Critique de Brick

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Brick

De Rian Johnson

Avec Joseph Gordon-Levitt, Zehetner, Lukas Haas, Emilie de Ravin

Etats-Unis – 2005 – 1h50

Rating: ★★★★★

Brendan Frye, lycéen marginal se tenant éloigné des différents groupes composant le microcosme du lycée américain de base se retrouve à devoir leur sonner les cloches suite à l’appel au secours et la disparition de son ex-petite amie

Un mec devant un tunnel, une main de femme morte, un paysage californien, un jeune lycéen, une cabine téléphonique, un appel à l’aide, une voiture noire qui passe, un gros plan sur un mégot de cigarette blanc sur lequel on voit une flèche à l’encre claire… Voici comment commence Brick.

C’est simple, c’est clair, c’est concis, et à partir de là, sachant que ce ne sont que les 4 première minutes, on sait que le film ne peut que gonfler, gonfler, gonfler en tension, ou mieux encore, partir en vrille, en spirale.

Brick, j’en avais entendu parler il y a quelques années en fait. Il avait été décrit comme un film indépendant vraiment cool, vraiment bien, bien écrit, bien réalisé, bien interprété.

Mais je ne l’ai pas regardé tout de suite après ça… Après tout, quand tout le monde s’extasie sur un truc, je suis du genre méfiant. Surtout quand ça parle de films « indépendants », terme qui désigne maintenant tout et n’importe quoi, du film calibré à la Juno à la merde surestimée comme Hanna…

Bref, après avoir vu Brothers Bloom quelque part entre 2008 et 2009, il m’est devenu indispensable de rattraper ce Brick, et grand bien m’en a fait !

J’avais appris entre temps que Johnson avait fait ses études avec nul autre que Lucky McKee, très apprécié au sein de la rédaction, et qu’il était monteur sur May, le premier film de ce dernier.

J’ai surtout vu des similarités.

Des similarités dans la manière de faire un premier film aussi viscéral, personnel que réussi. D’ailleurs, le chef op’ sur Brick et tous les films de Johnson est le même qui avait été sur May auparavant.

 

 

 

Bon, j’arrête de tourner autour du pot, parlons un petit peu du film là quand même, parce qu’on est là pour ça quoi, merde !

La première chose qu’on remarque, et qui force le respect dans ce film en fait, c’est clairement le fait que contrairement à beaucoup d’autres premiers films de nos jours, c’est pas du tout un film qui essaie de faire le malin ou de jouer de seconds et 47èmes degrés inutiles.

Non, on est en plein dans le premier et Johnson ici se soucie de construire un film appartenant à un genre, le film noir, plutôt que de déconstruire le genre en soi, ce qui fait plutôt plaisir à voir !

Faisant évoluer ainsi ses personnages en obéissant à des codes établis depuis les années 30, Johnson réussit à ne pas faire un film « comme un film noir », mais un vrai film noir.

La scène dont je parle au début de cet article par exemple m’a beaucoup fait penser au film d’Aldrich, En Quatrième Vitesse, sans pour autant être la même chose.

C’est là qu’on voit toute l’imagerie de Johnson, il a ses influences, certes, et désire mettre en scène une œuvre inspirée d’Hammett, de Chandler et cie. Et réussit tout de même à dépasser ces références pour offrir une œuvre originale et teintée d’humanité.

Johnson avait dit dans un bouquin que le film qui avait changé sa vie et ses ambitions en termes de narration était Annie Hall de Woody Allen (Pour les plus jeunes d’entres vous, oui, il fût un temps où Woody était bon, le meilleur !), et ce n’est pas étonnant…

Les personnages sont des stéréotypes qui ont été transposés dans l’univers du lycée américain, certes, mais cela n’enlève rien à leur humanité.

On va avoir le marginal observateur, le drogué, l’indic, le cerveau, la femme fatale, le méchant, son bras droit abruti, les forces de l’ordre, etc.

Mais chacun aura en plus de sa place à jouer dans la narration du film une humanité assez profonde.

C’est là où Johnson brille.

Jusque là, copie ou pas, remettre au goût du jour le film noir façon années 40 aurait pu être juste un exercice de style, mais là où on dépasse tout ça, c’est quand chaque personnage commence à prendre une dimension humaine, le tout aidé par un casting qui déchire bien sa mère et une mise en scène et un montage savant.

Les plans sont beaux, se suivent et ne se ressemblent pas, les images et les cadres ont du sens, ils servent à raconter une histoire…

La musique est super cool aussi, et le compositeur, Nathan Johnson est un des plus fidèles (avec son chef op’) collaborateurs de Rian Johnson, c’est même son cousin !

Ouais nan, c’est vraiment mortel comme film, et c’est la naissance d’un cinéaste que je suis et dont j’attends chaque projet comme le messie…

J’ai d’ailleurs soulé toute l’équipe de Cellulo pour qu’ils matent ce film et Brothers Bloom, et ils l’ont même pas encore fait !

J’espère qu’avec la sortie de Looper, ça leur donnera envie de rattraper ça !

Skreemer

Et j’espère la même chose pour vous !

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.