Critique de Take Shelter

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Rating: 4.0/5 (7 votes cast)

Take Shelter

De Jeff Nichols

Avec Michael Shannon, Jessica Chastain et Shea Whigham

Etats-Unis – 2011 – 2h00

Rating: ★★★★★

Curtis LaForche est un mari exemplaire, père d’une petite fille atteinte de surdité. Mais de terrifiantes hallucinations vont progressivement faire basculer son équilibre familial. Des nuages noirs, une pluie opaque, des gens devenus inexplicablement agressifs, des oiseaux morts tombant en masse… Autant de visions qui assaillent l’esprit de Curtis, désormais persuadé qu’une tornade cataclysmique va venir détruire la région. Pour protéger sa famille, il décide de consacrer son énergie et ses économies à la construction d’un abri dans son jardin. Les visions de Curtis sont-elles prémonitoires ou est-il en train de sombrer lentement dans la folie ?

Après les armes à feu dans Shotgun Stories, le jeune réalisateur Jeff Nichols s’attaque à un nouveau sujet typiquement américain : les tornades. A l’exacte opposée d’un traitement à la Twister, Take Shelter choisit de focaliser sur l’attente de la catastrophe par ses répercussions sur la vie du personnage principal. Equilibre mental et équilibre familial sont ainsi mis à l’épreuve à la suite des visions de Curtis qui se font de plus en plus terrifiantes.

Comme dans le film précédent de Nichols, il s’agit une nouvelle fois de protéger les membres de sa famille d’une menace potentielle destinée à se figer dans l’esprit du héros comme une obsession. Curtis, qui comme son collègue de travail le souligne, a toujours assuré pour sa famille se retrouve désormais face au grand vide avec la peur de voir tout ce qu’il a construit jusqu’à présent se faire soudainement balayer par des forces supérieures. Derrière le mysticisme de Take Shelter se trouvent ainsi le marasme et la perte de confiance dans lesquels se retrouvent les sociétés occidentales depuis le début de la crise financière.

On peut une nouvelle fois penser à Terrence Malick en raison des similarités apparente entre The Tree of Life et Take Shelter (sujet métaphysique, présence de Jessica Chastain aux deux films, triomphe cannois pour chacun dans leur catégorie). Pourtant, sans se départir de l’héritage des cinéastes des drames humains dans l’Amérique des grands espaces (Malick donc mais aussi Clint Eastwood, Sam Shepard et Sean Penn), Jeff Nichols donne à son film une touche volontairement fantastique (voire horrifique dans ces citations à The Crazies de George A. Romero), finalement assez proche des destructions familiales sous actions hautement surnaturelles que l’on peut retrouver dans certaines histoires de Steven Spielberg et de Stephen King. Par bien des points, Take Shelter est ainsi le film derrière lequel court désespérément M. Night Shyamalan, arrivant à allier en même temps une exigence de cinéma d’auteur avec les attentes d’un film de genre.

Porté à nouveau par l’interprétation tout en retenue de l’impeccable Michael Shannon et produit par les frères Strause (oui, les mêmes que l’immonde Skyline !), Take Shelter confirme le talent de Jeff Nichols qui signe le premier grand film de l’année 2012, totalement raccord avec la tendance apocalyptique du moment (The Road, Melancholia) auquel le film apporte un nouveau souffle.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».