Critique de Django

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Django

De Sergio Corbucci

Avec Franco Nero, José Bódalo et Loredana Nusciak

Italie/Espagne – 1966 – 1h33

Rating: ★★★★★

 

 

La sortie de Django Unchained de Quentin Tarantino amène à ressortir des placards le Django originel. Réédition vidéo par Wild Side, reprise sur grand écran par Carlotta : ce mois de janvier est décidemment le meilleur moyen de célébrer ce chef-d’œuvre du Western Spaghetti. Réalisé par Sergio Corbucci, Django a donc pour héros un ancien soldat nordiste qui erre en traînant un cercueil et qui arrive dans un village dont la population terrorisée par les agissements de deux factions armées rivales. D’un côté, le major Jackson et son groupe de guerriers racistes annonçant le Ku Klux Klan, de l’autre, le Général Rodriguez et son armée de révolutionnaires mexicains. Cherchant à récupérer un trésor et à mettre fin au règne de Jackson, Django doit s’allier avec Rodriguez. Mais dans un monde aussi sauvage, rien n’est jamais acquis.

Avec les films de Sergio Leone, Django est l’un des classiques incontestés du Western Spaghetti. Sorti la même année que Le Bon, la Brute et le Truand, le film de Corbucci se démarque par une approche plus crasseuse, Django étant lui-même à la fois un bon, une brute et un truand devant combattre dans une guerre où le sadisme est permanent et la désolation totale. Dès les premières scènes, le ton est donné : une femme qui se croyait secourue d’une agression est à nouveau mise en danger de mort par ses « sauveteurs ». Hostile, le paysage n’est que désert de boue et sables mouvants. Les hommes qui ont le pouvoir organisent des parties de chasse avec des êtres humains comme proie. On punit les voleurs en leur brisant leurs poignées à coup de crosse de carabine ou de sabots de cheval. .. Django figure à juste titre comme l’un des westerns les plus violents du cinéma.

Dans cet Enfer de l’Ouest, Django a un sérieux atout. Cachée dans son cercueil, une mitrailleuse l’aide à se sortir des situations délicates. Django amène ainsi le western dans la dimension des armes de guerre. La beauté du geste chère à Leone n’est plus de mise. Ici, on tire dans le tas. Pourtant, à la différence du Blondin de Leone, Django n’est pas non plus un héros infaillible. Il est certes une fine gâchette et même un fin tacticien mais il ne résiste pas à l’appât du gain, quitte à devoir tout perdre dans un moment d’égarement. Django est puni lourdement pour son erreur avant un règlement de final qui, comme Le Bon, la Brute et le Truand, se fera dans un cimetière, accomplissement logique de la dimension macabre portée par le film. Sauf que l’héroïsme se paie au prix d’une souffrance extrême.

Le succès de Django amènera une prolifération de films estampillés Django (Quelques dollars pour Django, Django porte sa croix, Django arrive, prépaez vos cercueil…) qui n’ont aucun rapport avec le personnage interprété par Franco Nero. Preuve que Django est devenu en soit un archétype, l’influence se prolongera sur une génération entière. Ainsi, d’El Mariachi à Machete, Robert Rodriguez n’aura de cesse d’aller piocher des éléments dans Django. Cinq avant son Django Unchained, Tarantino est déjà l’invité prestigieux d’une autre version, le Sukiyaki Western Django de Takashi Miike, relecture venue du Pays du Soleil Levant qui redistribue les données du film de Corbucci (le justicier étranger, les deux camps, le cercueil, la mitrailleuse…) pour rappeler que le Western Spaghetti s’est largement nourri du film de sabre japonais. Bref, c’est pour toutes ses raisons que Django est un film précieux.

 

            The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».