Critique d’Air Doll

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

Kûki Ningyô

De Kore-Eda Hirokazu
Avec Doona Bae, Arata, Jô Odagiri
Japon – 2009 – 1h52

Rating: ★★★★☆

Nozomi tient compagnie à un serveur à la trentaine bien entamée, qui ploie sous ses heures de travail et rentre bien souvent tard, car Nozomi est une poupée à air, une poupée à finalité de désir sexuel bas de gamme. Sauf qu’un jour Nozomi bouge et se découvre un cœur…

Le réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu s’essaie à filmer l’éveil d’un être, en l’occurrence celle d’une poupée sexuelle. Cela commence par le contact avec l’eau, l’élément qui donne la vie, puis il se déroule toutes les attitudes possibles d’automate, du mimétisme aux allures de marionnette sans fil, aux répétitions de mots. De son éveil, voici Nozomi qui découvre la ville : les ordures combustibles ou non ; les enfants (le passage mignon du restaurant avec le clin d’œil) différents des hommes, différents des femmes, différents des vieux ; les ponts ; les bateaux et la mer; l’espace  avec ses étoiles! Mais la découverte de son cœur lui fait découvrir aussi la féminité : les différents passages d’essais d’habits, les photographies loufoques qu’elle tente dans un magasin et surtout le maquillage. Elle se révèle aussi douer pour le dessin, elle remplit d’ailleurs un cahier de croquis d’art naïf (fleurs, visages…) toujours dans un souci d’imitation de la réalité, c’est juste que là, cela dépasse son corps en plastique. De même que le mensonge qu’elle découvre, de façon très naturel. Bien que le summum de son éveil soit le fait qu’elle a un rêve.

Mais son cœur était-il près à subir la complexité du monde. En effet, l’intelligence du cinéaste est de mettre en place une polyphonie de personnages qui permet un certain tableau de la société japonaise, entre frustration, solitude et cynisme : le vieillard sage, la dame âgée plus qu’humaniste (elle vient plaider coupable de tous les crimes commis dans les environs), le veuf solitaire, le serveur salaryman rabaissé, le jeune adolescent trop timide, la femme mûre qui ne supporte pas la vieillesse, Juni chi le jeune homme au cœur brisé, la petite fille élevé par un père un peu distant, la femme célibataire sur-consumériste à l’appartement bordélique enfin son créateur dans un cimetière de poupées sans tête. Certes, cela peut faire un peu stéréotypé, mais étant donné que le cinéaste dose savamment leur apparition, séquence de montage sous de voix off de l’héroïne, ces séquences polyphoniques sont comme un apaisement, comme une certaine poésie contemplative. Puis il y a la conscience de l’acte sexuel, passant par une métaphore car la première fois Nozomi s’est déchirée le bras d’où sort l’air et Juni chi, son collègue de travail lui souffle de l’air dans sa valve situé au nombril. Une autre séquence fera écho, mais en plus d’un contexte plus sexuel, on peut en déduire du fétichisme voire du sadisme morbide par un jeu d’expiration-inspiration d’air…

Bref, le film nous montre avec fluidité la condition humanoïde dans laquelle les hommes se sont plongés depuis le début du 3ème millénaire : impossibilité de communiquer, culpabilité sociétale, fantasme en abondance, renoncement, solitude, peur ou paresse sociale, ce qui peut nous réduire à des ordures combustibles, de la viande. De plus, la crise actuelle qui ne semble finie pour l’instant, peut accentuer ce sentiment, la condition humanoïde peut durer très longtemps surtout en milieu urbain. Alors, un petit conseil, quand ça va comme quand ça va pas, prenez toujours le temps de prendre une bonne bouffée d’air, en l’expirant lentement… Superbe, non ?

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…