Darren Aronofsky, un cinéaste de genre

Darren Aronofsky

Darren Aronofsky, abandon de soi pour atteindre un idéal : présence de pessimisme chez un réalisateur de genre ?

Darren Aronosfky nous propose son cinquième film Black Swan, qui semble être le plus réussi et qui se révèle être un film de genre : fantastique, thriller ou même giallo. Refaisons le parcours de ce réalisateur tantôt vu comme un bon élève, tantôt vu comme un artisan sous-estimé ou surestimé. Il n’empêche que son style est reconnaissable ainsi que ses thématiques. Nous allons d’ailleurs nous intéresser à son pessimisme pouvant être marqué du beau, mais surtout marqué du sacrifice et de l’abandon de soi, afin de savoir s’il est vraiment aussi pessimiste, ce Darren.

 

 

 

 

 

 

Pi, reconnaissance d’un auteur par le film de genre


 

 

Max, jeune mathématicien, pense comme Galilée que « la nature est un livre écrit en langage mathématique ». En analysant les valeurs de la Bourse, il découvre une suite de 216 chiffres. De plus il analyse la suite des décimales du nombre Pi avec l’ordinateur qu’il a créé et qui occupe la plus grande partie de son appartement. Plusieurs personnes s’intéressent de près à ses recherches : son ancien directeur de thèse, une femme liée aux affaires de Wall Street et un groupe de Juifs orthodoxes. Filmé en noir et blanc dans une ambiance de paranoïa, le jeune héros, d’abord rationnel, rigoureux et discipliné, sombre dans le mysticisme et la folie, pourtant il découvre ce qu’il cherche et finalement préfère l’effacer de sa mémoire, en se perforant le crâne avec une perceuse, il abandonne et sacrifie donc son savoir ayant pourtant touché son but. Il sourit d’ailleurs de s’émerveiller de ne pas savoir résoudre un calcul que lui propose sa jeune voisine.

 

 

 

 

Requiem for a dream, le film de son époque


On pourrait qualifier ce long-métrage de film le plus triste des années 2000, et là est toute la marque du pessimisme. Tels des Bob Marley, les protagonistes du film rêvent d’un monde meilleur et d’une vie simple et facile en se droguant pour se sentir invulnérables et heureux. L’addiction est le nouveau mal occidental : la cigarette, la drogue, la télévision, le sexe, le travail, les médicaments ou les jeux vidéo… Tout le monde a sa dépendance. Et pourtant c’est l’addiction qui rend les personnages vivants, mais cela a un prix… Pour ce film, Darren Aronofsky a étoffé sa mise en scène par un visuel assez riche, différents types d’images, du steadycam au stop motion en passant par les surimpressions, en se référant à l’enchaînement des saisons. On a reproché à ce film d’ailleurs son trop plein de stylisation, propre à la technique du début des années 2000. L’idéal est là un rêve jamais atteint.

 

 

 

 

The Fountain, le film raté

 

 


 

 

De 2004 à 2006, Darren Aronofsky s’est attelé à un film mystico-fantastique où un homme, vivant à 3 temporalités différentes, équivalent à 3 mondes, recherche l’immortalité pour lui et celle qu’il aime. Nous assistons donc à un récit à différents niveaux, à différents échelons où la fin devait proposer la fermeture d’une boucle complexe. Il s’agit alors de regarder l’histoire d’un homme à travers le temps, pour comprendre que le récit est à travers son évolution intérieure et spirituelle. Le premier choix du héros était Brad Pitt, ce qui permettait un budget conséquent pour des batailles titanesques dans la temporalité du conquistador, ou plus de scènes de transition pour une meilleure compréhension. Brad Pitt quittant le projet, le budget est divisé de moitié et voici le spectateur face à un film mélangeant romantisme d’Occident et philosophie d’Orient où l’intrigue se résout de façon alambiqué. Le film se voulait synthétiser différents genres, du fantastique (l’explorateur) à l’épique (le conquistador) en passant même par la science-fiction (le scientifique clamant que « la mort est un mal qui peut trouver sa solution, son remède »). La mort est l’interrogation du pessimisme, mais pourtant le héros l’acceptera, donc abandon de soi et sacrifice de sa vie d’ « immortel », car c’est peut-être que la vérité de la vie, c’est la mort. Rappelons-nous la série culte Six feet under où l’on peut entendre le dialogue suivant :

« – Pourquoi meure-t-on ?

Pour profiter de la vie. »

 

 

 

 

The Wrestler, faux biopic pour vrai retour d’un acteur

 

 

À la fin des années 1980, « Randy le bélier » est une véritable star du catch. 20 ans plus tard, il mène une existence misérable au New Jersey, où il se bat pour des sommes dérisoires et quelques rares admirateurs. Qui d’autre que Mickey Rourke pouvait interpréter ce rôle ? L’écorché vif, sacrifiant sa carrière d’acteur pour celle de boxeur moyen, sacrifiant son visage aux chirurgiens esthétiques crapuleux. À l’instar de son personnage, qui un moment retrouve espoir dans sa vie et un but à atteindre mais dans un acte de bravoure transcende son suicide, Mickey retrouve la joie de vivre pour de bon et une place à Hollywood. Bien que le film soit construit comme un drame, l’univers du catch relève plus d’un film de genre, ces combats truquées dont on découvre l’envers du décor, mise en abîme du cinéma ? De plus la mise en scène se démontre très réaliste, crue voire crade, la vie des pauvres, des marginaux, de la classe populaire.

 

En clair, tous les films de Darren Aronofsky finissent mal, mais les personnages en sont conscients et l’acceptent car ils atteignent tous une certaine vérité. Du pessimisme du cinéaste, touchons-nous peut-être l’optimisme que nous devons prôner dans notre réalité. Aronofsky est alors un cinéaste de son temps, semblant nous expliquer qu’accomplir, son but, sa quête a un prix qui ne relève du matériel alors que nous sommes dans un monde de plus en plus matérialisé voire numérisé, nos ambitions par conséquent ne doivent pas l’être.

 

 

 

Pour ce qui est de Black Swan, je vous invite à lire sa critique, publiée prochainement.

 

 

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…