Critique de 4h44 Dernier jour sur Terre

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4h44 Last Day on Earth

D’Abel Ferrara

Avec Willem Dafoe et Shanyn Leigh

Etats-Unis / Suisse / France – 2011 – 1h22

Rating: ★★★★☆

Abel Ferrara a arrêté la dope et ne boit désormais que de l’eau. On peut d’ailleurs aisément le reconnaitre derrière le personnage de Cisco qu’interprète Willem Dafoe, d’autant plus que sa compagne est justement jouée par Shanyn Leigh, l’actuelle copine du cinéaste new-yorkais. Cisco et Skye attendent donc la fin du monde qui doit arriver à 4h44 pétantes suite à la disparition totale de la couche d’ozone et l’embrasement de la Terre. Il reste du temps à tuer donc on patiente en peignant, en baisant, en se balançant ses quatre vérités ou en se faisant un ultime shoot alors même que l’on s’était juré de ne plus toucher à l’héroïne…

Déjà présenté il y a plus d’un an lors du premier PIFFF, 4h44 Dernier jour sur Terre est le dernier d’une longue série de films apocalyptiques à sortir avant la date fatidique du 21 décembre 2012, date supposée d’une fin du monde qui n’a bien évidemment pas eu lieu. Hasard des calendriers ou calcul savant de distributeur ? Qu’importe! 4h44 reste le parfait complément urbain de Melancholia. Là où Lars von Trier proposait une fin du monde venue libérer Kirsten Dunst de sa tristesse infinie, Abel Ferrara profite de l’approche du Jugement dernier pour passer en revue les erreurs dans l’existence d’un  type qui n’a pensé qu’à lui. Un peu comme cette Humanité qui ne récolte que ce qu’elle a semé.

Pour décrire les derniers instants de l’Humanité, Ferrara ponctue son film d’images d’actualité prises aux quatre coins du globe et d’interviews parmi lesquelles on retrouve Al Gore, dont les prévisions apocalyptiques deviennent la caution scientifique de l’Apocalypse redoutée par Ferrara, mais aussi, plus inattendu, une déclaration du Dalaï Lama affirmant que l’argent est nécessaire à l’Humanité (déclaration que Ferrara démonte habilement lors de la scène du livreur vietnamien qui préfère un dernier instant sur Skype avec sa famille restée au bout du monde plutôt qu’un pourboire excessivement élevé). Ferrara choisit également une approche néo-réaliste en filmant New-York depuis la terrasse de l’appartement. La fin est imminente mais la vie suit son cours. Si le monde disparaissait ce soir, McDonald continuerait de vendre des Big Mac jusqu’à la dernière heure.

Le XXIe siècle étant celui de l’individualisme sacralisé, Ferrara restreint son action dans un appartement qui n’est ouvert sur le monde que par des écrans. Écran de télévision pour rester en accord avec le reste du Monde, écran d’ordinateur pour converser avec des proches qui sont finalement très loin. En somme, une ultra-moderne solitude dans un monde interconnecté. Si Cisco sort de son antre, c’est juste pour passer chez son dealer afin de revenir avec de quoi s’injecter un dernier plaisir solitaire. Pour Skye, ce plaisir solitaire passera par l’élaboration d’une toile géante sur laquelle on fait l’amour et qui ne cessera de changer, passant du monochrome au jet de couleurs abstrait avant de figurer un magnifique dragon sur lequel viendront se lover les personnages dans une étreinte finale. Pour Ferrara, l’Art, par sa capacité à rassembler les âmes, reste définitivement le plus fort des paradis artificiels.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».