éclairs et tout, j’ai pensé à Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, j’aime la brutalité du Jaeger russe, la vélocité de l’australien, la classe de l’américain.

Et malgré toutes les raisons pour lesquelles le film dépasse son postulat de départ, « Robots vs. Monstres », ce dernier n’est pas en reste et les combats sont palpitants, ils font peur, ils font sourire, ils font se dresser sur son fauteuil, applaudir. Le final du deuxième acte à Hong Kong est absolument dantesque et un des trucs les plus énormes que j’ai pu voir au cinéma (ce qui d’ailleurs provoque le principal bémol que je mets sur le film, c’est le fait que du coup, le climax de fin est moins épique).

Bon, j’ai essayé de ne pas trop spoiler dans ma critique, et j’ai tellement d’autres choses à dire, mais pour moi, on tient exactement ce que je voulais, un blockbuster avec une vision et du cœur, un film aussi épique que personnel, et j’espère qu’en le voyant, si vous l’aimez bien sûr, vous le conseillerez à vos amis, y emmènerez vos enfants, afin que plus de films comme celui ci puissent voir le jour.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.