Interview de Rurik Sallé

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Depuis quelques mois, un nouveau magazine (anciennement fanzine le temps de huit numéros) squatte les étalages des kiosques. Son petit nom? Metaluna ! Ce petit nouveau semble bien décidé à se démarquer de la presse écrite actuelle et s’affranchir des clivages, à tel point qu’il semble même difficile pour les commerçants de savoir dans quel rayonnage le disposer! Cinéma, musique, bande dessinée… ? Et bien tout cela à la fois. Rencontré dans la fourmilière du Hellfest, Rurik Sallé, acteur, musicien et co-créateur de cette nouvelle version de Metaluna, a accepté de répondre à mes questions, le tout sans langue de bois et avec la verve de passionné qui le caractérise.

Sur Metaluna tu es co-rédacteur en chef au côté de Jean-Pierre Putters, fondateur de Mad Movies. Comment est née votre amitié ainsi que le projet Metaluna?

C’est quelque chose d’assez beau, d’assez cool, parce que ça s’est fait totalement naturellement. J’ai rencontré Jean-Pierre chez lui, à l’occasion d’une des nombreuses fêtes perverses et dénudées qu’il donne régulièrement. Il se trouve que l’un des amis de Jean-Pierre s’appelle Biscuit, qu’il est jaune et poilu, et qu’il a une truffe mouillée. Et il sourit tout le temps ! Je crois que mon amitié avec ce chien drôle nous a rapproché, puisque Jean-Pierre et moi sommes, finalement, assez timides. Biscuit saisissant parfaitement le potentiel de notre rencontre, il nous a présentés l’un à l’autre. Je me souviens de ses mots avec émotion : « Bon, les amis, arrêtez de faire les cons, et embrassez-vous !« . Jean-Pierre étant fin cuisinier, en plus du reste, nous avons rapidement célébré notre amitié naissante en mangeant ce chien à la broche.

Rapidement, en discutant, nous nous sommes rendus compte que nous avions une envie commune : réveiller la presse, proposer un magazine différent, vivant, fou, riche, provocateur, quelque chose qui sortirait de la norme actuelle, assez fade. Nous nous remémorions avec délice les souvenirs de Hara-Kiri, Metal Hurlant, Actuel, tous ces magazines qui bougeaient les choses, proposaient autre chose, ne passaient pas leur temps à sucer les testiboules des conglomérats culturels stériles, mais créaient. Comme le dit Jean-Pierre, « nous ne sommes pas des copieurs, nous sommes des créateurs.« . Il n’y a pas de magazine dans la presse actuelle qui nous ait donné envie de le copier, nous avons préféré inventer le magazine dont nous rêvions : quelque chose de libre, de drôle, de créatif, géré par une équipe de potes, dans une ambiance euphorique et amicale. Chose que nous n’avions pas vécu depuis longtemps. Pour ma part, je n’avais pas vécu ça depuis les dernières heures de feu Hard n’ Heavy !

J’étais dans une période charnière, quand Jean-Pierre et moi avons parlé de ce projet. J’avais fait 10 ans de presse papier, c’était la fin d’un cycle. Je suis acteur et compositeur, ce sont des choses que je fais depuis très longtemps, et que j’avais désormais décidé de mettre au premier plan dans ma vie. Tout en développant principalement mes activités d’acteur et de compositeur, j’ai accepté cette aventure : l’aventure Metaluna. D’abord, parce que c’est un magazine aussi créatif qu’il est informatif, tant au point de vue de la maquette que du contenu (le ton, les dessins, les billets d’humeur…). Ensuite, parce qu’il me paraissait important qu’un tel magazine existe aujourd’hui. Enfin, parce que la création d’un magazine avec Jean-Pierre Putters est un plaisir. Jean-Pierre est un ami, tout comme Fabrice Lambot avec qui il avait créé la version fanzine de Metaluna.

Metaluna semble être avant tout un ardent défenseur d’une contre-culture trop souvent jugée au rabais. De plus, les deux domaines que le magazine aborde majoritairement restent le cinéma de genre et le metal. Ce magazine représente t-il pour toi une sorte d’adéquation entre ce que tu écrivais à l’époque pour Hard n’ Heavy puis pour Mad Movies?

Je crois qu’il représente un mélange entre Hard n’ Heavy et le Mad Movies d’avant, dont les gens sont nostalgique : celui qui osait, celui qui innovait et défendait des choses rares. Hard n’Heavy était un magazine de metal géré d’une façon folle, par une bande de fous, avec un vrai côté team que je n’ai jamais rencontré par la suite. Il est facile de se définir comme une « équipe », mais être une vraie équipe, ça a un sens. Dans Hard n’Heavy, on déconnait, on partait au Hellfest ensemble, on bouffait au resto ensemble, on s’invitait les uns les autres. Aujourd’hui, le magazine a disparu depuis 6 ans, et la plupart d’entre nous sommes encore potes ! Ça n’a rien d’une imposture, c’est quelque chose de vrai. Pas besoin de se réclamer team pour que ça soit vrai : c’était comme ça. Et avec Metaluna, on retrouve ce truc. D’abord parce qu’une partie de l’équipe est issue de Hard n’Heavy, dont Laurent Assuid, l’un de mes meilleurs potes, qui est l’excellent maquettiste des deux mags. Et puis aussi parce qu’on fait des bouffes, des déconnes… On se connait, on s’apprécie, on rigole ensemble. On est là pour la même chose : faire le meilleur objet possible, faire un truc auquel on croit, pas servir une carrière égocentrique. Il n’y a pas de place pour ça, dans Metaluna, il n’y a de la place que pour l’amitié, la foi en la création, la rigolade, l’information artistique et culturelle sincère, les points de vues, l’épanouissement. On fait des réunions, on mange des macarons, on joue au tennis chez Jean-Pierre, on déconne… C’est ça, une équipe, et bordel, c’est bon !

En parlant de ces ces deux cultures, on remarque que tu as toujours défendu leur filiation. Je me souviens d’ailleurs d’un dossier dans Mad Movies dans lequel tu traitais du rapport étroit entre ce cinéma et ce genre musical. Dans Metaluna on retrouve clairement cette envie de ne pas créer de clivages, quand tu interviewes Phil Anselmo tu l’interroges directement sur sa passion pour les films d’horreur, et inversement avec John Carpenter avec qui tu choisis d’aborder la musique de ses films. A travers cette démarche, y a t-il aussi l’envie de proposer des interviews réellement inédites et bien loin du classicisme des questions posées par d’autres journalistes?

D’abord, aujourd’hui je ne me considère plus journaliste ! Comme le reste de l’équipe, je ne fais pas Metaluna comme un journaliste, mais comme un passionné qui parle de choses avec passion, qui discute avec des personnalités qu’il aime. En tant que musicien, parler de musique avec Carpenter me passionne. Alors j’espère simplement que cette passion transparait dans les pages ! Et puis ces mecs, Anselmo, Carpenter, ils sentent très bien en parlant à quelqu’un si ce mec (ou cette fille) est passionné, habité, ou s’il fait son job comme un robot, comme s’il ouvrait une bouteille de bière pour la servir sur la table No5. Dans l’équipe de Metaluna, il y a des écrivains, des dessinateurs, des chanteurs, des acteurs, des scénaristes, des réalisateurs… Ça donne un point de vue différent, aussi. Nous ne faisons pas un travail de journalistes, nous faisons un travail de passionnés, qui essayent de transmettre une culture, une passion. Il est certain que beaucoup, ailleurs, ont abandonné la passion pour rentrer dans une routine : c’est quelque chose que je me suis toujours interdit. Et Metaluna n’est pas un travail routinier : tout est toujours réinventé, de numéro en numéro, en commençant par la maquette : elle est différente à chaque article ! Tu n’imagines pas les heures passées dessus. C’est un travail de création à chaque fois ! C’est la seule manière d’envisager les choses, pour nous. L’art, c’est ça : une mise en danger, une prise de risque. Chaque numéro de Metaluna, ça n’est pas « un numéro de plus », c’est un nouveau défi !

Metaluna se distingue sans mal de la presse ciné actuelle et se rapproche peut-être davantage des anciens Mad Movies, que ce soit à travers cette envie de partager votre passion sans prise de têtes ou sans chercher à toujours intellectualiser vos propos (ce qui n’est pas forcément un reproche). Ainsi, dans le numéro 3 vous vous intéressez à l’œuvre de Steven Spielberg non pas à travers les thèmes maintes fois abordés de l’enfance ou de la cellule familiale mais plutôt dans sa dimension … scatologique! Ce choix de faire interagir un réel travail de fond avec un second degré toujours présent est-il important pour vous?

Oui ! Pour être honnête, ce qui est important est de proposer autre chose que les éternels interviews et sujets vus et revus, ou des interviews ennuyeux avec des questions à deux balles. Si quelqu’un propose un dossier Spielberg, on va lui répondre : « pourquoi faire ?« , parce que tout le monde fait son dossier Spielberg. Alors nous, on va chercher autre chose. C’est ça, Metaluna, c’est de parler des penchants scato de Spielberg, ou de parler de Spielberg d’une manière différente. Si c’est pour dire à quel point Spielberg est populaire, ou revenir sur le tournage des Dents de la mer, merci, on sait, on a déjà lu. Personne, dans Metaluna, n’a envie de passer du temps à enfoncer des portes ouvertes. Nous, on cherche des trucs, on creuse, on cherche l’angle. Sinon, les premiers qui se feraient chier, c’est nous-mêmes ! Quel intérêt ?

Si j’étais extérieur à tout ça, je rêverais de découvrir en kiosque, aujourd’hui, un magazine riche comme ça, pas cher (moins de 5 euros), qui ne me prend pas pour un con, qui m’apporte quelque chose, me fait découvrir des trucs, avec un côté fuck off bienvenu. Ce mag, si on ne le faisait pas, on l’achèterait ! Tout simplement…

Et le but affiché, c’est aussi de détruire les clivages, les frontières. Metaluna parle, comme tu le disais, de la contre-culture, que j’appelle la culture distordue. Peu importe que ça soit le metal, le punk, le cinéma d’action, le ciné d’horreur, la BD indépendante française d’aujourd’hui… C’est un esprit, une culture de la marge, la création qui n’a rien à voir avec l’asservissement des cerveaux, l’abrutissement des masses. Peu importe que les œuvres dont on parle soient exposées ou non, qu’elles aient coûté dix balles ou cent millions : il faut qu’elles soient intéressantes, habitées d’une âme, défendables, qu’on ait envie de les faire découvrir. On a envie de surprendre. A quoi ça sert de parler des mêmes trucs dans tous les magazines, de la même manière ?

John Carpenter semble être l’un des cinéastes qui représente typiquement l’esprit que vous défendez. Il apparait en tout cas être l’un des premiers à t’interpeller car en plus de son interview et de son choix pour la couverture du numéro 2, je me souviens aussi qu’il était le sujet que tu avais choisi de traiter lors de la première de l’émission + ou – Geek. John Carpenter, métalunien par excellence?

Ahah, je ne sais pas… Carpenter est très cool. Mais, comme il me le disait lors de cette discussion, il n’est pas contre le capitalisme non plus… Ça n’est pas un punk à la française, mais c’est certainement quand même un marginal à Hollywood. Est-il le metalunien par excellence, je ne sais pas, mais c’est vrai qu’il a des qualités immanquables : il est resté intègre, ne s’est jamais fourvoyé dans des vraies merdes de vendu (même si certains films sont certainement moins réussis que d’autres), et possède une véritable modestie incroyable, pour un mec de sa trempe. Tu imagines, tu en connais comme moi, des gens qui n’ont rien foutu, ou deux-trois pauvres trucs, et qui se la jouent, qui se prennent pour la 8ème merveille du monde ? Carpenter, lui, c’est un boss absolu, une icône, un mythe, une rock star du cinéma pour les fans, un gars qui a transformé le visage de l’horreur mondiale, qui laisse une putain de poignée de chefs d’œuvres, et quand tu lui parle de lui, il parle des autres. Il est de ceux qu’on apprécie : un mec qui s’occupe de faire les meilleures choses possibles, pas de se branler sur son propre portrait. J’adore ce mec, et il est également mon compositeur de musique de film préféré, avec les Goblin et Ennio Morricone.

A la lecture du magazine on ressent une certaine nostalgie dans la plume des rédacteurs et dans les sujets abordés. Ainsi, dans le dernier numéro vous proposez une interview de Derek Riggs, illustrateur pour de nombreuses pochettes d’albums d’Iron Maiden, un dossier bien old-school sur les super-héros ou bien une interview de Tori Welles, égérie du porno des années 90. Ajoutons à ça une très claire envie d’être proche du lectorat comme l’a toujours été Jean-Pierre Putters, que ce soit à travers le ton employé ou le fameux courrier des lecteurs. Le fait de parvenir à plaire tout autant à des lecteurs chevronnés qu’à de jeunes lecteurs qui ont de plus en plus tendance à délaisser la presse écrite n’est-il pas l’un des objectifs les plus difficiles à atteindre?

Personnellement, je n’ai aucune nostalgie. La nostalgie, c’est de la merde ! Je n’aime cette émotion que lorsqu’elle transparait au travers d’une œuvre, qu’elle touche une corde intérieure, comme par exemple dans les films de Kitano, ou dans la musique de Ryuichi Sakamoto. Mais regretter, ça n’est pas mon truc, ni celui de Jean-Pierre Putters. Nous faisons les choses aujourd’hui, pour aujourd’hui et pour demain. « Hier », c’est une base, des souvenirs, des leçons, une histoire, mais nous n’avons pas de rétroviseur. Effectivement, dans Metaluna nous parlons aussi de trucs passés car ils font partie de l’histoire de la création. L’art, ça n’est pas comme un sandwich au jambon : ça n’est pas périssable. La course à la nouveauté à tout prix, on s’en fout ici ! Combien de fois j’ai entendu « on ne parlera pas de ce sujet dans notre magazine, parce qu’il n’y a pas d’actualité« . Donc, dès que les choses ont plus de trois mois, c’est fini, ça disparait ? Si un disque est oublié, un film, une BD, on n’en parlera plus jamais, parce qu’il n’y a pas d’actu autour de lui ? Parce qu’il ne ressort pas dans une nouvelle édition hardcore hot fun top bozo fuckin’ porno yeah ? Non mais sans déconner ! C’est jouer le jeu du Grand Journal : « on ne parle pas des poètes morts !« . C’est prendre les gens pour des cons, ça. Metaluna ne prend pas les gens pour des cons. Nous ne prenons pas les gens pour des moutons, ni pour des demeurés. Je me souviens d’avoir vu Roberto Begnini à la téloche qui évoquait Fellini, en disant qu’il pouvait parler d’une fourchette et rendre ça passionnant. Je suis d’accord ! On peut TOUT rendre intéressant, tout dépend de la manière dont on en parle. Voilà pourquoi les choses sont chiantes, souvent : on manque de conteurs, de raconteurs d’histoires. Peu importe qu’un truc soit vieux ou vienne de sortir. Si tu sais raconter l’histoire, elle sera passionnante.

Dans Metaluna, nous parlons de l’actualité, des choses qui se passent, des choses qui sortent, comme le Lords of Salem de Rob Zombie par exemple, que nous avons été les premiers (et les seuls jusqu’à présent) à mettre en couverture et à défendre, tout comme nous revenons également sur des œuvres passées, des artistes passionnants sans actualité particulière, ou des thèmes étonnants. Voilà !

Encore au sujet de votre ligne éditoriale, Metaluna se démarque par une construction joyeusement foutraque, pour ne pas dire anarchiste. C’est un peu ça le “cinock’n’ roll”?

Ahahah ! En fait je pense que le terme « anarchiste » est un peu galvaudé ces temps-ci. Les choses, les gens sont tellement rangés, classés, que dès que tu met un orteil en dehors de la feuille, tu deviens presque un terroriste ! Ahah… Pour répondre à ta question, oui, je pense que c’est un peu ça le cinock’n’roll : cette culture intègre du fuck off aux règles abrutissantes et aux conventions nazes de psychorigides. Je ne sais pas si Metaluna est anarchiste, je n’aurais pas la prétention de nous octroyer ce label qui a un véritable sens, mais nous essayons d’ouvrir d’autres portes, et de ne pas céder aux facilités devant lesquelles beaucoup ont cédé. Mais nous revendiquons absolument ce côté rock’n’roll, ce côté libre, ce côté fourmillant, inventif. Ca, oui ! C’est un esprit de liberté, c’est ne pas avoir peur d’oser, de prendre des risques.

En plus du magazine, nous avons également une nouvelle émission dont je m’occupe sur le site du magazine, Metalunamag.com. Elle s’appelle Distorsion, et elle est à l’image du magazine : folle, libre, mariant l’info et la création ! J’avais ce truc en tête depuis longtemps. Distorsion, c’est comme un petit film à chaque fois, elle marie la fiction à la réalité. Encore une fois, si c’est pour faire la même chose qu’ailleurs, aucun intérêt. Dans Distorsion, il y a une mise en scène, un étalonnage, une trame, c’est en décors naturels… A titre personnel, c’est vachement enrichissant, en tant qu’acteur et aussi en tant que musicien, puisque toute les musiques utilisées sont également des créations. Plusieurs autres personnes de l’équipe participent à l’émission, dont Julien Savès, qui est à la caméra et à l’étalonnage, et qui s’occupe notamment de la rubrique « C’est un peu court » dans le mag, qui parle des courts-métrages. Distorsion, finalement, c’est un peu ça, une sorte de court-métrage qui parle de culture distordue ! C’est explosif, c’est fou, c’était la seule manière pour nous de faire une émission. Dans la dernière en date, Distorsion III, je suis enfermé dans un taxi bizarre, dont le conducteur est un… Ah mais je ne vais pas tout dire maintenant, allez la regarder !

Petite déception, Christophe Lemaire est absent du numéro 3, est-ce définitif ou son retour se fera-t-il sous peu?

Christophe est un pote, un mec que j’adore vraiment, et dont j’ai toujours adoré les articles, depuis la période où il écrivait dans Starfix. C’est l’un des rares journalistes en cinéma qui n’ait jamais perdu la flamme et la passion. C’est aussi l’un des vieux potes de Jean-Pierre Putters, et il sait très bien qu’il peut revenir quand il veut dans Metaluna. D’ailleurs, son esprit hante la rédaction ! Parfois, il vient posséder la main d’un des rédacteurs, et il écrit à sa place… Ça m’étonne toujours, mais la science ne parvient toujours pas à expliquer ça. Christophe est partout. En revanche, une autre « rédaction » lui a clairement signifié qu’il n’avait pas le droit d’écrire pour Metaluna, sous peine de voir son travail diminuer chez eux. C’est l’absolue vérité, et c’est d’une médiocrité à toute épreuve, non ? Christophe est une légende de la presse cinéma, on ne s’attaque pas à une légende. Mais que veux-tu, quand on n’a ni talent, ni réputation, ni parole, la seule chose qu’on puisse faire c’est s’attaquer à ceux qui en ont, par jalousie ! Qu’importe après tout, Christophe est notre ami, et l’amitié est la base de tout.

Metaluna est aussi une société de production qui participe actuellement au nouveau film de Alexandre Maury et Julien Bustillo (Aux Yeux des Vivants). Quel regard portes-tu sur le cinéma de genre français actuel ?

D’une manière générale, je ne fais pas vraiment de différence entre le cinéma « de genre » et le cinéma « pas de genre », tu sais. Le cinéma, c’est le cinéma, et je n’aime pas les clivages. Mais d’une manière générale, je dirais quand même que les choses les plus intéressantes dans le cinéma français, je les ai vues dans le ciné indépendant ces temps-ci. Et quand je dis indépendant, je veux dire presque fauché ! Il existe un monde fourmillant de longs-métrages produits de façon totalement indépendante, parfois pour des budgets très bas, et qui sont beaucoup plus innovants que les trucs « dans le système ». Je ne dis pas que indépendant=mieux, mais je me rend compte que beaucoup de gens baissent les bras à l’idée d’apporter des idées neuves et folles à un film produit de manière officielle, et qu’ils préfèrent finalement se tourner vers l’indépendance totale pour éviter de faire des films auxquels ils ne croient pas.

En revanche, je pense qu’on est encore vachement trop formaté, question cinéma. Je vois dans la bd indépendante française des libertés et des tentatives beaucoup plus surprenantes que dans le ciné. Dans le cinéma, on fonctionne encore beaucoup trop avec des « pitchs » à l’américaine, avec des concepts, avec des lignes directrices balisées. Ce que j’aime dans le cinéma, comme dans tout, c’est la surprise, l’innovation, la tentative. Martyrs, de Laugier, c’est surprenant. Calvaire de Du Welz aussi, tout comme The Incident de Alexandre Courtes. Sortons-nous les doigts du cul, osons des trucs. Le souci, c’est qu’aujourd’hui tout le monde sait comment fonctionnent les studios, tout le monde joue son plan marketing, prépare des sujets vendables. Mais ça n’est pas la bonne marche à suivre. On n’est pas là pour vendre du saumon fumé, on est là pour créer, et ça ne passe pas par un putain de plan marketing. Il faut d’abord commencer par créer de belles choses, des choses remarquables. Si vous faites de l’œil aux studios dès le début, vous n’avez plus d’intégrité. Tu crois que Kubrick s’est dit, quand il a fait 2001, que le film triompherait encore 40 ans plus tard ? Non, il a d’abord voulu faire le film le plus incroyable possible !

En dehors de tes activités journalistiques, tu es aussi acteur et musicien au sein du groupe Fugu Dal bronx. Peux-tu nous en dire un peu plus?

Fugu Dal Bronx est un groupe que j’ai créé il y a quelques années, un mélange entre le rock, le metal, et la musique de film plus lyrique. C’est de la musique instrumentale, avec une basse (Frank), une batterie (Emeric), un violon (cette folle de Vanina), et moi-même à la guitare. Parfois, Randy joue du piano, mais on s’en fout. Il n’y a rien de retouché dans ce groupe, pas de bandes, pas de trucages, c’est quatre personnes qui jouent, avec des vrais doigts. La musique parfaite et froide, bidouillée par ordinateur, c’est pas pour nous ! Sur scène, on alterne entre concerts purs et ciné-concerts, sur des images diverses : des gialli, des classiques japonais de l’horreur, des films inconnus, bizarres, des remontages… Il y a une part d’improvisation, mais ça reste de vrais morceaux avec de vrais thèmes. Finalement, je crois que nos influences sont à chercher dans les noms qu’on a cités plus haut : Ennio Morricone, Carpenter, Goblin… J’ai entendu parler de Megadeth aussi. C’est cool non ?

Pour conclure cette interview, quel est pour le moment ton coup de cœur ciné de l’année et le film que tu attends le plus?

J’aime beaucoup Hitoshi Matsumoto, son film Symbol est l’un des trucs les plus hallucinants que j’ai vus depuis 10 ans, le genre de film qu’il faut revoir pour en comprendre les finesses, car la première fois tu t’arrêtes sur la folie absolue du truc. Alors forcément, j’attend son prochain, R 100 ! Je serais également curieux de voir ce que va donner The Raid 2, de Gareth Evans, vu l’adrénaline surréaliste que faisait monter le premier. Il y a le prochain Tavernier aussi, Quai d’Orsay, qui m’intrigue, tout comme le 47 Ronin avec Keanu Reeves, et le Man of Tai Chi de Keanu Reeves. Et puis regardez donc les films de Cipri et Maresco, deux ritals qui faisaient des films en noir et blanc dans les années 90-2000, des films provocateurs incroyables, toujours un peu foutraques et un peu longs, mais vraiment fous. Et puis, si vous avez l’occasion, grillez-vous une saucisse.

Propos recueillis par Nico Darko

Le site de Metaluna : www.Metalunamag.com

Acteur : www.ruriksalle.com

Le groupe Fugu Dal Bronx : www.fugudalbronx.com

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).