Critique de Guilty of Romance

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Rating: 4.8/5 (4 votes cast)

 

Koi no tsumi

De Sono Sion

Avec Miki Mizuno, Makoto Togashi, Megumi Kagurazaka

Japon – 2011 – 1h52/2h24

Rating: ★★★★★

Phénomène arrivant en Occident, les love hotels sont des établissements particuliers où l’on peut payer une chambre pour quelques heures voire la nuit. Ce genre d’endroit est souvent utilisé par les jeunes habitants encore chez leurs parents, les gens infidèles et les prostituées. Des quartiers entiers sont construits autour de ces immeubles. De là une inspectrice enquête sur un meurtre particulier : deux cadavres découpés auxquels on aurait imbriqué des parties de mannequin en plastique, tête et jambes…

Le film de Sono Sion est un thriller construit avec une force dramatique forte, assurée par un triangle féminin. Il y a l’inspectrice trompant son mari piétinant dans l’enquête, une femme mariée bientôt trentenaire cherchant un sens à sa vie, son époux est un romancier à succès et une vieille fille prof de littérature à l’université. Elles ont de lien qu’elles veulent à tout prix exister en tant que femme à part entière, non soumises aux hommes, que ce soit l’amant, le mari, le père ou bien le client. Le client, c’est parce-que le film réfléchit sur le commerce du sexe sous toutes ses formes (photos de charme, porno ou simples passes…), ce genre de milieu se nourrit-il vraiment de femmes errantes ou de femmes qui s’assument ? La première problématique situe sur la frontière entre misogynie et féminisme, en particulier avec le personnage d’Izumi, femme d’abord discrète, timide, réservée qui cherche un sens à sa vie, au-delà de la préparation de thé et des chaussons à l’entrée pour son mari. Par sa rencontre avec Mitsuko, apparaissant comme mentor, le thriller prend une tournure de conte, un conte glauque morbide et baroque, le film délaisse par conséquent la lumière du jour qui semblait monotone et neutre pour la nuit glacée, rougeâtre exprimant la claustration. Pour ce qui est de l’inspectrice, c’est la culpabilité qui rôde autour d’elle, ne voulant plus être sous la tutelle de son mari, elle est dominée par son amant qui pourtant se révèle plus vil et malsain que son époux.

 

 

On pourrait comprendre une absurdité de cette recherche de sens, de cette recherche de vérité, par ses femmes, un simple ennui bourgeois, il en est bien plus. En effet le film fait référence au Château de Franz Kafka, les mésaventures de K., qui arrivé dans un village, essaye de prendre contact avec les autorités pour être reconnu comme habitant, mais cela est peine perdue, il ne rencontrera pas les autorités. Comme les autres œuvres de l’auteur, Le Château traite de l’aliénation des hommes impuissants, par la bureaucratie et l’administration étatique, qui tantôt peut faire preuve de figure de purgatoire avant d’atteindre le paradis. Alors Kafka rejoint le philosophe Søren Kierkegaard par son discours de croyance en Dieu par l’absurde. L’absurde caractérisé par l’obscénité, l’indécence voire la déviance devient sens dans le film de Sono Sion. Pour cela il recourt à une construction en flashback (l’inspectrice a le souvenir d’une femme se poignardant sous ses yeux par culpabilité, la rencontre et la progression de la relation Izumi-Mitsuko…), aux gros plans de visage féminin et aussi aux reflets par le regard d’autrui, les instances d’images comme des appareils photo et caméras et bien sûr les miroirs (magnifique séquence d’Izumi nue face à sa glace préparant son rôle pour son boulot de dégustatrice de saucisses). L’humour est aussi présent, avec un certain décalage. Le dernier point de sa mise en scène est la référence à un haïku, commençant par « je n’aurais jamais dû apprendre les mots », à partir du moment où nous cherchons du sens au-delà de ce que nous faisons, nous risquons de nous perdre, parfois pour mieux se retrouver ou se trouver simplement… Cela peut s’appeler aussi de l’inspiration ou de l’art.

Hystérie ou désir féminin ? Critique sociétale ou hurlement anarchiste ? Dans tous les cas, ce film peut vous marquer à jamais. Par conséquent j’y vais de mon humour absurde : comme si Jean-Luc Godard (qui a un penchant et une grande sympathie pour les prostituées) réalisait I saw the devil.

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…