Kitano, le génie japonais

Takeshi Kitano

 

 

Docteur Kitano, Mr Beat Takeshi

Après des études d’ingénieur en 1970, Takeshi Kitano trouve un boulot de réparateur d’ascenseur dans une boîte de nuit proposant sketches comiques et strip-teases dans le quartier d’Asakusa à Tokyo (d’ailleurs sa biographie s’intitule Asakusa Kid) où il apprend le travail de la scène juste en regardant. Un jour il remplace de pied levé un comédien, en improvisant : Beat Takeshi est né, c’est son nom d’acteur.  Sa notoriété grandit par des apparitions télévisées où il plaisante, d’un humour sur les plus vulnérables de la société japonaise (les vieux, les handicapés, les pauvres, les laids…) qui lui vaut quelques problèmes, il opte alors pour une carrière d’acteur plus sérieuse, on lui propose seulement des rôles de gangster au caractère dur. Son premier grand film est Furyo de Nagisa Oshima en 1983. Et quelques temps plus tard il devient le personnage principal du jeu télévisé Takeshi ‘s Castle (Intervilles en vraiment drôle). Juste après cette expérience, il commence sa carrière de réalisateur. Et de ces différents statuts, animateur télévisé et cinéaste d’art et essai, il a réalisé en 2005 Takeshi’s où il clôt cette dualité, présenté de façon schizophrénique dans le film, où le clown veut tuer l’artiste.

Yakuza/Flic, mode d’emploi

Ses premiers films traitent de flics ou de yakusas, avec un humour noir et décalé, pouvant souligner l’absurdité de la réalité vécue par les personnages. Que ce soit le flic violent se voulant juste dans Violent Cop (1989) à en étouffer sa famille et son entourage, le pompiste rêveur pris en embuscade par des yakusas dans Jugatsu (1990) ou le ré-apprentissage de la vie de la façon la plus simple par un exil de yakusas dans Sonatine, mélodie mortelle (1993), Takeshi Kitano met en place des drames vifs, en écho avec la société japonaise. Car en effet, à la fin des années 80, le Japon subit une première récession économique et le modèle sociétal n’est plus en phase avec le monde actuel. Ce n’est pour autant ni du nihilisme, ni de la tristesse morfonde ou morbide car il veut qu’on affectionne ses personnages.

Sonatine

Avec Sonatine, Takeshi Kitano obtient une renommée internationale, qui sera confirmé plus tard avec Hana-Bi, un flic désabusé témoin impuissant de la mort de sa fille et de l’agonie de sa femme, et qui pourtant déborde d’amour. Alors Kitano embraye le pas et s’essaie à un film aux Etats-Unis, ce sera Aniki mon frère en 2000. Un yakuza refusant de se soumettre au nouvel ordre de son clan, son ancien boss ayant été tué par le nouveau, fuit aux Etats-Unis où vit son demi-frère, dealer de drogues. Petit à petit, eux deux et leurs amis vont créer un clan typique propres aux méthodes des yakusas. Le film eût des critiques mitigés, on l’a même accusé d’être consensuel et trop conciliant, ce qui fait que le public n’a pas répondu présent en Occident ; Pourtant ce film a la marque de fabrique du style Kitano : plan séquence, humour pince-sans-rire, milieu masculin, violence dure… Toujours dans un souci de subversion et non de jouissance de film pop-corn. Outrage, son dernier film en date et son dernier film  de yakusas est sûrement le plus complexe sur le thème.

Dolls

Entre tradition et modernité

Takeshi Kitano n’est pas Quentin Tarantino, certes il filme des milieux d’hommes violents avec un certain humour, mais il sait faire autre chose. Il le prouve dès son troisième film A scene at the sea en 1991, un éboueur sourd et muet découvre une planche de surf et va apprendre à l’utiliser. Kitano s’essaie alors à une poésie du cinéma, la nature face à l’homme voulant la dompter, la passion comme moteur de vie. On peut déceler le poids de la tradition sociale (les séparations de classes) mais aussi la modernité (le surf est un sport américain et l’on sait que les américains ont contribué à ce qu’est le Japon d’aujourd’hui). C’est la problématique même du Japon, la tradition face à la modernité : l’image du « salary man » de plus en plus contesté au profit du « herbivore » (metrosexuel japonais), on mange maintenant plus de viande que de poisson… Cette question sera traitée à nouveau dans les années avec Dolls. C’est son film le plus beau et le plus poétique, parlant de trois histoires d’amour à travers le poids du temps ; entre mariage arrangé, amour véritable d’un fan à sa star ou la volonté de réussite, officieuse ou non pour la personne alors que cette dernière demande seulement de l’amour. Et c’est avec son adaptation de Zatoïchi, personnage populaire japonais, masseur aveugle se révélant être un excellent sabreur, qu’il pousse l’interrogation jusqu’à son paroxysme. Son Zaïtochi est blond et pas si  aveugle que cela, son plus grand succès public, voire critique.

 

 

Romantisme d’apprentissage

L'Eté de Kikujiro

En 1996, Kids Return sort en salles. C’est son film autobiographique, cela raconte l’histoire de deux amis faisant l’école buissonnière, dont l’un va entrer dans un club de boxe, l’autre dans la mafia japonaise (au début de sa carrière dans les années 70, « Beat » Takeshi formait un duo avec « Beat » Kyoshi Kaneko). Il y filme le passage de (son) l’adolescence à l’âge adulte, mais sans pour autant tomber dans la nostalgie, mais plutôt pour y capter l’apprentissage qui se fait. L’été de Kikujiro, sorti en 1999 se montre plus cinématographique que biographique, un vieux malfrat se lie d’amitié avec un enfant qui recherche sa mère. Kitano va installer un dispositif de maître/élève (figure souvent utilisée chez les films de samouraïs ou de yakusas mais aussi de manière générale dans la culture japonaise, les mangas par exemple), ne poussant pas dans le drame, se voulant positif. C’est d’ailleurs de cette façon qu’il a appris le métier, à vif dans le milieu avec des mentors. Mais le romantisme évoqué, se regarde avec Achille et la tortue, réalisé en 2008 et sorti en France en 2010. C’est une fausse « biographical picture » de Machisu Kuramochi, qui, enfant, s’éveillera à l’art en passant ses journées à peindre et dessiner. Toute sa vie sera vouée à cette passion dévorante, du jeune écolier qui l’est, à son entrée à l’université des beaux-arts, puis sa vie d’adulte et enfin la vieillesse. Personnellement, tout étudiant en art ou voulant faire de l’art devrait voir ce film.

Takeshi Kitano est devenu le réalisateur japonais qui s’exporte le mieux et aussi le plus connu. En phase avec les changements de son pays depuis 20 ans, il réussit à se montrer éclectique, pouvant parler à tout le monde.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…