Critique de Reservoir Dogs

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Reservoir Dogs

De Quentin Tarantino

Avec Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Chris Penn, Steve Buscemi, Lawrence Tierney, Edward Bunker et Quentin Tarantino

Etats-Unis – 1992 – 1h39

Rating: ★★★★★

 

 Huit gangsters prennent leur brunch dans un dinner. Ils discutent de tout et n’importe quoi dont un débat sur le sens de la chanson Like a Virgin de Madonna. Après une prise de bec sur le pourboire laissée à la serveuse, les types sortent du restaurant au son de Little Green Bag, le premier morceau du Super Sound of the Seventies Weekend, une émission de radio animée par un DJ neurasthénique qui va rythmer une journée particulièrement sanglante. Après un braquage qui a mal tourné, nous retrouvons nos gangsters, enfin ceux qui ont survécu, dans un entrepôt désaffecté qui va devenir le cadre de leurs règlements de compte. Car si leur mission a capoté, c’est que l’un d’eux est forcément un flic infiltré.

Avec son premier long-métrage en 1992, Quentin Tarantino faisait bruyamment son entrée dans le monde du cinéma. Bruyamment car son œuvre est saturée de rock et de rythm’n’blues, de répliques assassines, de déflagrations de violence et de références à la culture pop. Cinéaste malin, Tarantino prend une histoire de gangsters des plus basiques dont il va déstructurer la chronologie pour mieux se centrer sur ses personnages.

Sur les huit personnages de son récit, Tarantino en sélectionne trois qu’il va mettre en avant par des présentation plus poussées puisque ce sont eux qui vont faire dégénérer l’histoire. Il y a un Bon, Mr. White (Harvey Keitel), gangster à l’ancienne dont les raisons du cœur passent avant celles de la raison, quitte à faire voler en éclat l’unité du groupe. Il y a une Brute, Mr. Blonde (Michael Madsen), un tueur psychopathe à peine sorti de prison qui n’obéit qu’à ses propres règles. Enfin, il y a le Truand, Mr. Orange (Tim Roth), le flic infiltré qui a su gagner la confiance de White mais dont le double-jeu glacial va s’avérer aussi meurtrier que les errements sadiques de Mr. Blonde.

Qu’elle soit physique ou verbale, la violence est omniprésente dans Reservoir Dogs. Tarantino en joue par un jeu du contrepoint. La violence prête à exploser dans les dialogues est toujours désamorcée par un humour constant qui rend tous les personnages sympathiques, y compris Mr. Blonde. Tarantino choisit de ne pas montrer le hold-up en lui-même tout comme le découpage de l’oreille du policier par Blonde, dont il nous épargne la vision par un mouvement de caméra audacieux. Reste l’horreur des hurlements de la victime sur une chanson enjouée, un procédé qui sera repris lors de la scène de sodomie de Pulp Fiction. La violence est plus directe avec Orange qui vide son chargeur sur Blonde ou qui abat une conductrice innocente. Tarantino superpose même les deux procédés lorsque White dézingue deux policiers dans leur voiture tandis que, hors-champ, Orange semble avoir abattu Mr. Brown d’une balle dans la tête sans que cela n’éveille de doute chez White. Entre ce qui est montré ou non, Reservoir Dogs amène ainsi la notion de point de vue au cœur de ses enjeux, nous invitant à être le spectateur omniscient d’une tragédie inévitable, pourtant annoncée par l’unité de lieu centrale que constitue l’entrepôt, seul décor où les masques tombent et les émotions se déchaînent. Une tragédie tout autant sublimée par l’interprétation parfaite d’un casting génial et la virtuosité cinématographique innée de son réalisateur, alors prêt à changer la face du cinéma des années 90.

 

The Vug

 

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».