Mamoru Oshii : Le maître cyberpunk du cinéma de genre

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À bientôt 60 ans, le cinéaste, mangaka, producteur et homme de lettres japonais Mamoru Oshii reste un cas à part dans le cinéma de genre, car il est sur le front de l’animation et du cinéma live. A l’occasion de la sortie du film Assault Girls, tout en attendant Avalon 3D, voici un dossier d’introspection et de rétrospection.

Premiers travaux : Lamu, Patlabor et premiers films live

LAMU OSHII JAPANIME MANGA

Lamu

Mamoru Oshii est chargé du scénario des films du manga Lamu, une des premières héroïnes extraterrestres adolescentes aux pouvoirs surnaturels venues sur terre et très bien accueillie par les humains. Ce genre de manga est plutôt pour un public féminin, Max et Cie en est un autre exemple, une famille aux super pouvoirs qui compromettent l’amour du jeune aîné. Le traitement graphique est assuré par la dessinatrice Rumiko Takahashi, auteure de Ramna ½. Dans un humour décalé, une jeune extraterrestre et des jeunes aux hormones travaillant, la communauté lycéenne prépare la fête du lycée, nous sommes un jour avant la fin, sauf que le lendemain, nous sommes encore un jour avant la fin… Si le concept de virtualité n’est pas présent, le concept de répétition pouvant traduire le rêve (fantastique), ou une faille de la réalité (science-fiction), donc le « déjà-vu », permet au scénariste de réfléchir sur le temps, concept rapidement écarté dans la suite de son œuvre, étant donné que la virtualité et le cyberpunk ne s’inscrivent rarement dans une temporalité clairement définie. En même temps pourquoi un monde virtuel aurait le facteur du temps, seul paramètre que les humains ne peuvent contrôler ? Néanmoins, il y a un motif emprunt au rêve dans le film Lamu, que Mamoru Oshii gardera tout au long de ses œuvres : la petite fille en robe blanche.

Patlabor

Patlabor est un manga d’anticipation : des robots géants sont créés à la chaîne pour remplacer tous les instruments mécaniques ou électriques, notamment les plus imposants. Malheureusement, cette invention donne lieu à un grand trafic illégal. Pour parer à cela, la police créé une brigade composée de pilotes de robots géants. Si le premier film réalisé par Mamoru Oshii est dans un style académique, la police enquête sur des terroristes informatiques, le scénario du second réfléchit plus sur un terrorisme de terrain (la loi martiale est votée suite à la destruction de la baie de Yokohama), sous-entendant la question éternelle de l’armée sur son sol national ou sur un sol étranger, tout en mettant en scène le chaos urbain mais pas encore cyberpunk. De même que ses deux premiers films live, The Red Spectacles (1987) et Stray Dogs (1991), prennent place dans un japon totalitaire appuyé par une police menaçante. Menaçante car les policiers qui la composent, sont appelés, et plus tard seront définis dans le langage culturel, les panzer cops : des soldats ou policiers dans des armures au style futuriste et inquiétant, rappelant les masques à gaz de la Première Guerre mondiale et certaines unités militaires nazies.

Jinroh

Leurs costumes, synonymes d’un pouvoir répressif en place, ont un design bien plus baroque, pour ne pas dire punk sur les héroïnes des films des années 2000 du cinéaste japonais. Souvent, dans le scénario, un membre d’une de ces brigades, devient le héros du récit. Cette idée sera magnifiée dans le scénario du maître Oshii, l’anime Jin-Roh, la brigade des loups,  que réalisa  Hiroyuki Okiura en 1999, uchronie où le Japon se retrouve sous l’impérialisme nazi, qui veut étouffer le début d’une guerre civile.

Tous les différents motifs et figures évoqués seront repris dans la suite de son œuvre, mais dans un monde plus porté vers la virtualité.

Ghost in the Shell, l’œuvre centrale, Innocence sa suite


Ghost in The Shell

Seize ans plus tard, en 1995, Ghost in the Shell est réalisé et pas une ride pour ce chef d’œuvre d’animation. L’histoire d’une cellule anti-terroriste enquêtant sur un hacker (pirate informatique) du nom de Puppet Master, qui pourrait contrôler les cerveaux. Le tout dans un monde futuriste où l’on pourrait se connecter au monde virtuel par des prises dans notre nuque, ce qui permettrait aussi de communiquer, interagir, entre les gens. C’est une réflexion métaphysique sur l’Etre humain, par le prisme de la technologie et de la cybernétique. Le second concept entrant en jeu dans la réflexion est l’eau, l’élément qui donne la vie, en contradiction avec la technologie, ne supportant l’eau. L’élément aquatique permet surtout la poésie de l’anime, dans une atmosphère où le temps n’existe peu où passe très lentement. Une atmosphère où règnent sensations de bien-être et de bienveillance, comme le ventre d’une mère : l’eau comme synonyme de liquide amniotique (lors du générique de début avec la création d’un androïde ou de lorsque le major Motoko Kusanagi fait une session de plongée sous-marine – bien qu’à la fin l’eau est l’élément servant à un conflit symbolisé par une pluie). Le troisième concept pourrait être celui de la mémoire, mémoire vive comme on dit en informatique. Si Mamoru Oshii est un mangaka à héroïnes, Motoko Kusanagi, dont les traits rappellent Trinity dans Matrix (œuvre largement influencée par l’univers de Mamoru Oshii qui, lui aussi, a mis en place le terme de matrice, réseau des réseaux), se révèle alors bien plus amazone et guerrière, avec un corps utilisé comme arme (la technologie d’invisibilité). Une version remasterisée, intitulée Ghost in the shell 2.0, est sortie en 2008.

Innocence est réalisé en 2004, presque une décennie après le premier volet, dont deux personnages sont encore présents, Batou l’androïde bodybuildé et Togusa son acolyte humain, menant une vie de famille. Le souvenir de Kusanagi est toujours présent dans l’esprit de Batou. Dans une tradition de film policier, les 2 compères enquêtent sur un complot cybernétique suite à des mystérieux meurtres d’humains faits par des gynoïdes, androïdes à apparence féminine, geisha, pouvant assouvir des plaisirs sexuels humains, qui se suicident après leur passage à l’acte. Ce film policier de science-fiction peut officiellement être le pendant animé de Blade Runner de Ridley Scott.

Innocence

Si la métaphysique est toujours présente (« l’homme fait des enfants comme les enfants jouent à la poupée »), la vie et l’existence sont maintenant les points centraux du second volet, on en prend conscience dès la séquence d’interrogatoire de la scientifique dans le laboratoire de confection des robots sexuels. Le souvenir qu’a laissé Kusanagi à Batou permet à Mamoru Oshii de creuser son sillon du conte cyberpunk. En effet les gynoïdes ont l’apparence de poupées, la dernière du film se situe dans un espace qui tour à tour ressemble à un château, un palais, un bateau voire une maison de poupée, où des poupées-marionnettes ont des costumes de l’époque victorienne immobiles, en « screenshot » (photographies d’images de film cinématographiques ou de jeux vidéos), avec une de ces poupée habillée en blanc à l’apparence de petite fille… De plus une séquence se répète dans cet endroit (cf. Lamu) et peut-être que du Puppet Master, nous voici face au magicien d’oz…

Mamoru Oshii a eu une tentative steampunk. En effet, il a réalisé l’anime du manga The Sky Crawlers : des sociétés militaires privées se livrent à des combats spectaculaires rendus possibles par des jeunes prodiges doués de facultés au combat exceptionnelles, ainsi que de mystérieux souvenirs. Les pilotes sont pour la plupart des jeunes ne pouvant pas vieillir, restant adolescents toute leur vie. L’animé alterne entre la vie quotidienne des pilotes, leurs doutes et interrogations et les combats aériens. L’ennemi suprême se nomme « Le professeur », un pilote réputé invincible possédant un avion avec une tête de panthère noire dessinée sur la carlingue. Nous sommes à nouveau dans l’uchronie.

Avalon, le film live de référence

Avalon

Cette fois-ci, Mamoru Oshii place le cyberpunk dans la dialectique historique de Karl Marx : un jeu vidéo proposant un monde épais, réaliste, entièrement virtuel et dangereux qui sert à assouvir les désirs opprimés de chacun de par dans le monde, ce jeu s’appelle Avalon. Ce jeu peut servir à des groupes illégaux nommés « partis ». C’est un jeu de guerre, en référence aux vrais jeux comme Half-Life, Halo ou Counter Strike.  Il est tourné en Pologne, en hommage à l’école cinéma de Lodz, mais aussi le cinéma d’Andreï Tarkovski, et sort en 2001. On remarque toujours la figure de l’amazone guerrière, Ash, personnage peu sensible. Avalon se montre comme le nouveau point de rendez-vous humain. L’esthétisme du film rappelle le totalitarisme de l’Union des Républiques Socialistes et Soviétiques, un monde terne et maussade (voire un clin d’œil des chars lors du printemps de Prague, on n’est pas loin de la blague du char dans Lamu pour un salon typiquement 3ème Reich !). Ne s’arrêtant pas là, Oshii veut aussi montrer la transition de ces pays d’Europe de l’est, à la fin du film. Le film qui est marqué par le processus du conte, avec toujours le motif de la petite fille en robe blanche (elles sont au nombre de neuf), sauf que cette fois, elle joue l’intermédiaire pour passer de l’autre côté du miroir… D’ailleurs Avalon est le titre d’un conte.

Avalon

Après tout ce travail d’analyse sur Mamoru Oshii, on peut comprendre que son œuvre cyberpunk à l’atmosphère lente et métaphysique mais aussi existentialiste, réfléchit sur la condition humaine qui est peut-être devenue la condition humanoïde. Avec l’accélération du monde (dit vitesse de libération chez le philosophe Paul Virillo), les crises et catastrophes qui s’enchaînent et les systèmes étatiques qui s’affaiblissent (démocratie, capitalisme, libéralisme, socialisme, Taylor-Fordisme…), l’homme serait à un tournant de sa condition entre le monde virtuel qui s’agrandit (Facebook, Twitter…), la société qui s’individualise au point d’être repliée sur elle-même, dans une stagnation du monde n’inspirant que l’espoir de prime abord. La religion n’a pas sauvé les hommes, la technologie (informatique, cybernétique) et la science le pourraient-elles ? À condition que cela n’entraîne pas un nouveau totalitarisme et impérialisme. En conclusion, Mamoru Oshii nous invite à redéfinir l’être humain par le biais de la virtualité, il ne propose pas les même hypothèses que Terrence Malick, mais c’est tout aussi important.

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…