Critique de Sucker Punch

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Rating: 3.2/5 (10 votes cast)

Sucker Punch

de Zack Snyder

avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone et Vanessa Hudgens

Etats-Unis – 2011 – 1h50

Rating: ★★★★★

Une nana, un beau père incestueux, un asile psychiatrique, un bordel, des putes, des nazis, des dragons, des robots, des samouraïs géants, des minijupes, des flingues… C’est dans cet univers là que Zack Snyder, réalisateur de 300, Watchmen et de L’Armée des morts nous sert son film le plus fou et en même temps le plus personnel qu’il ait pu faire depuis le début de sa carrière.

Je vais essayer de mettre des mots sur le pourquoi, tout en essayant de vous convaincre d’aller le voir. Parce qu’après tout, c’est ça, écrire sur un film qu’on aime, et ce film, malgré quelques petits défauts, je l’aime de tout mon cœur.

Le première raison de cet amour, est évidemment, ce que je cherche et qu’on cherche tous ici à Celluloïdz, l’originalité. Et je ne parle même pas du traitement ou de la forme, mais juste du fait que ce n’est pas une adaptation ou une suite, tout en étant un blockbuster, ce qui est assez rare dans le paysage cinématographique actuel pour être relevé. Ses précédents films d’ailleurs étaient, malgré leur originalité dans la forme, des adaptations ou des remakes.

Ici, dans une histoire inspirée vaguement d’Alice au Pays des Merveilles, le réalisateur/scénariste nous sert une histoire avec plein d’histoires rêvées dedans. Ici s’arrête la comparaison, car cette histoire d’une fille qui s’échappe de sa réalité infernale dans une autre réalité infernale (mais plus marquée symboliquement) puis dans d’autres réalités où pour le coup, elle dame le pion de ses ennemis à grands coups de pieds et de bazooka, est une bête tout autre que le livre de Caroll.

Je pense qu’il est temps de vous raconter dans les grandes lignes de quoi parle le film si vous voulez comprendre ce qui suit.

Une fille est mise dans un hôpital psychiatrique par son beau père tyrannique qui achète un des gardiens pour qu’il la lobotomise. Dans ce lieu, notre héroïne, Baby Doll s’échappe, par la pensée, dans un bordel où vivent  toutes les filles de l’hôpital sous la coupe d’hommes pervers, vicieux et simplifiés à des clichés (le film d’ailleurs jouera tout du long de beaucoup de clichés, on y reviendra). Ainsi, le père devient un curé, le gardien de l’asile, un proxénète, le mec sensé la lobotomiser, un riche client qui va venir la dépuceler, le gros cuisinier dégueulasse, un gros cuisinier dégueulasse etc.

C’est dans cette ambiance que démarre ce film castrateur et survolté. Car afin de s’évader de ce lieu, donc de l’asile, Baby Doll danse. Elle danse pour tous les mecs qui peuvent lui procurer un objet menant à l’évasion, les laissant béats et fascinés par ses mouvements. Mouvements qu’on ne verra jamais, car au lieu de filmer cette danse, Snyder nous envoie dans un troisième étage de l’imagination, celui de la baston, la bonne vieille bagarre sublimée par la caméra du bonhomme.

Les scènes d’action du film ne sont pas banales, car elles plantent chacune un décor différent, voire un genre différent. Nous passons donc du film de guerre au film de samouraïs, du film de science fiction au film de dragons. Mais pensez-vous vraiment après tout ce que je vous ai dit que Snyder va s’arrêter à ça ? Evidemment que non.

En plus de nous servir des scènes de genre, il ne s’arrête jamais dans l’hommage vieillot et emprunte à tous les médias, cinéma, jeux vidéos et manga compris, pour dynamiser tout ça en usant de plans vertigineux, de ralentis, d’accélérés, de plans séquences, en bref, tout ce qu’on peut faire avec une caméra, et en injectant des éléments anachroniques qui sont plus que les bienvenus : les nazis ne sont plus des nazis mais des nazis zombies mécaniques à vapeur qu’on bute à coup de mitraillette lourde et de robots, les samouraïs sont maintenant des géants métalliques blindés, armés jusqu’au dents, qu’on dézingue à coups de bastauce. C’est bourrin, c’est jouissif, et la musique, habile mélange de compositions originales et de reprises de morceaux emblématiques, rajoute encore une couche à ce joyeux bordel où ces femmes s’en donnent à cœur joie à démonter systématiquement la gueule des mecs qui leurs font la misère.

Entre ces scènes, le film respire, et l’histoire se construit, avance, dans cet univers singulier, feutré et sans pitié qui nous sert de décor, jusqu’au dénouement, surprenant mais pourtant naturel, couillu comme c’est pas permis dans un film tel que celui ci. C’est déroutant, et même si une dernière grosse scène d’action aurait été la bienvenue, ça reste une fin vraiment classe.

En guise de conclusion, je vais parler de moi un peu. Je me disais récemment que les films avaient pris un mauvais tournant quelque part, pas tous évidemment, mais le cinéma d’action intelligent du moins, a morflé, car plus jamais nous n’aurons de films funs ET violents ET cyniques ET sexys comme Robocop, L’Arme Fatale,  Conan le Barbare, et beaucoup d’autres films qui pouvaient se targuer d’être intelligents sans « jouer aux malins », sans se foutre de notre gueule, sans dire « regarde, je t’ai bien eu avec mon twist final, hahahaha, je suis un jeune réalisateur de 28 ans et j’aime mener mes spectateurs par le bout de la bite », tout en restant cash, authentiques.

La plupart de ces films sont en cours ou vont sûrement faire l’œuvre de remakes, je ne vois pas qui pourrait faire revivre ce cinéma. Puis j’ai pensé à Snyder, et quelques jours après, j’ai vu Sucker Punch, et c’est exactement ça. Un film riche, dense, fou, violent et quelque part qui paraît naïf mais ne l’est absolument pas, le film d’un cinéaste qui aime son art et qui se réfugie dedans, s’en servant à l’instar de son héroïne, comme d’un échappatoire à un monde ou un cinéma merdique, d’un cinéaste qui aime s’éclater, amuser et qui nous offre la fraicheur de son imagination et les images de son esprit.

Merci.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.